IH+C) =1.20 H
Le chimisme répond donc bien au type dyspeptique. Mais l'hystérie se manifeste par une gastralgie extrêmement intense et dos vomissements constants.
On peut constater encore dans Thystérie toutes sortes de modalités cliniques. Tous les syndromes dyspeptiques peuvent se montrer isolément ou associés de toutes façons. Il peut même s'y produire des symptômes inconnus et étrangers à la dyspepsie. On a rencontré : l'anorexie hystérique ; les vomissements simples ; les vomissements douloureux; la gastralgie sans vomissements; la tympanite; les éructations nerveuses ; des vomissements sanglants ; des vomissements fécaloïdcs,
Nous ne pouvons que signaler ici toutes ces variétés cliniques. Leur description sortirait du cadre de cet ouvrage.
A côté de la névropathie et des névroses, quel([ues maladies générales peuvent, en agissant de la môme façon, c'est-à-dire en modifiant l'état du système nerveux, provoquer des troubles dyspeptiques. Jja chlorose et l'anémie sont à ce point devue comparables aux névroses, aussi pensons-nous qu'il y a lieu de nous occuper ici des gastropathies qu'elles provoquent.
Anilmie. — M. Sée dans son Traité des anémies a montré que, quelle que soit la cause de ces affections, elles s'accompagnaient parfois de troubles dyspeptiques permanents. Dans ces cas c'est presque invariablement le type asthénique plus ou moins grave que revêt la dyspepsie et l'examen du chimisme gastrique révèle Ihypochlorhydrie.
Chlorose. — Dans la chlorose on trouve des troubles variables, soit dans leur expression clinique, soit dans leur caractéristique chimique. Mais il faut se rappeler pour la saine appréciation des choses qu'à côté de l'anémie, il faut considérer dans la chlorose l'élément névropathique qui y tient une place très importante.
Le plus souvent l'appétit est diminué. Il est en même temps souvent perverti et presque toujours cette perversion est caractérisée par un dégoût pour les aliments azotés et la recherche des aliments épicés ou vinaigrés.
Il s'y joint dos troubles de la digestion stomacale.
Au minimum,les troubles de la digestion sont caractérisés par une lenteur anormale de la digestion.
Tout repas s'accompagne d'une sensation de poids ou de tension et de plénitude de la région stomacale. Quelquefois il y a des nausées; rarement des vomissements. La distension de l'estomac par les gaz est un phénomène fréquent (Haye m).
C'est là tout le tableau clinique de la dyspepsie astliénique. Elle paraît dépendre de l'anémie. On la trouve dans la plupart des cas de chlorose un peu acentuée.
Mais dans quelques cas la gastralgie apparaîtjes phénomènes douloureux l'emportent ; il existe des crises de douleurs, des accès de gastralgie, des vomissements alimentaires. Il semble que l'estomac soit incapable de tolérer les aliments. Ces phénomènes, véritables névralo-ies stomacales. sont sous l'influence de l'état nerveux. Ils sont souvent le fait de la névrose surajoutée (hystérie, chorée, goitre exophtalmique, etc.).
Les troubles du chimisme sont extrêmement variables.
C'est à M. Haye m que l'on doit les études les plus intéressantes sur ce sujet. D'après cet auteur, les opérations chimiques delà digestion stomacale sont tantôt normales ou à peu près, tantôt profondément modifiées; les cas de la deuxième catégorie sont essentiellement caractérisés par l'hypochlorhydrie. A côté des cas types d'hypochlorhydrie.on en trouve d'autres où le suc gastrique est moins altéré. Aussi est-ce par étapes et d'une manière progressive que la chlorose, d'abord simple, devient plus tard dyspeptique. Mais jusqu'à présent, je n'ai pas encore rencontré un seul exemple d'hyperchlorhydrie. La dyspepsie des chlorotiques parait donc être essentiellement caractérisée par les qualités négatives du suc gastrique » (Ilayem).
Depuis, M. Hayem a repris ses recherches avec le procédé de dosage que nous avons décrit plus haut et il a trouvé que tantôt le chimisme était normal, tantôt il y ;ivait de l'hyperpepsic, tantôt et surtout dans les cas graves de Thypopepsie.
Malheureusement M. Hayem n'indique pas les variétés cliniques répondant à ces types de chimisme.
Notre expérience personnelle ne nous permet pas de nous prononcer encore définitivement. Nous n'avons examiné que deux cas (\q
dyspepsie asthénique chez des clilorotiqLies.Une fois nous avons trouvé le chimisme normal, une fois une hypopepsie légère.
