‹ Les dysenteries, le choléra asiatique, le typhus exanthématiqueChapitre 11 sur 36 · ARMÉES · texte numérisé non relu

ARMÉES

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Dans l’armée française, les formes les plus sévères de dysenterie bacillaire sont observées, en général, parmi les troupes d’Algérie-Tunisie. Certaines épidémies (Hussein-Dey, 1894) ont présenté une gravité formidable par la fréquence des formes hypertoxiques avec hypothermie et mort rapide.

Du reste on observe, par intervalles, des épidémies aussi sérieuses en France. G. Bertillon a étudié une épidémie survenue en juillet 1915 dans un escadron de dragons, et qui, sur 12 malades, donna lieu à 5 cas extrêmement graves.

La dysenterie partage, avec la fièvre typhoïde et les fièvres paratyphoïdes, quoique avec moins de fréquence cependant.

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le privilège de sévir sur les armées en campagne. Elle est, en quelque sorte, inséparable de l’histoire médicale des guerres. En 1415, l’armée anglaise ayant envahi la France, devint la proie d’une terrible épidémie. Après la bataille d’Azincourt, elle dut être rapatriée, ayant perdu les trois quarts de son effectif.

Pringle a, de même, relaté l’épidémie qui sévit en juillet 1743 dans l’armée anglaise, à Dettingen; la moitié des soldats en furent atteints. La guerre de la Succession de Pologne, celle d’Autriche, la guerre de Sept ans marquent des épidémies non moins meurtrières.

Après la bataille de Valmy, les coalisés apportèrent la dysenterie en Champagne. L’armée prussienne, réduite à la moitié de son effectif, battit en retraite. A l’occasion des guerres de la Révolution et de l’Empire, Desgenettes faisait remarquer que, bien souvent, la dysenterie avait tué plus de soldats que le feu de l’ennemi. En Egypte, Napoléon perdit 2468 soldats de la dysenterie.

11 faut ajouter qu’à cette époque, la dysenterie offrait une gravité extrême, inconnue de nos jours.

Au début de la conquête de l’Algérie, la dysenterie déterminait autant et même plus.de décès que le paludisme (Kelsch).

On retrouve la dysenterie pendant la guerre de Crimée. De mai à septembre 1855, 9000 cas et 1478 décès sont relevés. Pendant la guerre d’Italie, elle se montra presque aussi fréquente que la fièvre typhoïde et le paludisme.

L’exemple de la guerre de Sécession démontre quelle peut être l’intensité de cette maladie à l’occasion des grands mouvements de troupes. Il y eut 235812 cas de dysenterie aiguë et 25 670 de dysenterie chronique chez les troupes blanches, avec, respectivement, 4084 et 3229 décès. Ces chiffres sont très inférieurs à la réalité, car on observa un chiffre énorme de cas de diarrhée aiguë (1 155 226), et chronique (170488), ayant donné lieu, ensemble, à 30481 décès.

On verra plus loin que la diarrhée n’est très souvent que l’expression anormale ou atténuée de l’infection dysentérique.

L’armée allemande a été, pendant la guerre de 1870-1871^, très éprouvée par la dysenterie. Elle a eu 58652 cas et 2380 décès dus à cette maladie. Les troupes assiégeant Metz eurent une proportion énorme de cas.

La guerre russo-turque apporte une nouvelle preuve de l’intensité de cette maladie en temps de guerre. Les cas de diarrhée furent extrêmement considérables. Bien peu d’hommes y échappèrent. La statistique relève, dans l’arme'e du Danube, 34198 cas (57,75 p. 1000) et 9545 décès (16, 11 p. 1000) dus à la dysenterie. L’armée du Caucase, d’un effectif beaucoup plus faible, fut plus éprouvée : 22 084 cas (90 p. 1000) et 3552 décès (15 p. 1000).

Pendant la courte guerre de Bosnie, l’effectif total de 198000 hommes compte 324 décès par dysenterie.

