‹ Les dysenteries, le choléra asiatique, le typhus exanthématiqueChapitre 12 sur 36 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ÉTIOLOGIE — LES GA.USES PRÉDISPOSANTES DE LA DYSENTERIE BACILLAIRE

La dysenterie bacillaire règne dans tons les pays et sous tous les climats, mais, ainsi qu’il a été dit, c’est dans les pays froids et tempérés qu’elle est plus commune.

Lorsqu’elle apparaît dans les climats froids, la dysenterie bacillaire donne lieu assez souvent à des manifestations épidémiques graves. La Suède, la Norvège, les districts septentrionaux de la Russie, le Kamtcbatka, le Danemark ont été le siège d’épidémies parfois fort sévères.

L’influence du climat froid n’est, cependant, nullement absolue. La preuve en est que, lorsqu’on envisage la courbe d’endémicité, parmi la population civile ou dans l’armée, dans les climats tempérés, on constate que, le plus souvent, c’est pendant la saison chaude, c’est-à-dire en été et surtout en automne, quelle est à son maximum.

A l’occasion des grandes guerres, notamment de la guerre actuelle, elle s’affranchit de l’influence de la saison chaude et se prolonge en hiver. Pendant la guerre de Crimée, les tranchées françaises étaient semées de malades atteints de dysenterie, pendant les mois les plus froids.

Il en avait été de même pendant la guerre de Sécession. Les mois de novembre et décembre 1862 se signalèrent par une forte recrudescence dysentérique.

On a invoqué le refroidissement diurne et surtout nocturne des hommes, sous la tente et dans les tranchées, le refroidissement de l’abdomen, l’influence de la pluie, qui détrempe les vêtements (Gambay), celui du passage des rivières, qui a le même effet.

Les influeqces prédisposantes individuelles méritent d’être signalées. Tous les âges sont réceptifs. Les enfants paraissent néanmoins plus souvent atteints dans les pays à endémicité.

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ainsi que les sujets jeunes et récemment arrivés. Pareil fait s’observe fréquemment chez les jeunes soldats.

Il n’est pas davantage de races qui soient réfractaires à cette forme de dysenterie. La dysenterie sévit aussi bien dans les , régions septentrionales que dans le midi de l’Europe. La race jaüne est aussi fréquemment atteinte que la race blanche. La race noire n’échappe pas à cette maladie.

Les animaux dome^iques tels que le chien peuvent contracter la dysenterie bacinaire, ainsi que l’ont prouvé les examens bactériologiques.

L’influence favorisante des fatigues exagérées, du surmenage, a été justement incriminée. Les guerres réalisent au plus haut point cette condition. Il en est de même de la misère physiologique, d’une alimentation défectueuse, de la nourriture grossière et indigeste, de l’abus du biscuit, etc. Pendapt la guerre des Balkans, les médecins russes ont invoqué ces diverses causes, notamment l’absorption de pain décomposé, d’aliments putréfiés, d’eau impure. 11 faut joindre l’inhalation d’émanations malsaines (latrines, feuillées, cadavres, etc.), qui détermine, par analogie avec la diarrhée d'amphithéâtre, une irritation de la muqueuse intestinale, l’hypersécrétion biliaire et la diarrhée éliminatrice; cette irritation prépare le terrain à l’infection spécifique par le bacille dysentérique.

L’influence protectrice d’une infection antérieure a une grande importance. Il est bien établi qu’une première atteinte de dysenterie bacillaire confère une immunité sérieuse, et c’est ce qui explique pourquoi, dans les pays à endémicité, la dysenterie frappe surtout les enfants, les jeunes soldats, les nouveau-venus, comme le fait, du reste, la fièvre typhoïde. Cette immunité est ;forte car sur 1000 individus ayant eu antérieurement la dysenterie bacillaire, il en est seulement 3 ou 4 qui sont susceptibles de la contracter de nouveau (Shiga), et encore la première atteinte avait-elle été très bénigne. Ceci explique que l’épidémie atteint rarement la même population pendant deux ans de suite. L’intervalle habituel qui sépare les grandes épidémies de dysenterie bacillaire est de 10 à 20 ans, dans une même localité. Il a pu se former, en effet, pendant cette période, de nouvelles générations de sujets réceptifs.

