CHAPITRE II
ÉTIOLOGIE DU CHOLÉRA LES CAUSES FAVORISANTES
■Déterminé par un bacille pathogène spécial, le vibrion cholérique, le choléra ne laisse pas, cependant, d’être inüuencé par quelques conditions favorisantes, les unes individuelles, .les autres étrangères ou extrinsèques.
La protection relative du jeune âge s’explique parce que les enfants à la mamelle sont habituellement soustraits à la contagion alimentaire.
Néanmoins les enfants de 10 mois peuvent contracter le choléra et, d’autre part, les vieillards n’en sont nullement exempts.
C’est entre 20 et 30 ans, surtout dans le sexe masculin, que le choléra est le plus fréquent.
Aucune race n’est à l’abri de ses attèintes. La race noire paraît même plus sensible que les autres et la mortalité est, chez elle, beaucoup plus élevée.
11 existe, sans doute, certaines immunités individuelles, mais elles sont rares. On a fait intervenir l’influence des agglomérations et des guerres, celle des pèlerinages. Ces raisons n’interviennent que parce qu’elles multiplient les contacts, c’està-dire les chances de contamination, et qu’elles favorisent le transport du bacille.
Les conditions alimentaires : usage de fruits et de légumes crus, d’aliments indigestes, ont été longtemps considérées comme des adjuvants de l’infection. Peut-être n’agissent-elles que par l’apport pur et simple du bacille. Mais Valcoolisme aigu ou chronique, par l’insuffisance des sécrétions digestives et hépatique qu’il entraîne, paraît jouer un rôle plus important.
Lors de l’épidémie de Budapest, en 1892-1895, 22,4 pour 100 des cholériques étaient des alcooliques ; pendant l’épidémie
ÉTIOLOGIE.
deBussie (1908), 65 pour 100 des cholériques étaient également entachés d’alcoolisme. Et c’est pour cette raison qu’en période endémique, c’est souvent le lundi qu’on observe le plus de malades.
L’usage de l’eau même pure, en trop grande quantité, peut amener une dilution des sucs digestifs et favoriser l’infection.
La fatigue excessive a été fréquemment incriminée, non sans raison. On en a observé assez souvent la preuve lors des expéditions militaires.
Les maladies chroniques, la tuberculose, surtout les entérites, paraissent prédisposer au choléra.
Parmi les facteurs extrinsèques, la saison chaude, l’été, sont les plus souvent invoqués.
11 est certain que la plupart des épidémies sont observées pendant cette période. Toutefois on cite des épidémies qui ont atteint leur fastigium au printemps, ou même en hiver. Telle fut celle de Paris en 1832 (hiver), de Berghem (id.), de Russie en 1830, le choléra se prolongeant à Moscou par une température de — 20“. Le choléra de Lisbonne débuta en décembre 1893, celui de Russie en 1908, pendant l’hiver également.
Cependant la chaleur, les temps orageux, favorisent le choléra, sans doute en raison de la forte absorption d’eau qu’ils entraînent.
Le tableau ci-après, emprunté à Bertillon, indique la durée et la saison des diverses épidémies, ainsi que le nombre des victimes qu elles ont faites dans la population de Paris.
Le choléra se localise électivement dans les régions chaudes et humides, le delta des grands fleuves (Gange, Nil). Il s’y prolonge alors que, dans les régions d’altitude et les plateaux élevés, il persiste moins longtemps. On Tiiserve piincipalement parmi les populations malpropres, dans les villes et les villages où l’hygiène est inconnue, où les déjections sont abandonnées sur le sol, dans les quartiers indigènes, les souks, les faubourgs, pendant que les quartiers riches sont fréquemment indemnes. L’épidémie du Havre, en 1892, atteignit surtout les vieux quartiers.
En 1893, la population miséi’able des îles Molènes et Trielen offrit une énorme morbidité. Au hameau de Trielen, 14 décès survinrent en six jours.
L’épidémie de Budapest, en 1892-1893, se manifesta presque