‹ Les dysenteries, le choléra asiatique, le typhus exanthématiqueChapitre 19 sur 36 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

C’est seulement en 1830 que le choléra a fait son apparition en Europe. Mais, de temps immémorial, avant de déborder hors de ses limites habituelles, le choléra sévissait à l’état épidémique ou endémique dans la vallée du Gange, du Bràmàhpoutre, de la Nerbudda et du Tapty. Tout le littoral du golfe ' de Bengale, Malabar, Sumatra, le Cambodge, sont restés des foyers classiques du choléra. L’arrivée des conquérants, des colons et des industriels européens ne fit qu’accroître, dans ces régions, l’extension des épidémies, en leur apportant un aliment nouveau. La conquête de l’Inde fut signalée par des pertes meurtrières : les soldats, les valets de camp, les sentinelles, tombant par milliers en quelques heures (Graves).

C’est à partir de 1818 que le choléra se répand hors de son foyer d’origine, gagnant d’abord les autres pays asiatiques, puis les Philippines, les îles Maurice et Bourbon. La Perse,

1 Arabie, la Syrie devaient bientôt devenir les intermédiaires à travers lesquels le fléau se répandit, d’une manière presque périodique, jusqu’en Russie et, de là, parmi les autres nations européennes. De 1830 à 1869, il semble que le choléra, avant de s’épancher en incursions formidables sur le continent européen, allait puiser de nouvelles forces dans l’Inde. Mais à partir de cette dernière date, la maladie a acquis droit de cité en Europe,

et l’on assiste à des épisodes terribles, tels que ceux qui signalent la guerre de Crimée (Fauvel, Scrive), où la mortalité fut si élevée parmi nos soldats et nos marins. On a pu saisir quelquefois le mode de transport du choléra par des Égyptiens, des Arabes, venus des pays infectés. En réalité, la maladie est devenue autochtone et, si elle n’a plus actuellement les expansions qu’elle affectait au siècle dernier, le choléra n’en demeure pas moins redoutable tant qu’une prophylaxie rigoureuse n’est pas appliquée.

Pour donner un exemple de la funeste gravité du choléra, on peut citer l’épidémie qui a frappé, en octobre 1859, les deux divisions du général de Martimprey, qui opéraient dans la province d’Oran. En quelques jours, plus de 3000 hommes succombèrent au choléra.

La maladie reste, d’ailleurs, toujours menaçante, et les relations de guerre qui s’établissent entre les pays d’Orient et l’Occident, ont été et peuvent redevenir les causes d’une nouvelle apparition du choléra. 11 est peu de pays qui aient échappé à cette maladie ; les îles Feroé, le nord de la Russie, de la Sibérie, quelques îles de l’Océan Pacifique, la Terre de Feu, l’île Nossi-Bé en 1870, etc.... Cette immunité est due aux conditions géographiques de ces régions, qui les isolent et les mettent à l’abri des voyageurs et de l’importation du germe.

Les atteintes européennes sont heureusement devenues fort irrégulières et beaucoup moins expansives. 11 frappe, à cette occasion, les troupes de l’armée et de la marine. 11 se manifeste aussi dans les navires. Témoins les épidémies du vapeur Remo et du vapeur Andrea Doria, allant de Gênes dans l’Amérique du Sud. Le second eut 114 morts sur 1357 émigrants.

Dans les Indes, la proportion moyenne annuelle des décès par choléra a été de 298 000 de 1877 à 1886; de 380 000 de 1901 à 1910, avec un maximum de 710 000 en 1906. La mortalité moyenne est de 56 (Madras) à 77,8 (Bombay) pour 100 malades (Poitevin).

Les Indes néerlandaises ne sont pas à l’abri de cette maladie. Du !«"■ janvier au 26 septembre 1914, on a signalé 1919 cas et 1030 décès.

En Allemagne, le chiffre des décès par choléra, qui avait été de 114683 en 1866, et de 28790 en 1873, est descendu à 866 en 1892, 83 en 1905 et 14 en 1910 (Poitevin).

Page 1