‹ Les dysenteries, le choléra asiatique, le typhus exanthématiqueChapitre 29 sur 36 · HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIE MÉDICALE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIE MÉDICALE

Le typhus exanthématique est probablement ancien comme l’homme lui-même. On trouve dans les livres hébreux et dans la médecine arabe, des descriptions qui répondent à cette maladie. Dans la relation de la terrible peste qui ravagea la Grèce et dont Thucydide s’est fait l’historien, on reconnaît le typhus. Mais la première étude de cette redoutable maladie est due à Fracastor. Les matériaux d’observation ne manquaient pas, car de 1505 à 1530, l’Italie fut décimée par le typhus. L’armée de Lautrec, infestée par cette maladie, laissa 50 000 morts sous Naples.

Depuis lors, pas une seule guerre ne survint qui ne fût accompagnée de typhus. On apprit à distinguer le typhus {Pesficula), ou T. pétéchial, de la peste, alors fréquente. Toutes les guerres des xvi®, xvii®, xviii® siècles furent, sans exception,, les occasions d'un réveil du typhus. Les armées de Gharles-Quint, sous Metz, en 1552, furent ravagées par cette maladie. Pendant les guerres de la Révolution, elle ne désarme pas. Les Français, assiégeant en 1806 les Autrichiens devant Mantoue, furent aussi éprouvés que ces derniers et rapportèrent le germe dans leur pays. A la même époque, 14000 décès étaient signalés

à Gênes. En France, Montpellier, Marseille, Toulon, Grenoble, sont infestés par le typhus.

Après les batailles d’Austerlitz et d’Iéna, les ambulances et les hôpitaux sont encombrés de typhiques. Les prisonniers allemands rappportent le mal en France. Pendant la retraite de Russie, nos malheureux soldats exténués, couverts de haillons, mouraient par milliers, sur les routes et à Wilna. Dans cette dernière ville où 30000 hommes s’étaient réfugiés, 25000 succombèrent; 8000 habitants périrent également du typhus, surtout parmi la population pauvre. A Dantzig, 56000 Français sont assiégés; 13000 meurent du typhus. La population civile eut 10000 décès. A Torgau, 14000 hommes sur 26000 succombent. A Mayence, 20 000 soldats meurent également du typhus.

Ces effroyables hécatombes justifient amplement le nom de typhus des armées, typhus des camps qui lui fut donné à cette époque. Il paraît vraisemblable que la fièvre typhoïde, qui présente avec le typhus des analogies cliniques, et qui constitue la maladie par excellence des armées en campagne, a partagé avec le véritable typhus la responsabilité de ces redoutables atteintes.

Si le typhus ne s’est pas renouvelé avec cette intensité formidable, il n’a pas, cependant, entièrement disparu.

Après 1815, le typhus persiste dans les bagnes, les prisons, en même temps que dans la population pauvre et misérable de certains pays. Il se maintient en Orient, en Russie, en Prusse, en Silésie, en Pologne, en Irlande. De 1846 à 1848, au rapport de Murchison, 500000 Irlandais en moururent. La guerre de Crimée amène son réveil. Quelques cas apparurent d’abord chez les Russes, puis s’étendirent rapidement. On signale 12000 atteintes et 6000 décès dans leurs rangs. L’armée fran- I çaise fut prise à son tour. Les soldats, entassés dans des taupinières et dans les tranchées, épuisés, soumis à des fatigues surhumaines, privés des soins hygiéniques élémentaires, furent frappés dans la proportion de un sur dix (F. Jacquot). Plus de 17 000 succombent. A leur retour, les armées contaminent la population de Marseille, Toulon, Porquerolles, Avignon.

Il y aurait eu quelques cas de typhus dans l’armée française, en 1870, après la bataille du Mans, et à Mayenne (Morisset). Mais le fait n’est pas bien démontré.

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