Lbrs de l’expédition de Tunisie, les 20 000 hommes eurent 3954 cas et 83 décès dus à la même maladie.

Lors de la guerre sino-japonaise, la dysenterie apparut dès le débarquement en Corée du corps japonais. Bien qu’on fût en hiver, les hôpitaux regorgeaient de dysentériques. 11 y eut 12 052 cas sur 200000 hommes.

Le corps expéditionnaire français envoyé en Chine lors de l’expédition des Alliés, en 1900, eut 818 cas et 52 décès. Les troupes américaines (1947 hommes) eurent 353 cas en deux mois.

Parmi les troupes anglaises envoyées dans l’Afrique du sud contre les Boers, il y eut plus de 2500 cas de dysenterie.

Pendant la guerre russo-japonaise, les Busses ont eu 6140 cas de dysenterie, les Japonais, 6624 cas.

Le corps expéditionnaire du Maroc a compté 1080 cas de dysenterie amibienne en 1912 et 1295 en 1913 (Job).

La guerre de 1914 ne fait pas exception à la règle. La dysenterie a fait son apparition parmi les soldats de l’armée française après la bataille de la Marne. Elle n’a pas cessé d’être observée dans les diverses armées engagées sur le front, en France, aux Dardanelles, à Salonique, donnant lieu à des formes parfois graves et mortelles, mais plus souvent à des formes bénignes et guéries rapidement.

Remlinger a signalé cette maladie parmi les troupes françaises, en Argonne. 11 isola un bacille atypique et peu toxique. L. Tribondeau et Fichet ont publié le résultat de leurs recherches dans la dysenterie des Dardanelles. Le bacille le plus souvent isolé a été celui du type Shiga (25 fois sur 38);

2 fois le bacille de Hiss; 13 fois le bacille du type Morgan).

En 1915, une grave épidémie de dysenterie a sévi dans les

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A l’occasion de toutes les épidémies qui ont régné en France, dans la population civile aussi bien que dans les armées, les médecins ont fait ressortir la fréquence, parfois excessive, des diarrhées concomitantes. Lors de l’épidémie qui a régné en 1902, au 1®'' et au régiment du Génie, à Versailles, un quart des malades avait de la diarrhée simple. Il en fut de même en 1903 sur le 3« bataillon de chasseurs, à Grenoble.

Lorsqu’on recherche la réaction agglutinante chez ces malades atteints de diarrhée simple, cette réaction est communément observée. Job, Braun et Roussel ont fait souvent cette constatation.

Pendant la guerre actuelle contre l’Allemagne, tous les médecins ont constaté la fréquence de ces diarrhées, qui peuvent être bactériologiquement justiciables du bacille dysentérique (Sacquépée, Burnet et Weissenbach).

En conséquence, outre la dysenterie confirmée, il faut tenir compte des formes frustes. Elles offrent, au point de vue épidémique, une importance extrême, contribuant, pour leur part, à propager d’autant plus facilement le bacille que ces formes légères ne paraissent pas nécessiter des précautions spéciales.

Les formes chroniques de dysenterie bacillaire, la diarrhée des enfants, dans laquelle le bacille peut également pulluler (Flexner et Strong, Vedder et Duval) soulèvent la même remarque d’ordre pratique. Duval et Basset, examinant en temps d’épidémie les selles de 42 diarrhéiques simples, y constatent le bacille dysentérique. Shiga a fait la même observation.

Assurément tous les cas de diarrhée observés dans les armées en campagne ne sont pas justiciables du bacille dysentérique. Beaucoup relèvent de l’infection par l’entérocoque de Thiercelin, le Proteus vulgaris, ou par la végétation polymicrobienne qui se donne aisément carrière chez des hommes surmenés. Mais le bacille dysentérique revendique incontestablement un grand nombre des cas de diarrhée commune qu’on continue à observer à côté des dysenteries classiques.

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