‹ Les dyspepsies nerveusesChapitre 11 sur 19 · FORMES CLINIQUES DES DYSPEPSIES · texte numérisé non relu

FORMES CLINIQUES DES DYSPEPSIES

La classification des dyspepsies a été rol)jet d'un nombre considérable de travaux. Les auteurs du siècle dernier, à l'exemple de Sauvages, avaient établi une foule d'espèces et de variétés suivant la prédominance des symptômes observés. Le triomphe des idées de Broussais en détruisant la notion de dyspepsie pour la remplacer toujours et dans tous les cas par celle de gastrite, relégua un instant dans l'ombre ces classifications symptomatiques. Mais après la réaction provoquée par l'exagération de ces idées, la plupart des médecins revinrent aux opinions du siècle dernier. C'est ainsi que Chomel admit les dyspepsies flatulente, gastralgique et entéralgique, boulimique, acide, alcaline, la dyspepsie des liquides. Nonat, AVillieme, Guipon et Trousseau suivirent la même classification.

Cependant quelques auteurs réagirent vivement contre ce morcellement à outrance de la dyspepsie. Monneret et plus récemment Gubler abandonnèrent cette classification. Ce dernier, remarquant en effet que les différents symptômes peuvent se grouper d'une manière variée, proposa la division suivante :

Dyspepsie douloureuse et spasmodique;

Dyspepsie atonique ;

Dyspepsie catarrliale ;

Dyspepsie inflammatoire.

La plupart des auteurs modernes adoptèrent une classification analogue, à quelques modifications près. Tels M. Luton, M. Brocliin. enfin M. Raymond.

L'analyse du suc gastrique et les nouveaux procédés d'exploration de la cavité gastrique bouleversèrent entièrement l'étude des gastropathies.

Les allemands qui, les premiers, étudièrent le suc gastrique à l'aide de procédés insullisants, divisèrent la dyspepsie en dyspepsie nerveuse sans troubles du chimisme gastrique, et catarrhe de l'estomac avec altérations du suc gastrique.

En France, M. Germain Sée divisa les dyspepsies en dyspepsies chimiques, et en gastro-névrose sans altération du suc gastrique.

Mais bientôt on cita en Allemagne des névroses gastriques avec altérations du chimisme. Reichmann,en 1882, décrivait l'iiyperchlorhydrie et l'hypersécrétion, Rossbach faisait connaître la gastroxynsis. Le travail de Sliller, paru en 1886 et qui résuma à peu près les théories allemandes de cotte époque, admit des troubles fonctionnels du chimisme gastrique, soit par exagération, soit par défaut. Ewald et Boas partagent cette manière de voir.

Chez nous, ces travaux restèrent longtemps ignorés. L'attention était absorbée presque entièrement par la dilatation de l'estomac que MM. Sée et Mathieu (1) d'abord, mais surtout MM. Bouchard et Legendre (2) avaient successivement fait connaître.

Mais depuis 1888, nombre de travaux vinrent combler cette lacune et les travaux de MM. Sée et Mathieu, Debove, Ilayem, Rémond. G. Lyon, Bouveret et Devic firent bien connaître le chimisme gastrique.

Malheureusement la dyspepsie fut oubliée et on s'inquiéta peu d'établir des relations entre les troubles moteurs et chimiques de l'estomac et les sensations du malade.

Cependant quelques auteurs essayèrent de réparer cet oubli et de faire profiter la clinique de toutes les découvertes modernes.

Nous nous contenterons de citer, en Allemagne, Reichmann, Riegel, Honnigmann, qui firent bien connaître le syndrome clinique de l'hyperchlorhydrie. En France, M. Bouveret (3), dans deux publications intéressantes, et M. Mathieu (4) montrèrent que certaines formes cliniques de dyspepsie correspondent souvent à des altérations bien déterminées du chimisme et de la motricité. Nous avons passé en revue les différentes altérations pathologiques

(1) SÉE et Mathieu. JRrvve de mè.dee'nie, 18S2.

(2) Bouchard et Legendre. Société médicale den hôpitaiu; 1884, 2» thèse de 1886. '

(3) BouvEKET. La neurasthénie, 1891, et la Maladie de Meichmann, 1892. (4; M. Mathieu. Traité de médecine.

dont l'estomac peut être le siège et nous avons, chemin faisant, taché de faire connaître leur signification et leur pathogénie. On a donc pu se rendre compte que, loin d'adopter l'opinion des auteurs qui ont voulu prendre pour base d'une chissification des dyspepsies, la prédominance d'un symptôme soit fonctionnel, soit physique, nous avons nettement indiqué à plusieurs reprises que nous n'attribuions aucune valeur aux symptômes pris à part.

Nous avons essayé au contraire de faire ressortir que leur groupement seul pouvait avoir une signification. Dans le chapitre suivant, nous démontrerons que la classification des dyspepsies est possible, et que différents types sont faciles à reconnaître. Ces types nous paraissent devoir être réels, car à leur création concourent à la fois et dans le môme sens l'altération des différentes fonctions de l'estomac. Toutes les classifications basées soit sur la symptomatologie, soit sur ' la chimie, suit sur la motricité, nous paraissent artificielles.

Nous pensons qu'une classification basée à la fois sur ces trois éléments de l'activité stomacale répond mieux à la réalité

Dans le premier chapitre nous examinerons donc les types morbides en ayant soin de montrer leurs conséquences et leurs complications.

Dans le deuxième chapitre, nous essaierons d'en faire la pathogénie.

Les malades atteints de dyspepsie nerveuse, se présentent souvent au médecin longtemps après le début de leur maladie, alors qu'un état gastrique complexe est venu remplacer l'affection primitive et la déforme. Il s'agit alors, en effet, d'une série de complications dont nous parlerons plus loin, en ayant soin de montrer le lien qui les unit aux véritables dyspepsies nerveuses.

Mais si l'on examine des malades dont l'affection gastrique est d'une date relativement récente, la névrose stomacale se présente avec une allure simple et véritablement assez facile à reconnaître et à interpréter. Ce sont ces types primitifs que nous allons d'abord étudier ; nous verrons ensuite comment chacun d'eux donne lieu à des complications différentes.

Les dyspepsies nerveuses coiisidérées k leur début peuvent se ramener à deux types primitifs :

Dyspepsie asthénique; Dyspepsie hypersthénique.

Page 1