L’armée offre, par contre, une réceptivité continue parce qu’elle est constituée par un milieu renouvelable tous les deux

OU trois ans, en temps de paix, et que chacun des soldats récemment arrivés apporte un nouvel aliment à une infection contre laquelle il n’est pas immunisé. E

Les causes déterminantes de la dysenterie bacillaire.

Le bacille de la dysenterie peut s’ensemencer sur des organismes sains, non fatigués, en dehors de toute condition bromatologique ou autre. Les diverses circonstances énumérées pré cédemment ne sont donc, en réalité, qu’accessoires au regard du germe infectieux, seule cause provocatrice de la maladie.

Ayant pénétré dans le tube digestif, le bacille vient se loca- !, liser électivement dans la muqueuse du gros intestin et aussi dans une partie de l’intestin grêle, où il provoque les lésions spéciales de la maladie. L’inoculation sous-cutanée ou intraveineuse du bacille au lapin, au chien, au chat, etc., amène des i symptômes et des lésions identiques à ceux qu’on observe chez l’homme. |

Le bacille dysentérique végète exclusivement dans l’intestin i! du malade (*). On ne le trouve pas ailleurs (exception faite pour la bile). Il existe dans les selles en quantité considérable. ] Ces dernières sont, par conséquent, l’élément essentiel, exclusif, de la contagion de la maladie.

Il a été dit que, pratiquement, le mode de contagion le plus habituel s’opère par la voie buccale. Strong et Musgrave firent < avaler à un Indien condamné à mort une solution de bicarbonate de soude, puis une culture de bacille âgée de deux jours. Après trente-six heures, survinrent des selles diarrhéiques et muqueuses, striées de sang, avec expulsion très fréquente (jusqu’à 31 selles en 24 heures), météorisme, douleurs abdominales. I

On a cité des cas d’infection accidentelle par l’absorption de t) cultures (Flexner). Dodge a rapporté l’observation d’un prépa- )

rateur qui eut, au bout de 24 heures, une dysenterie aiguë, un peu de culture ayant été projetée sur ses yeux pendant qu’il i) maniait un tube cassé. |

Il est facile de comprendre que la fréquence des déjections, | l’abondance à toutes les périodes et surtout au début, du bacille [,■

(*) Cependant Rosenthal aurait, à l’autopsie, isolé le bacille du sang du S

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dysentérique dans ces déjections, favorisent beaucoup la contagion par le malade atteint de dysenterie.

C’est pourquoi la contagion directe est très commune. De là les épidémies de famille, de maison, de village, pouvant succéder à l’arrivée d’un seul malade. L’épidémie fait tache d’huile, gagnant successivement l’entourage, les parents, les domestiques, les voisins. Dans les campagnes, surtout, la contamination est très facile parce que les habitants, ignorant les principes élémentaires de l’hygiène, s’exposent inconsciemment à ce danger.

La transmission s’opère directement par les mains (mains du malade, mains du sujet réceptif) contaminées par les déjections, les vases ou les seaux hygiéniques, le linge de corps, les draps, etc. De nombreuses circonstances permettent, dès ce moment, au bacille, d’accéder jusqu’à la bouche du sujet sain.

Dans les hôpitaux, la contagion directe atteint fréquemment les infirmiers, les étudiants, les malades voisins qui donnent leurs soins au dysentérique.

La contagion interhumaine intervient de la même manière, dans les camps, en manœuvre, enfin en temps de guerre, reconnaissant le même mécanisme de transport du germe, tout particulièrement par les mains sales. L’apparition de la dysenterie chez une cuisinière, chez les cantinières ou ses aides, offre, à cet égard, de réels dangers parce qu’à la contagion directe s ajoutent les autres modes de contagion par des intermédiaires très variés.

De là cette facile dissémination du bacille dysentérique par les déjections des malades, par les cadavres, par tout ce qui a été souillé (eau, sol, etc.).

Le chien, susceptible d’avoir la dysenterie bacillaire, est donc, par conséquent, capable de transmettre cette maladie à l’homme.

La dysenterie bacillaire est donc une des maladies les plus contagieuses.

Quel que soit le mode de contagion, direct ou médiat, le point de départ du bacille est toujours constitué parles matières fécales du malade ou du porteur de germes. Le malade est contagieux dès le début de son affection, dès l’apparition des tout premiers symptômes en apparence anodins, tels que la diarrhée.