Dans le dernier cas l'anémie et la torpeur étaient assez accentuées.
Ces cas semblent être d'accord avec la pathogénie que nous avons indiquée plus haut.
Les maladies organiques du système nerveux s'accompagnent quelquefois de troubles de la digestion. Mais dans la majorité des cas. il ne s'agit pas de dyspepsie proprement dite ; il s'agit plutôt de phénomènes dyspeptiques. C'est d'ailleurs plutôt en altérant ou comprimapt les origines des nerfs de l'estomac, que les lésions agissent, qu'en troublant l'équilibre de l'organisme.
Mais si les affections localisées des centres nerveux ont peu d'influence sur la digestion, il n'en est pas de môme des modifications et des lésions plus généralisées.
Dans l'aliénation mentale et la paralysie générale notamment, les dyspepsies sontd'une extrême fréquence. Elles reproduisent d'ailleurs l'un ou l'autre type clinique selon l'état d'excitation ou de dépression du système nerveux.
Aliénation. — « Il suffit d'examiner les différentes périodes que traversent les circulaires (folie à double forme) pour se rendre compte du lien intime qui relie les états de la sensibilité morale, aux phénomènes de la nutrition. Pendant la période d'excitation, ces malades présentent les attributs de la santé physique la plus ilorissante : ils mangent avec appétit, engraissent, toutes les fonctions de la digestion s'exercent avec une facilité et une régularité singulières.
La période de dépression estmarquée par des phénomènes inverses : anorexie, apathie, constipation, amaigrissement, teint blafard » (1).
M. Ball (2) signale la gastralgie dans l'excitation maniaque et au contraire la dyspepsie avec flatulence chez les déments.
Cari Von Noorden (3) a analysé le suc gastrique de quelques aliénés. Chez les aliénés où l'excitation prédomine, l'acidité variait entre 2,8 et 4 0/00; chez les mélancoliques sur le point de devenir déments, le suc gastrique tomberait au-dessous de la normale.
(1) Dict. DeCHAMBRK Articlo Folle.
(2) Ball. Traité des maladies mentales, 1889.
(8) Carl Von Noorden. Archiv.f. Psychiatrie, XVIII, p. 547.
Tout deniicrcmcrit, MM. Lciibusclier et Zielieii (1) ont repris les éludes de Von Noorden avec un procédé de dosage plus exact et ils sont aussi arrivés à ce résultat général que chez les malades présentant des alternatives de dépression et d'excitation, les altérations du chimisme consistaient, soit dans une diminution, soit dans une augmentation de l'acidité.
Paralysie oiîNÉnALE. — Dans la paralysie générale, mômes observations que dans la folie.
« Généralement, l'appétit est conservé chez les paralytiques généraux ; dans certains moments môme, soit au début, soit dans le cours de l'afTection, il est poussé jusqu'à la voracité ; les phases de boulimie coïncident avec une ai^itation assez vive et se rencontrent surtout chez les paralytiques généraux qui ont des idées délirantes.
Pour ceux qui tombent dans la stupeur mélancolique ou le délire hypochondriaque, ils peuvent aller jusqu'au refus complet des aliments.
D'une façon générale, on peut dire que les paralytiques généraux engraissent pendant les phases d'excitation et maigrissent pendant les phases de dépression.
Nous avons observé, à l'hôpital Andral, un malade atteint de paralysie générale au début avec phénomènes dépressifs assez marqués. 11 se plaignait de symptômes dyspeptiques. Voici son observation :
Observation XXVI. — Ce malade soufTro de l'estomac depuis deux ans. Il dit avoir éprouvé de grands chagrins, des pertes d'argent considérables. Les accidents datent de cette époque.
11 a les phénomènes typiques de la dyspepsie atonique. Les douleurs d'estomac sont très atténuées.
Il a une faiblesse très grande; deux fois il est tombé dans la rue, pris de vertige.
Le malade est hypochondriaque. Il ne parle à aucun de ses camarades, répond à peine si on l'interroge et a très souvent des maux de teto.
Sa langue est un peu tremblante. Ses jambes phent sous lui et il a de l'inégalité pupillaire assez marquée.
Pleure facilement, comme un enfant; un peu de tremblement des lèvres et de la parole.
L'estomac n'est pas dilaté. A jeun, pas de clapotage ni de gargouillement ; il ne vient rien par la sonde.
(1) Leucuschee et Ziehen. KUnischc Untersuchnngcn iiher dte Sal:auralscJieidnnff dr.^ Magens hoir Gcisterlcranlien, léna, 1892.
