FORMES CLINIQUES
Le choléra se présente en clinique sous des aspects multiples, variables suivant l’évolution de la maladie, suivant l’âge du malade, son état physiologique ou pathologique antérieur, suivant enfin les épidémies.
A. L’évolution de la maladie permet de discerner divers types.
1° La diarrhée cholériqtie, qui est la forme minima de l’infection cholérique. Elle se limite à la diarrhée prémonitoire qui précède parfois l’attaque. Il est difficile de la distinguer cliniquement de la diarrhée simple. Aussi, en temps d’épidémie, toute diarrhée doit-elle être tenue pour suspecte et le diagnostic bactériologique de sa nature dûment établi. La diarrhée cholérique dure seulement quelques jours et guérit.
2“ La cholérine représente un degré d’intoxication cholérique plus élevé. Elle débute brusquement au milieu de la nuit, par de la diarrhée accompagnée de vomissements, de crampes dans les mollets, de céphalalgie, de soif intense. L’algidité s’esquisse, le pouls faiblit, l’urine se fait rare. La cholérine peut
SYMPTOMATOLOGIE.
guérir en quelques jours, mais les récidives sont à craindre au moindre écart de régime.
3» Le choléra. — Un grand nombre de classifications ont été proposées pour grouper les aspects cliniques multiformes du choléra. Nous nous contenterons de la division simple et clinique en type léger, type grave, type foudroyant.
a) Type léger. — Caractérisé, outre la diarrhée, par la persistance du pouls radial, de la sécrétion urinaire qui peut être diminuée mais n’est jamais complètement abolie; par une cyanose et un collapsus à peine marqués.
b) Type grave. — Qui comporte les grands symptômes du choléra caractérisé : aphonie, vomissements, diarrhée, algidité, pouls à peine ou pas sensible, anurie absolue, habitus cholérique. Le plus souvent la réaction est du type typhoïde.
c) Type foudroyant. — Dans certaines épidémies exotiques les malades meurent en quelques heures, en quelques instants, comme foudroyés. Dans nos pays cette forme foudroyante, qui est souvent celle des premiers cas d’une épidémie, est moins terrifiante. La mort survient en 3 à 24 heures (Thoinot).
B. Choléra suivant l’âge des malades. —Les nouveaunés allaités au sein échappent généralement au choléra.
Chez les enfants la marche de la maladie est rapide, les évacuations profuses, les vomissements inconstants, les crampes rares. L’enfant tombe vile dans le coma et l’algidité.La période de réaction est particulièrement riche en phénomènes nerveux (Thoinot).
Les vieillards sont souvent enlevés par le choléra foudroyant. L’adynamie prédomine, l’algidité se prolonge anormalement et, quand la réaction se produit, elle est le plus souvent abortive. La convalescence est souvent retardée par des complications suppuratives (escharres) ou gangréneuses, pulmonaires ou intestinales.
C. Choléra dans les états physiologiques de la femme. — La menstruation peut persister pendant l'algidité. Si les règles sont suspendues pendant cette période elles peuvent réapparaître au moment de la réaction.
Les femmes enceintes atteintes de choléra léger échappent seules à l’avortement (Gaillard). Dans la moitié des cas, au moins, le choléra détermine l’avortemenjt et il tue plus sou-
.vent encore les femmes qui n’avortent pas que celles chez lesquelles il détermine l’expulsion du fœtus (Thoinot).
L’expulsion du fœtus se fait dans la période de réaction (Lorain). L’enfant est le plus souvent mort-né ou ne tarde pas à succomber après la naissance. La mort du fœtus précède toujours celle de la mère, d’où l’inutilité d’une opération césarienne post mortem (Galliard). Le choléra détermine presque invariablement la mort des femmes récemment accouchées.
Chez les nourrices la sécrétion lactée peut être tarie pendant l’attaque mais reprend très abondamment à la réaction. Parfois elle ne subit aucune modification et les seins peuvent même être gorgés de lait au point qu’on soit obligé de l’extraire artificiellement (Magendie, Oddo, Galliard).
D. Choléra et état pathologique. — D’une façon générale le choléra suspend les maladies antérieures; le choléra disparu, elles reviennent, se complètent si elles sont aiguës, se prolongent si elles sont chroniques.
La bronchite, la pneumonie, le rhumatisme articulaire aigu, la coqueluche, le diabète cessent au moment de l’attaque pour reparaître après la guérison.
L’association du choléra et de la /lèure typhoïde est d’une extrême gravité. 11 en est de même lorsque le choléra surprend un paludéen en accès.
Chez les tuberculeux, les troubles pulmonaires s’atténuent au minimum, mais, si le malade survit à l’attaque, la tuberculose s’exaspère et emporte bientôt le malade (Briquet et Mignot).
Les épanchements pleurétiques, les épanchements séreux ou sous-cutanés des brightiques, des cardiaques, des cirrhotiques sont balayés presque instantanément par le flux diarrhéique, mais l’attaque est presque toujours fatale à ces malades.
E. Choléra suivant les épidémies. — La physionomie générale de l’attaque cholérique se modifie d’une épidémie à l’autre. Dans l’une prédominent les symptômes digestifs, dans l’autre les symptômes algides, dans une troisième c’est la cyanose qui est au premier plan. lien est de même pour les modes de réaction.
Certaines épidémies telles que celle de Lisbonne ont été marquées par l’extrême bénignité des cas.