L incubation de la dysenterie bacillaire est de deux à cinq-

jours, en moyenne, quelquefois huit jours. Les bacilles sont particulièrement nombreux dans les selles, à la période initiale.

Le malade est contagieux pendant toute la durée de son affection. Mais, très communément aussi, il reste contagieux pendant sa convalescence. De nombreux exemples sont venus démontrer ce rôle du convalescent dans l’apport du germe. Du reste, on observe quelquefois des rechutes de dysenterie plusieurs semaines après la guérison (Shiga). Le bacille n’avait donc pas disparu. En 1900, un soldat français convalescent de dysenterie bacillaire, provoque àVallorbe, par contagion directe ou indirecte, 12 cas avec 4 morts. Les ensemencements per-' mettent de trouver le bacille dans les selles après la guérison de la maladie.

Il y a donc, pour la dysenterie bacillaire — comme pour la fièvre typhoïde, les fièvres paratyphoïdes, le choléra — des porteurs de germes capables de disséminer le bacille dysentérique avec leurs excrétas.

Les recherches bactériologiques témoignent que, chez quelques sujets, la persistance du bacille peut être prolongée pendant trois à quatre semaines, pendant plusieurs mois, même I pendant un an et davantage. La proportion de ces porteurs de germes, temporaires ou durables, est de 5 à 7 pour 100.

11 est à remarquer que, chez certains d’entre eux, la persistance du bacille se traduit en même temps par une diarrhée chronique de nature dysentérique (H. Vincent) pouvant durer { un an, deux ans. Ces sujets sont des propagateurs intensifs de ' virus. Il convient donc de porter son attention sur ces diarrhées rebelles, qui ne débutent pas toujours par les signes cliniques de la dysenterie, avec ses émissions muco-sanglantes.

On a constaté l’existence de bacillifères qui n’ont jamais | présenté (ou ne paraissent pas avoir présenté) de symptômes | de dysenterie, voire de diarrhée (Duval, Jehle et Charleton). Ces \ bacillifères demandent, par conséquent, a être dépistés et l’on ■■ comprend combien ils sont dangereux lorsqu’ils exercent des ■ professions alimentaires : cuisiniers ou cuisinières, charcutiers, laitiers, pâtissiers ou garçons de restaurant, etc.

Les enfants sont des propagateurs fréquents de dysenterie.

Cette persistance prolongée du bacille dysentérique chez certains sujets sains ou malades explique l’entretien de l’état endémique en certains pays, l’apparition de cas inexpliqués

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dans un village, une maison, une famille. Les porteurs de bacilles ont, d’ailleurs, de temps en temps, des poussées diarrhéiques, avec émission de selles abondantes, qui entretiennent la contagion.

Ainsi qu’on le voit, il y a, par conséquent, de grandes analogies épidémiologiques entre la dysenterie et la fièvre typhoïde, les fièvres paratyphoïdes et le choléra.

Le bacille paraît se conserver dans la vésicule biliaire de quelques individus, mais non chez tous (H. Vincent). Si l’on injecte une culture active de bacille de Flexner dans la veine du lapin, sous la peau ou dans le péritoine du cobaye, on ne trouve pas toujours le bacille dans la vésicule biliaire, même alors que les animaux présentent des lésions caractéristiques de l’intestin. Si on sacrifie les animaux à diverses périodes (de 18 heures à 10 jours), le bacille peut être trouvé dans la bile (une fois après 28 heures), mais très exceptionnellement. L’urine ne le donne jamais. Il peut être isolé dans la rate et le foie. On ne le rencontre, d’ordinaire, dans la bile que lorsque l’injection du bacille a été faite dans le péritoine.

Chez l’homme on a pu l’isoler dans les ganglions mésentériques (H. Vincent).

Amako, ayant ensemencé la bile et le suc splénique de 16 individus morts de dysenterie, n’a pu en isoler le bacille.

Du reste, si on ensemence du bacille de Shiga ou de Flexner dans de la bile stérilisée, humaine ou animale, on constate que ce milieu est très défavorable et que le bacille n’y pousse pas. n y meurt, même, en quelques jours (H. Vincent).