Après repas d'épreuve, l'analyse donne :
A = 1.20 Chlore total = 3.19
Gunz])ourg et vert brillant =0 Chlore lixo =1.91
Cliniqneniont et cliimi(|uoinent, l'estomac fonctionne d'une façon insiiflisante et participe à l'airaibUssenient général de l'organisme.
]1 résulte de tout ce que nous avons dit dans ce chapitre, que la forme et l'évolution de la dyspepsie sont directement sous rinfluence de l'état du système nerveux. Les fonctions gastriques sont insuffisantes ou exaltées, selon que le trouble du système nerveux consiste dans la dépression ou l'excitation.
Altérations locales des nerfs de l'estomac.
Il ne nous reste plus pour terminer l'histoire des dyspepsies nerveuses, qu'à montrer que les altérations organiques ou dynamiques des nerfs qui président aux fonctions de l'estomac se traduisent souvent par des troubles gastriques plus ou moins accentués.
Ce chapitre des gastropathies nerveuses, est particulièrement intéressant. Malheureusement les documents nous permettant de traiter cette question sont tout à fait insuffisants et nous ne pourrons pour ainsi dire qu'effleurer ce chapitre.
Les névroses qui intéressent les nerfs grand sympathique et pneumogastrique ont souvent un retentissement sur les fonctions gastriques. Dans quelques observations on trouve signalées la dyspepsie ou la gastralgie mais c'est toujours d'une façon vague et incomplète.
GoiTHE EXOPHTALMIQUE. — Dcs troublcs digcstifs variables ont été notés dans le goitre exophtalmique. On dit habituellement : que l'appétit a diminué ou bien il s'exagère et se déprave, il y a quelquefois des vomissements; les digestions sont suractivées. M. Marie (1) dit que dans quelques cas on a signalé des crises gastriques en m jme temps que des crises diarrhéiques, mais n'en ayant pas observé luimême, il n'en cite aucun exemple.
Depuis ce temps, peu d'auteurs ont parlé de cette question, je mentionnerai cependant une observation intéressante de M.Bourdillon
(1) Marie. Thèse, Paris, 1883.
(de Marseille) (I), qui dit avoir noté dans deux observations de goitre des crises gastriques très intenses et des vomissements. Dans un cas il y eut une hématémèse.
Fiderne (2) a noté un cas semblable.
Angine dk porniiNii. — Mais c'est dans l'angine de poitrine que la gastralgie a été le plus souvent signalée. M. Hucliard dans un travail que nous avons dèjù cité et dans son traité des névroses a montré les rapports intimes qui unissent l'angine de poitrine et la gastralgie. Elle a montré comment ces deux névralgie coïncidaient souvent et comment dans quelques cas elles pouvaient se suppléer. Je ne reviendrai pas sur ces faits sur lesquels je me suis longuement étendu plus haut. Mais je désire dire à ce propos quelques mots sur l'influence des maladies du cœur sur les gastropatliies.
C'est Leared, le premier qui, en 18G7. montra l'importance desmaladies du cœur dans certains troubles gastriques et il annonça que ces troubles étaient beaucoup plus fréquents dans les lésions aortiques que dans les lésions mitrales.
M. Potainet M. Rendu dans le Dictionna.ire des sciences médicales très justement montrèrent que les maladies mitrales s'accompagnaient de dyspepsie llatulente, les maladies aortiques de gastrali^ie.
M. Hautecœur (3) a repris dernièrement cette question en la complétant par l'analyse du suc gastri({ue. Cet auteur a bien montré que les lésions mitrales s'accompagnaient de tous les symptômes de la dyspepsie atoniquc et chimiquement, tantôt correspondaient à un chiniisme gastrique normal, tantôt et surtout dans les cas graves à l'hypochlorhydrie.
Malheureusement il dit n'avoir pas rencontré les gastralgies terribles signalée par Leared dans les cas d'insuffisance aortique et il atout à fait négligé ce chapitre si intéressant.
J'ai observé, pendantmon séjour à l'hôpital Andral, deux cas de douleurs gastriques chez des aortiques. L'un dont j'ai rapporté l'observation était nettement hyperchlorhydriquc. L'autre avait aussi une
(1) BouRDlLLOX. Congrès pour VavaiiccmoHt des sciences, 1891.
(2) FiDER.NE. Société de médecins de Vienne, 1892.
(3) Hautecœur. Th. de Paris, 1891.
hyperacidité très élevée, miis l'analyse du suc gastrique ayant été faite incomplètement, je ne puis la rapporter ici.
