‹ Les dysenteries, le choléra asiatique, le typhus exanthématiqueChapitre 8 sur 36 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

TRAITEMENT DES DYSENTERIES

Le diagnostic de dysenterie étant établi, le malade sera mis immédiatement au chaud et audit et, autant que possible, n’eii devra pas sortir même pour aller à la garde-robe. Le tube digestif sera au repos. '

Toute alimentation solide doit être supprimée. On choisji’a les aliments qui, tout en possédant un pouvoir nutritif élevé, laissent un résidu fécal minime. Le lait, le bouillon, l’albumine d’œuf, l’eau d’orge ou de riz, le lait peptonisé peuvent constituer le fond de l’alimentation (Patrick Manson).

Le bouillon de légumes qui chez les enfants donne de si bons résultats dans le traitement des diarrhées, a été employé avec succès par Boudet. Pour calmer la soif, le thé léger, tiède, est bien accepté par les malades.

L’alcool et les boissons alcoolisées ne seront donnés que dans les cas où le collapsus serait à craindre.

L’alimentation liquide, plus ou moins abondante suivant les cas, pouvant aller parfois jusqu’aux confins de la diète absolue^ sera continuée jusqu’au moment où les selles deviendront peu nombreuses et simplement diarrhéiques. A ce moment on pourra donner des purées très claires de légumes secs, de pommes de terre. On ne reprendra l’alimenlalipn carnée qu’avec la plus grande prudence.

La thérapeutique sera subordonnée au diagnostic porté par le Laboratoire. Nous envisagerons successivement quelques-uns des divers cas qui peuvent se présenter.

1" Il s’agit d’une dysenterie bacillaire. — On possède actuellement un traitement spécifique de cette dysenterie! Shiga, au Japon, en 1898, a le premier utilisé les propriétés curatives du sérum d’animaux immunisés contre le bacille dysentérique. Simultanément Rosenthal et Gabritchewski à Moscou, Vaillard et Dopter, Auché et Goÿne, en France, ont

poursuivi des recherches du même ordre. Vaillard et Dopter, par inoculations hebdomadaires de cultures vivantes de bacilles dysentériques dans les veines du cheval ont obtenu un sérum qui possède des effets préventifs et curatifs dans la dysenterie expérimentale des animaux.

Injecté à l'homme atteint de dysenterie bacillaire ce sérum diminue la mortalité, atténue et fait disparaître rapidement les phénomènes dysentériques. D’une manière assez constante, peu d’heures après l’injection de sérum, les malades éprouvent un réel sentiment d’euphorie : les douleurs abdominales, le Uénesme, les épreintes s’apaisent déjà, et, sauf pour les cas très graves, disparaissent presque toujours dans les'24 heures qui suivent. La guérison survient en 48 heures, 5 à 6 jours, tfl à 15 jours suivant qu’il s’agit de cas moyens, graves, ou très graves. La convalescence est plus courte et plus aisée. Le sérum se donne en injection sous-cutanée. Ses effets sont d’autant plus rapides et décisifs qu’il est administré plus près du début de la maladie. La dose varie avec le moment de l’intervention, la gravité des cas et l’âge des sujets. Voici les indications des auteurs. Pour les adultes, dans les'dysenteries d’mtensité moyenne prises au début, 20" c. c. suffiront habiluellement. pour arrêter immédiatement tous les symptômes. S’ils persistaient encore au bout de 24 heures, une nouvelle injection serait faite. Dans les formes sévères ou datant de plusieurs jours une troisième injection de 10 c. c. sera utile.

Dans les dysenteries graves on doit injecter 40 à 60 c. c. d’emblée et ne pas hésiter à répéter journellement les injections, même à la dose de 100 c. c. par jour en deux injections, jusqu’à ce que les troubles intestinaux s’amendent. On continue ensuite prudemment le traitement à doses décroissantes jusqu’à ^ ce que le nombre des selles s’abaisse à quelques unités.

Pour les enfants les doses indiquées ci-dessus seront réduites de moitié, des deux tiers, des trois quarts, selon l’âge.

Dans certains cas rebelles à la sérothérapie, dans les formes chroniques, on a recommandé les lavements de sérum poussés aussi loin que possible.

Le traitement médicamenteux par les pilules de Segond (2 à 6 par jour)-, par le sulfate de soude (10 gr. par jour), associé à l’opium amènent la guérison rapide des formes moyennes, à défaut du traitement spécifique.

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2» Il s’agit d’une dysenterie amibienne. — Le chlorhydrate d’émétine est considéré actuellement comme le médicament le plus actif dans la crise dysentérique amibienne. Mais si elle agit rapidement sur les amibes intraorganiques logées dans le foie ou les parois de l’intestin, l’émétine n’a aucune action sur les amibes extraorganiques, c’est-à-dire qui sont dans la lumière de l’intestin. Aussi a-t-on vu se produire d’assez fréquentes rechutes. On a proposé de faire des cures successives par injections sous-cutanées (Chauffard) et aussi de compléter la cure par injection à l’aide d’un traitement local (lavements) qui atteindrait les amibes restant dans l’intestin (Marchoux). Mais ce dernier traitement est habituellement sans effet.

