‹ Les dysenteries, le choléra asiatique, le typhus exanthématiqueChapitre 18 sur 36 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

TRAITEMENT

On ne possède pas encore de traitement spécifique véritablement actif du choléra. Les essais de sérothérapie tentés jusqu a ce jour ne paraissent pas concluants. Spiro Livieriato prétend cependant avoir obtenu des résultats satisfaisants par cette méthode durant la guerre gréco-bulgare de 1915: rareté des vomissements, modération des crampes, relèvement du pouls, atténuation de la dyspnée, de la cyanose et de l’algidité.

Pratiquement, le seul mode de traitement qui ait une valeur reconnue dans le choléra est le traitement expectant et symptomatique (Patrick Manson). La première indication à remplir est de combattre énergiquement toute diarrhée survenant au cours d’une épidémie. Toutes les substances antidiarrhéiques ont été employées avec ou sans résultats: l’opium, Télixir parégorique, le laudanum associé ou non au sous-nitrate et au salicylate de bismuth, l’acide lactique, le calomel (à doses massives de 5 à 20 centigrammes et plus toutes les deux heures jusqu’à coloration des selles). Peau chloroformée saturée, un mélange de chaux, de cachou et d’opium, etc., etc.

En Angleterre et en Amérique une médication portant le nom de chlorodijne, jouit d’une grande faveur. On l’administre à la dose de IV à XX gouttes. Ce serait une excellente préparation, mais dans la diarrhée prémonitoire seulement (Navarre, Soulier).

Les formulaires britanniques donnent de ce produit des compositions dilîérentes. Le produit obtenu précipite parfois ou forme même, avec le temps, une masse solide inutilisable, le ihédicament se prenant par gouttes. La formule suivante de A. Manseau donne un produit stable, se conservant longtemps.

Chlorhydrate de morphine.0 gr. 50.

Chloroforme.12 grammes.

Alcool à 90“.12 grammes.

Mélasse. Q. S. pour 60 c. c.

TRAITEMENT

Extrait fluide de réglisse.3 grammes.

Sulfate d’atropiae. 0 gr. 05.

Essence de menthe.IV gouttes.

Eau de laurier-cerise.10 c. c.

.Mélanger dans un flacon de 60 c. c. le chloroforme, l’alcool et l’essence de menthe. Délayer au mortier le chlorhydrate de morphine et le sulfate d’atropine dans l’eau de laurier-cerise, ajouter la moitié de la mélasse et l’extrait fluide de réglisse, mélanger et compléter les 60 c. c. avec la mélasse. Agiter avant de s’en servir.

Les diverses médications antiseptiques qui ont été conseillées n'ont pas répondu aux espérances que l'on avait fondées sur elles : salol, iodoforme, benzonaphtol, naphtaline, limonades chlorhydrique et sulfurique, crésol, créosote, eau chlorée, créoline, permanganate de potasse, etc.

Les vomissements sont calmés par l’eau de Seltz, l’eau chloroformée, le champagne frappé, la glace prise par petits fragments, la potion de Rivière, etc. Le malade doit garder la position horizontale et boire peu à la fois, les boissons abondantes provoquant le plus souvent des vomissements.

Les boissons les mieux tolérées sont les limonades tartrique ou citrique.

Les lavages de l’estomac, à l’eau bouillie, acidifiée ou non avec 5 pour 100 d’acide lactique, répétés jusqu’à cinq et sept fois par jour, préconisés par Hayem, Delpeuch, Lesage, sont pénibles pour les malades et ne les calment que pour une courte dm’ée.

Les crampes sont calmées par des frictions légères, sèches ou humides, avec de la flanelle imbibée d’essence de térébenthine ou d’alcool camphré, des injections hypodermiques de morphine ou, ces moyens échouant, de courtes inhalations de ■ chloroforme.

Contre l'asphyxie, Cunéo (de Toulon) a employé avec succès les inhalations d’oxygène.

Contre l'algidité on a utilisé les briques chaudes, les boules d’eau chaude, les bains chaudsà 59“, 40°, 41“. Ces bains chauds, de vingt minutes de durée, répétés toutes les deux ou trois heures sont excellents dans les cas moyens. Ils provoquent une élévation de température de I à 2 degrés, relèvent le pouls, atténuent ou font disparaître les crampes,, favorisent la sécré- Dr Vincent. 7

tion urinaire (Hayem, Lesage, Siredey, Delpeuch). Semmola administre des bains de vapeur, au lit même du malade, à l’aide d’un dispositif spécial. Les injections de caféine et d’éther ont été également employées.