11 y a donc encore, bien que le bacille ait été parfois isolé à l’autopsie dans la vésicule biliaire de l’homme, certaines inconnues à préciser. Le bacille colonise-t-il exclusivement dans la vésicule biliaire? Dans quels cas? Ne pourrait-il séjourner et se maintenir dans les glandules intestinales, devenant le point de départ de ces crises diarrhéiques dont il a été question?

La contagion indirecte.

Aux modes de propagation par contact, il faut adjoindre la transmission indirecte, qui réclame certainement aussi une part importante dans la dissémination du bacille.

B’' YracENT. 4

^ Cette transmission par des intermédiaires très variés, peut s’exercer parce que le bacille dysentérique est capable de se conserver pendant un délai variable en dehors de l’organisme humain.

Eliminé avec les déjections, le bacille se trouve en rapport avec le sol, les latrines, les eaux, le linge, les aliments, etc. Son transport est effectué assez souvent par le malade lui- i même qui, dans les formes bénignes, se déplace et propage le germe. Les cas les plus récents sont les plus dangereux, j surtout dans les collectivités compactes telles que les régi- i mènts, les écoles, les usines. Ce moment correspond à la plus ; grande abondance d’élimination des bacilles dans les selles, i Lorsque l’affection date de quelques jours, les bacilles de- ' viennent plus rares. r

En conséquence, répandus dans le milieu extérieur, les i bacilles ne sont pas immédiatement détruits. Leur vitalité est ! assez variable. Les bacilles appartenant au type Flexner sem- j blent le mieux adaptés à la survie en dehors de l’homme. Ceux I du type Shiga sont beaucoup plus fragiles et plus délicats. |

En général, le bacille dysentérique se conserve mieux et | plus longtemps dans les milieux humides et froids. C’est ce qui 'i résulte des constatations ci-après (H. Vincent).

Vitalité du bacille dysentérique : ;

Sur sol humide, stérilisé.

— desséché.

Terre de jai’din (surface).

— — (Ora. 30 de profondeur).

Terre de bruyère —

Sable sec : surface. .

— humide (0 m. 30 de profondeur).

Culture desséchée.

— en bouillon.

— sur gélose.

Déjections enfouies dans le sol ... .

— sm- linge de toile plié . . .

13 à 34 jours.

30 à 90 — plus de 30 —

La même recherche a été effectuée dans les eaux, sous l’influence de la lumière ou de l’obscurité, et en fonction de la souillure plus ou moins grande de ces eaux.

Une culture du bacille de Shiga est émulsionnée dans l’eau de Vanne stérilisée. Les ensemencements faits successivement donnent les résultats suivants (H. Vincent) ;

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Au début. 94000 bac. par c. c.

Après 8 heures. 77 000 —

— 4 jours. 850 —

— 6 - .2àl4 -

En conséquence, la décroissance s’accélère brusquement à partir du 2® au 3® jour, dans l’eau.

Or, dans les eaux impures, la vitalité est beaucoup plus brève encore. Déjà, dans l’eau impure stérilisée, le bacille disparaît en 10 à 12 jours à 14M6*’ et en 13 jours à IM". Dans l’eau de la Vanne contenant 220 germes par cent, cube, le bacille persiste pendant 9 à 11 jours à 15“-18“. Dans une eau très souillée, la durée n’est plus que de 2 à 5 jours, à 22'>-28<>.

Si l’on fait ces expériences avec des eaux inégalement contaminées par les saprophytes, et laissées à 2<>-4», afin d’empêcher la pullulation des saprophytes, on voit que le bacille ne vit pas au delà de 2 à 4 jours et qu’il disparaît d’autant plus vite que l’eau renferme plus de bactéries vulgaires. Celles-ci agissent en antagonistes du bacille pathogène. Le staphylocoque pyogène, le Micr. prodigiosus, le Bac. Coli, le Bac. fluorescent liquéfiant, le Proteus vulgaris, les anaérobies des eaux, les germes de la putréfaction, exercent plus spécialement une action hostile sur le bacille dysentérique. Le filtrat de ces mêmes microbes possède lui-même une action empêchante (H. Vincent).

Dans la glace et à l’obscurité, le bacille a survécu pendant 41 jours à 68 jours.