Certains auteurs donnent deux injections intra-veineuses de 0,15 à 0,20 de chlorhydrate d’émétine dans 100 c. c. de sérum physiologique, puis, durant une ou deux semaines 4 ou 5 injections sous-cutanées à 0,10 ou 0,12. Enfin ils procèdent à des cures supplémentaires toutes les 3 ou 4 semaines. Les déjections sont examinées périodiquement pendant des mois en vue de la recherche des kystes amibiens, après un lavement iodé.

Mauté, pendant les 5 ou 4 premiers jours, fait deux injections sous-cutanées de chlorhydrate d’émétine à la dose de 4 centigrammes par injection puis, les 3 ou 4 jours suivants, il fait une seule injection.

Généralement la phase dysentérique est alors passée et le malade n’a plus qu’une ou deux selles par jour. Si, au contraire, la diarrhée persiste, il faut songer aux associations parasitaires, les rechercher et les traiter (semen-contra, santonine, thymol, térébenthine, etc., suivant les cas).

Mauté fait ensuite cinq séries de cinq injections chacune, en laissant, entre chaque série, une semaine d’intervalle. Si après administration d’un lavement iodé il ne constate plus de kystes dans les selles il considère le malade comme guéri. Malgré ces longues séries d’injections, il arrive pourtant assez fréquemment qu’on trouve encore des témoins de l’évolution amibienne.

Dans ces cas, suivant la méthode de Ravaut et de Krolunitsky, Mauté emploie le novarsénobenzol. Tous les 6 ou 7 jours il fait une injection aux doses de 0 gr, 15, 0 gr. 30, 0 gr. 45, 0 gr. 60, 0 gr. 75. Si quelques jours après la fin du traitement il existe encore des kystes dans les selles il fait deux séries

d’émétine de cinq injections (deux de 8 centigrammes et trois de 4 centigrammes) chaque série séparée de la précédente par un intervalle de 8 jours. Six pour 100 des malades environ restent encore infectés après ce traitement ! Mauté pense qu’il y a intérêt pour eux à poursuivre le traitement émétino-arsenical.

G’est également l’opinion de Milian qui, concurremment, emploie le chlorhydrate d’émétine et le 606, celle de Ravaut et Krolunitsky qui emploient l’arsénobenzol, celle de Noc qui utilise le 914 qu’il considère comme un médicament très utile pour relever l’état général, supérieur aux composés arsenicaux ordinaires.

Malgré sa valeur incontestable, le chlorhydrate d’émétine ne réussit donc pas toujours. Il n’a que peu ou point d’action sur les kystes. Dans les formes chroniques et rebelles de dysenterie amibienne, on aura utilement recours au traitement indiqué à la page 32.

3° Il s’agit d’une dysenterie à la fois bacillaire et amibienne. — On essaiera successivenaent les injections de chlorhydrate d’émétine et de sérum antidysentérique en s’inspirant des indications données plus haut.

4» a). Les examens de laboratoire sont demeurés négatifs. — Réservant pour les cas graves les traitements par l’émétine et le sérum on pourra recourir aux anciennes médications. Il est, en effet, un certain nombre de médicaments qui ont fait leurs preuves dans le traitement de la dysenterie à l’époque où l’on ne faisait pas de diagnostic étiologique. Ces médicaments sont recommandables soit comme adjuvants des traitements réputés spécifiques, soit dans les cas où, pour une raison quelconque, on ne peut ou ne veut pas utiliser la médication spécifique. Ce sont : l’ipéca, les purgatifs salins, le calomel et l’opium.

L’ipéca peut être administré de plusieurs façons : seul ou associé à d’autres médicaments et notamment au calomel et à l’opium. Seul, on le donne à doses fractionnées suivant la méthode dite brésilienne. L’ipéca à la brésilienne se prépare et s’emploie de la façon suivante. Sur 4 à 8 grammes de poudre de racine d’ipéca on verse 250 grammes d’eau bouillante, on laisse reposer douze heures et on décante ; on fait de la même

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manière une seconde puis une troisième infusion suivie de

macération. , ,

Chacune d’elles est prise en un jour par cuillerees d heure en heure La première infusion détermine quelquefois des vomissements et souvent des selles nombreuses. La seconde produit rarement des vomissements, plus fréquemment des nausées et n’influe pas sensiblement sur le nombre des selles. La troisième ne produit généralement aucun incident.

Les purgatifs salins, le sulfate de soude en particulier, sont d’un emploi courant. On peut les administrer jusqu’à ce que les selles ne contiennent plus de mucus et soient devenues fécaloïdes. On peut débuter par 30 grammes de sulfate de soude et donner ensuite des doses chaque jour progressivement décroissantes ou bien procéder par petites doses de 5 à 10 grammes répétées plusieurs fois par jour jusqu’à effet purgatif, ou encore on peut donner 15 grammes les deux premiers jours et 10 grammes le troisième et le quatrième. On donnera ensuite les pilules de Segond :

Poudre d’ipéca Calomel....