Ainsi la gastralgie paraît être la forme dyspeptique (| n'amène de préférence l'insuliisance aortique. Tantôt elle l'amène seule, tantôt elle s'accompagne en môme temps d'angine de poitrine. Ces deux syndromes paraissent donc être parallèles. Ils sont probablement sous l'influence des tiraillements et de Tirritation du plexus cardiaque,
Tachycardie. — La tachycardie s'accompagne souvent de troubles dyspeptiques. Mais ceux-ci attirent peu l'attention. M. Bouveret (1) en effet, a noté que l'anorexie coïncidait presque toujours avec la tachychardie essentielle. Cette tachychardie d'ailleurs ne paraît pas engendrer l'anorexie par suite des troubles circulatoires qu'elle provoque dans l'estomac comme dans tous les autres organes : en effet il est expressément noté dans les observations de M. Bouveret que l'anorexie annonçait souvent le début de la crise et que au contraire des nausées et des vomissements furent le signal de la cessation des accidents.
Je ne parle pas ici bien entendu des tachychardies d'origine gastrique signalées par Otto(2) etPressendôrfer(3). J'ai déjà traité plus haut cette question à propos des réflexes d'origine gastrique.
Pouls lent. — Le pouls lent permanent (Maladie de Stokes-Adams) s'accompagne assez fréquemment de troubles gastralgiques et de vomissements. Ceux-ci se montrent fréquemment comme phénomènes de l'aura qui précède les attaques épileptiques et syncopales si fréquentes dans le cours de cette maladie. Ces phénomènes gastralgiques, dont l'existence est notée tout à fait incidemment dans la plupart des observations, ont été indiqués avec détail dans les observations de Stackler (4), et de Bouchaud-Faidherbe (5).
Ces phénomènes gastralgiques évoluant dans le cours de la maladie de Stokes-Adams sont intéressants à noter. Nous avons en effet signalé
(1) Bouveret. Archives de médecine, 1890.
(2) Otto. Frager medicin. Woclwnschrift.
(3) Preisendoeper. Dentsch. ArclUv. fiir klinische Medicin., 1880.
(4) Stackler. Bévue de médecine, 1882.
(5) BoucHAUD Faidheebe. Journal des sciences médicales de Lille, 1891.
— IGl —
dans rhyporsécrction et dans les crises gastri([aes essentielles (observation personnelle) un ralentissement notable du pouls.
Dans cette observation le pouls battait à 36 pulsations par minute et s'accompagnait de palpitations cardiaques extrêmement douloureuses. Peut-être faut-il voir dans cette coïncidence, Tinfluence d'une même cause, probablemeat l'excitation du pneumogastrique. On sait en effet que l'excitation électrique ou mécanique de ce nerf peu amener un ralentissement notable du pouls. Czermak, sur lui-môme, en comprimant le pneumogastrique au cou, a éprouvé tous les symptômes de la maladie Stokes Adams. Uappelons-nous aussi que M. Peter a signalé une douleur spéciale du pneumogastrique chez les hyperchlorhydriques.
Tumeurs du médiastin. — On a cité dans quelques cas de tumeurs du médiastin (anévrysmes de l'aorte, adénopatliie tracliéo-broncliique,etc.), des cas de vomissements et de gastralgie. Ces phénomènes pathologiques sont cependant rares vu le nombre considérable de tumeurs du médiastin qu'on rencontre dans la pratique. Les mieux connus sont les vomissements des tuberculeux (Peter) que l'on a attribués aux altérations du pneumogastrique enveloppé dans les ganglions bronchiques hypertrophiés.
Leur rareté relative s'explique par ce fait constaté par M. Quénu que dans la plupart des cas, les pneumogastriques englobés dans les ganglions bronchiques, n'ont subi aucune altération de structure et qu'on ne peut y constater ni névrite interstitielle, ni névrite périphérique.
Compressions intra-craniennes. — Le pneumogastrique peut encore être atteint à ses origines. On a signalé les tubercules de la méningite, les compressions bulbaires, les maladies du cervelet, les fractures et les timieurs de la base du crâne, comme pouvant amener des troubles digestifs. Mais dans tous ces cas il s'agit plutôt de troubles gastriques que de dyspepsie vraie. D'ailleurs les observations originales et les ouvrages didactiques sont fort incomplets à ce point de vue, et il est évident qu'il y a lieu de faire de nouvelles recherches sur ce point intéressant de la pathologie nerveuse.