Mais le traitement rationnel est celui qui consiste à restituer à l’organisme une partie du liquide qu’il a perdu et, de ce fait, à rendre au sang la quantité de sérum qui lui-est nécessaire pour redevenir fluide apte à circuler.

Dès 1830, les paysans russes avaient eu l’idée de gorger les cholériques d’eau salée. En 1832, en Ecosse, Latfa leur faisait boire d’énormes quantités d’eau salée. 11 leur administrait en même temps des lavements et leur injectait même dans les veines une solution de sel.

Actuellement, suivant les cas, on emploie l’une des techniques suivantes :

1° Entéroclyse. — Cantani faisait pénétrer, aussi haut que possible, deux litres de liquide tiède dans le gros intestin. Lesage, Bourcy, Tipiakoff ont obtenu de bons effets avec cette méthode.

Bourcy injectait de l’eau bouillie à la dose de deux à six litres; les cas de choléra de moyenne intensité lui ont paru fort améliorés par ce traitement, ün peut ajouter au liquide 10 pour 100 de tannin.

2“ Hijpodermoclyse. — Les injections sous-cutanées de sérum artificiel, à la dose de 3 à 600 grammes sont applicables aux cas de moyenne intensité, alors que la circulation n’est pas interrompue.

Les injections se font sous la peau de l’abdomen ou de la fesse. Elles peuvent être répétées.

3° Transfusion veineuse. — Le liquide employé est généralelement celui de Hayem :

Chlorure de sodium pur.5 grammes.

Sulfate de soude.iO grammes.

Eau. 1000 gi’amraes.

Il y a le plus grand avantage à employer le sérum adrénaliné.

D’autres auteurs emploient une solution de chlorure de sodium à 6 pour 1000 avec addition parfois d’une petite quantité d’alcool, sans sulfate de soude.

TRAITEMENT

Léonard Rogers a traité mille cas de choléra, avec 3,4 pour 100 de décès seulement, par des injections intraveineuses de sérum hypertonique :

Chlorure de sodium pur.8 grammes.

Bicarbonate de soude.20 grammes.

Eau. 1000 c. c.

11 administrait en même temps du permanganate de potasse à l’intérieur.

Patrick Manson donne la formule suivante :

Chlorure de sodium.5 gr. 50.

Carbonate de soude.3 gr. 50.

Eau bouiilie. 1 litre.

On injecte lentement et sous faible pression un à deux litres de liquide à la température de 37°, 37“5, dans la veine du membre inférieur ou du membre supérieur. La saphène est particulièrement commode.

Dans les cas les plus favorables l’injection intra-veineuse ressuscite véritablement le malade et, d’emblée, le fait entrer dans la période de réaction en rétablissant la circulation, faisant cesser la diarrhée et apparaître la sécrétion urinaire. C'est une galvanisation du cadavre, mais trop souvent le réveil ne dure que quelques heures (Thoinot). Aussi a-t-on recours à de nouvelles transfusions si l’algidité revient; on a pu en faire 2, 4, 5 et jusqu’à 12 (Lesage) chez un même malade. Actuellement cette méthode est couramment employée et n’est pas seulement réservée aux cas in extremis.

Entre les mains de Hayem elle a donné 30 pour 100 de guérison; 29 pour 100 entre celles de Gaillard. Elle a donc fait ses preuves et, suivant l’opinion même de Hayem « la transfusion doit être considérée comme une méthode régulière et non exceptionnelle de traitement. »

Durant la période de réaction, si la diarrhée persiste, on pourra employer l’opium et le bismuth. Dans ces circonstances on pourra injecter dans le rectum, suivant les indications de Patrick Manson ;

30 grammes.

30 grammes.

1 litre.

Tannin. . . .

Gomme arahiqi Eau chaude .

La constipation sera traitée par les lavements, jamais par les purgatifs.

Si la sécrétion urinaire ne se rétablit pas rapidement on appliquera de grands cataplasmes chauds sur la région lombaire ou des ventouses sèches ; on emploiera très prudemment des diurétiques légers, non les diurétiques actifs qui sont dângereux. Chez les convalescents, le régime alimentaire doit être, pendant quelque temps, des plus simples : lait dilué, eau d’orge ou de riz, bouillons légers, bouillons de légumes, jus de viande, etc.

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