L’influence de la lumière solaire a une grande importance. Le bacille se comporte d’une manière différente suivant qu’il existe dans la nappe d’eau souterraine, mise à l’abri des rayons solaires, ou dans l’eau d’une rivière, d’un lac, etc., où ces rayons exercent leur action microbicide puissante.

Dans l’eau limpide, la lumière solaire directe détruit le bacille en 2 heures à 2 heures et demie. Si l’émulsion est abondante, au point de rendre l’eau trouble, sa survie est de 4 à 5 heures.

A la lumière diffuse du laboratoire il est tué en 8 jours, alors qu’à l’obscurité, il vit pendant 14 jours.

Le froid, l’humidité et l’obscurité sont, en conséquence, des facteurs importants de conservation du bacille dysentérique. La chaleur, la dessiccation, la lumière solaire, la concurrence vitale des saprophytes, réalisent au contraire les conditions naturelles de destruction les plus efficaces.

Toutes ces constatations trouvent leurs applications à l’épidémiologie de la dysenterie bacillaire; elles expliquent la fréquepce de la maladie et sa persistance dans les climats froids, le rôle réel, mais limité de l’eau ja conservation du germe dans le sol, sous certàinès conditions, etc.

Les r'écë^acîês' ctu bàcîTTe'"3ÿsentêrrqüe sont, ainsi qu’il a été dit, fort nombreux. Les latrines servent fréquemment de trait d’union entre le malade et le sujet sain, l’infection se faisant par l’intermédiaire des chaussures apportant avec elles, dans les chambres, la cuisine, la salle à manger, le germe qui se dépose sur les planchers. Les mains peuvent ultérieurement recueillir le bacille.

Dans les armées, en temps de paix et surtout en temps de guerre, les feuillèes sont trop souvent rendues inabordables, par des cloaques fangeux, où la boue et les matières fécales sont mélangées, et qui servent de réservoirs de germes. Après ce bain de pieds microbien, l’homme apporte le bacille partout où il va.

On s’explique, dès lors, pourquoi un premier cas de dysenterie peut être suivi rapidement d’une explosion épidémique, et il existe de nombreux exemples dans lesquels on a vu des régiments, occupant une caserne, un camp ou un cantonnement précédement habités par des dysentériques, contracter à leur tour des épidémies parfois formidables.

Le sol peut en effet, conserver intacts les bacilles, surtout en hiver, et pendant la saison des pluies. En 1890, des troupes vinrent s’installer au camp de Ghâlons et creusèrent l’emplacement des tentes dans un terrain où furent mises à nu d’anciennes feuillèes remplies de matières fécales. La dysenterie existait l’année précédente. Ces hommes prirent la dysenterie. Les autres restèrent indemnes. Est-ce pour cette raison que l’on voit, presque chaque année et à date fixe, les dysenteries reparaître avec une ténacité désespérante dans certaines garni-

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sons (elles que Vincennes, Versailles, ou bien dans certains camps tels que celui de Châlons? Ainsi qu’on le verra plus loin, les mouches interviennent aussi dans ce retour périodique des épidémies.

Dans les campagnes, la contamination du sol peut contribuer de la même manière, à côté de la contagion directe, à entretenir les épidémies ou les endémies dysentériques.

Il semble démontré que, malgré la vitalité assez brève du bacille desséché, son mélange aux poussières soit capable de propager, par inhalation, la dysenterie. En 1894, une batterie d’artillerie vint occuper le camp d’Hussein-Dey, près d’Alger. L’année précédente, avait existé une épidémie dans ce même camp. A la suite d’un vent très violent, qui soulevait des tempêtes de sable et de poussière, et qui dura une semaine, les hommes signalaient que tout ce qu’ils mangeaient et buvaient contenait du sable et de la terre. Une épidémie très grave survint, frappant 15 pour 100 de l’effectif. L’eau de boisson, les légumes, les aliments étaient salubres.

Pendant la guerre du Transvaal, les médecins anglais ont attribué l’état épidémique non à l’eau, mais aux matières fécales desséchées et aux ouragans de sable soulevés dans le veldt. Les dangers de l'épandage de matières fécales pour le sol, les légumes et les eaux de surface, n’ont pas besoin d’être démontrés. Dans les terrains maraîchers, la culture des légumes crus à l’aide de ce procédé barbare de fumure, expose à la contagion un grand nombre de personnes.