Extrait d’opium Miel blanc . . .

pour une pilule.

Ces pilules devront être de préparation récente. Elles sont très efficaces. On les donnera au nombre de 4 à 6 par jour et on abaissera progressivement ce chiffre suivant l’amélioration des selles. On arrêtera leur emploi dès l’apparition de la stomatite.

Le calomel a été également employé seul à la dose quotidienne de 1 gramme à 1 gr. 20, soit à doses de 50 centigrammes toutes les six ou huit heures, soit à doses fractionnées toutes les heures. On diminue et on éloigne les doses quand l’amélioration est obtenue. Mais la stomatite mercurielle est fréquente.

L'opium seul doit être employé avec réserve, et seulement d’une façon temporaire.

Les suppositoires à la cocaïne ou à la morphine soulagent le ténesme. La belladone calme les douleurs sans produire la constipation, on pourra Tutiliser mais avec prudence.

0 gr. 05.

0 gr. 02.

0 gr. 01.

Le Kho-Sam, graine oléagineuse de Bucea Sumatrana ferait rapidement disparaître les phénomènes dysentériformes (Mougeot, Lemoine).

b). Il s’agit d’une dysenterie chronique. — On fera prendre d’abord un purgatif (calomel ou sulfate de soude).

L’emploi systématique des pilules de Segond ou du sulfate de soude (10 grammes le matin), amène de bons résultats. Il est nécessaire d’y joindre des lavements médicamenteux.

Patrick .Hanson recommande une courte médication préliminaire à l’ipéca, précédant l’administration de l’huile de ricin.

Pour modifier les surfaces intestinales ulcérées on a proposé les pansements locaux.

Guido Izar examine directement le rectum et le côlon sigmoïdien à l’aide d’un instrument construit par Melocchi et portant le nom de recto-sigmoïdoscope qui est une modification heureuse de l’endoscope de Desormeaux. 11 pratique alors directement des pansements sur les ulcérations dysentériques : badigeonnages au permanganate de potasse à 2 pour 100, au nitrate d’argent à 1 pour 100, à l’eau oxygénée, pulvérisations j de dermatol ou d’un mélange de charbon et de kaolin suivant | la méthode d’Ascoli. Il va sans dire que ce traitement ne ' s’adresse qu’aux ulcérations limitées à la portion inférieure du gros intestin. Il ne peut donc être employé dans tous les cas. '

Les lavements ou lavages intestinaux sont faits au nitrate | d’argent à 0,50 pour 1000, à l’acide borique à 20 pour lOOO i (Le Dantec), au permanganate de potasse à 0,5 pour 1000 (Gas- I tinel), à l’eau oxygénée à 10 volumes étendue de 5 fois son I volume d’eau stérilisée tiède (Rocaz), à la teinture d’iode à ; 1 pour 100, au sulfate de cuivre, à la créosote à 1 ou 2 pour i 100 (Zanardini). Mais ces derniers sont toxiques, par résorption au niveau des ulcérations.

Le Dantec fait également ce qu’il appelle un lavage-pansement, toujours précédé d’un lavage de propreté. Il emploie le sous-nitrate de bismuth à la dose de 20 grammes en suspension dans un litre d’eau tiède ou encore le mélange

Dermatol.20 grammes.

Bicarbonate de soude. 2 grammes.

dans un litre d’eau.

TRAITEMENT DES DYSENTERIES

La désinfection la plus efficace, et qui réalise le plus rapidement la destruction des amibes et de leurs kystes, est obtenue par le lavement de formule ci-après (H. Vincent), précédé d’un lavage intestinal détersif tiède, à l’eau physiologique :

Eau de Labarraque.10 à 12 grammes.

NaCl.5 grammes.

Eau distillée. 1000 grammes.

Un lavement quotidien donné gmitte à goutte, sans pression. Le malade le gardera le plus longtemps possible. On peut, au début, lui adjoindre XX à XXX gouttes de teinture d’opium.

Le lavement doit être pris chaud (38 à 40“), très lentement, avec la sonde rectale longue, le malade étant couché et incliné sur le côté droit.

On fera prendre simultanément, le matin, 6 à dO grammes de sulfate de soude et, dans la journée, une potion avec

Sirop d’ipéca.5à6 grammes.

Extrait d’opium.0 gr. 05 à 0 gr. 10.

Eau.120 grammes.

par cuillerées toutes les 2 heures, en évitant de prendre quelque aliment liquide 30 minutes avant ou après la potion.

Le chauffage électrique de l’abdomen à l’aide de l’appareil Miramond de Laroquette calme beaucoup les coliques.

Le traitement ci-dessus amène la guérison parfois très rapide de la dysenterie amibienne.

Chez les dysentériques chroniques de nature amibienne, et qui sont fréquemment atteints de paludisme, il ne faut jamais négliger de donner simultanément de la quinine, de préférence en injection sous-cutanée. Les accès palustres même frustes ou légers amènent très souvent, en effet, chez les coloniaux, un retour offensif de la dysenterie amibienne.

Dr VlKCEKT.

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