On a cité des cas de contagion par des vêtements ayant été portés par des malades, par le linge, les draps, les chemises. La profession de blanchisseuse expose spécialement à la contagion.

Dans les camps et dans les cantonnements, la paille de couchage souillée peut être un facteur de contamination.

Les aliments contaminés réclament une part non négligeable dans la transmission de la dysenterie, soit parce qu’ils ont été. manipulés par des malades aigus ou chroniques ou par des porteurs de germes, soit parce qu’ils ont été en contact avec le sol (légumes crus, fruits tombés) imprégné de matières fécales, soit parce que les mouches y ont déposé des germes.

La contamination due aux malades ou aux bacillifères se fait, le plus souvent, par les mains sales, le s\ijet ayant négligé de

les laver après être allé à la selle. Le bacille vit 30 jours sur le pain, le riz, la viande cuite.

Les mouches {M. domestica, Calliphora vomitoria, Lucilia Cœsar) qui convoient un grand nombre d’agents infectieux, jouent certainement un rôle très important, à côté de la contagion directe, dans la propagation du bacille dysentérique. Dans les pays tempérés, c’est pendant la saison chaude, c’està-dire au moment de leur pullulation, que la courbe épidémique dessine son acmé. On se rend facilement compte, du reste, de l'influence des mouches en voyant leurs vols innombrables s’abattre alternativement sur les matières fécales, où elles récoltent le bacille avec leurs trompes, leurs pattes —et sur les aliments de toute nature, viande, légumes, pains, lait, pâtisseries, fromages, sucreries, etc., qu’elles infectent aussi par leurs excréments. Si on nourrit, sous une cloche stérilisée, des mouches {M. domestica) ayec une culture de bacille dysentérique, le bacille peut être retrouvé dans leurs excreta pendant 4 jours; plusieurs des mouches succombent (H. Vincent).

Facteurs de propagation très mobiles, les mouches apportent de l’extérieur le bacille pathogène ; elles l’introduisent dans les habitations, les cuisines, les salles à manger, à la surface du visage, surtout des jeunes enfants. Elles ont été, d’ailleui’s, justement incriminées dans les épidémies observées dans les Indes, et aussi pendant la guerre hispano-américaine, la guerre du Transvaal, pendant la guerre de Mandchourie (Kolosky), pendant la présente guerre, où leur abondance extraordinaire, durant la saison chaude, a été observée.

Elles peuvent infecter le lait. La contamination du lait peut se faire aussi par les garçons ou filles de ferme atteints de dysenterie (Finny), ou porteurs de bacilles. Elle peut résulter enfin du mélange avec une eau impure, ou de la récolte du lait dans des récipients malpropres et souillés spécifiquement.

Il va sans dire que seul l’usage du lait non bouilli comporte le danger de contagion, l’ébullition détruisant instantanément le bacille.

Le lait même desséché, le fromage à la crème, le beurre, le fromage, peuvent servir de réceptacles au bacille déposé par les mains ou par les mouches, et le conserver pendant plusieurs jours.

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On considérait autrefois que l’eaM de boisson intervenait le plus souvent dans la propagation de la dysenterie épidémique.

Il ne paraît pas, cependant, en être ainsi, du moins en ce qui concerne la dysenterie bacillaire. 11 est incontestable que le bacille peut être apporté par l’eau, mais moins souvent que Ig# bacille typhique. Shiga a rapporté une épidémie de village, d’origine hydrique, et dans laquelle 415 cas furent observés. Mais, inversement, de très nombreuses analyses bactériologiques d’eau effectuées au début même des épidémies de dysenterie, dans le laboratoire du Val-de-Grâce, aussi bien que dans les laboratoires régionaux, n’en ont révélé qu’exceptionnellement la pollution.

Lors des épidémies observées au camp d’Hussein-Dey, en 1894 et pendant les années suivantes, l’eau, fournie par un puits artésien, était d’une pureté extrême. A l’occasion d’épidémies malignes survenues dans la garnison de Versailles, l’eau ensemencée dés l’apparition des premiers cas était de qualité irréprochable. La courte incubation de la dysenterie donne toute leur valeur à ces expertises.

De même, Faichnie a signalé dans l’armée anglaise l’existence d’épidémies alors que les hommes ne consommaient que de l’eau bouillie et du thé.

On peut donc conclure que l’eau de boisson peut déterminer l’éclosion de la dysenterie, mais qu’elle n’est nullement le facteur le plus important de cette maladie.

La raison en est que l’eau n’est pas un milieu propice à la conservation et, encore moins, à la végétation du bacille de Shiga-Flexner. Dans l’eau souillée par des germes nombreux, comme le sont les eaux où parvient, avec le bacille dysentérique, l’ensemble des germes des matières fécales et de la putréfaction, le bacille ne vit guère au delà de 2 ou 3 jours. Il se raréfie rapidement, puis disparaît. Les microbes saprophytes, aérobies ou anaérobies, exercent une concurrence énergique et s’opposent à sa persistance, surtout si la température de l’eau, favorable à leur pullulation, est un peu élevée.

Le bacille de Flexner est un peu plus résistant dans l’eau que le bacille de Shiga. L’un et l’autre sont très sensibles à la lumière.

Les modes de pollution des eaux sont fort nombreuses. Ce sont les mêmes qui ont été décrits à propos de l’étiologie de la fièvre typhoïde, des fièvres paratyphoïdes, du choléra : déver-

sement direct des matières fécales, tout à l’égout, influence des pluies lavant le sol et entraînant les impuretés avec elles, infiltration dans la nappe phréatique, souillure par les fosses d’aisance voisines, épandage, lavage du linge des malades ou des bacillifères, etc.

Il résulte de là que, dans les fosses d’aisance, l’influence antagoniste des bactéries saprophyliques restreint considérablement la vitalité du bacille dysentérique.

Mais les conditions climatériques peuvent atténuer dans les eaux, le sol, le sous-sol, cette action automatique d’épuration.

Le froid est, en effet, un agent de conservation du bacille dysentérique en même temps qu’il empêche le développement des saprophytes.

C’est là un fait intéressant à enregistrer, car il donne en partie l’explication de la persistance de la dysenterie dans les pays du Nord.

Dans les eaux de lac, où l’influence de la lumière peut s’exercer (les rayons lumineux ne pénètrent pas au delà de 5 mètres), les couches superficielles peuvent être épurées, mais les couches profondes peuvent rester contagieuses. 11 en est de même dans les eaux vauclusiennes.

Marche des épidémies.

La dysenterie bacillaire peut régner à l’état endémique, donnant lieu à des cas isolés, plus souvent à l’état épidémique. Elle provoque alors, surtout dans les pays neufs, des cas multiples, extensifs et rapides, frappant simultanément un grand nombre de sujets. Dans les collectivités, les casernes, les écoles, où les contacts sont fréquents, la marche des épidémies est parfois redoutable. Tous lesjours apparaissent de nouveaux cas de diarrhée en apparence simple ou de dysenterie typique. L’épidémie dure quelques Jours, quelques semaines et s’arrête soit parce que le terrain réceptif a été épuisé, soit parce que des mesures prophylactiques efficaces ont été prises.

^ Dans les campagnes, où les règles de l’hygiène sont ignorées, i où les déjections sont jetées partout, où les enfants entretiennent l’épidémie par les formes frustes et méconnues, la dysen- ! terie est parfois plus tenace et peut .se maintenir pendant plu- ’ sieurs mois. La mortalité y est élevée. î

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Il en est ainsi au Japon, où la dysenterie sévit depuis des siècles, donnant lieu à des désastres. De 1892 à 1896, elle y a causé 50000 décès (Sliiga). De 1890 à 1900, le nombre des cas a été de 875 534 avec 26,39 pour 100 de décès.

Lorscpie la dysenterie survient dans un petit village, elle frappe assez vite tous les sujets réceptifs, soit 5 à 10 pour 100 des habitants, au Japon. L’année suivante, il y a peu ou point de cas. Si la première poussée épidémique a été légère ou modérée, on observe souvent un retour offensif plus violent, l’année suivante. La troisième année ne donne lieu à aucun cas, les habitants étant immunisés.

Dans les villes, la dysenterie frappe plus spécialement les quartiers populeux, les familles pauvres, où les enfants et les parents vivant en contact étroit, se contaminent mutuellement avec la plus grande facilité.

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