Cf. Prov. xxv
A LA TABLE DU PHARISIEN 133
s'abaisse sera élevé ! », dépasse le cadre où semblent se renfermer les conseils du Sauveur. Cette conclusion est fondée sur l’expérience, mais elle n'est justifiée que très imparfaitement dans le cours ordinaire des choses. L’abaissement définitif des orgueilleux éclatera dans le grand jugement, et l'élévation des humbles se manifestera dans le royaume de Dieu. Ainsi la pensée monte du festin nuptial au festin des joies éternelles. On peut dire que le discours, en son ensemble, est une exhortation à l’humilité, dont on voit d’abord une application particulière dans l'exemple du festin nuptial, puis la récompense durable dans la gloire du royaume céleste. Mais on ne peut l'entendre ? comme une comparaison : de même que celui qui prend la première place à table s'expose à être renvoyé à la dernière, ainsi celui qui s'enorgueillit rencontre l’humiliation. Ce n’est pas ainsi que Luc le comprend ÿ, et il verrait plutôt dans le tout une allégorie.
Luc, x1v, 12. Et il dit à celui qui l'avait invité : « Quand tu donneras à diner ou à souper, n’appelle pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni des voisins riches, de peur qu'ils ne t’invitent eux-mêmes à leur tour, et ne te rendent la pareille. 13. Mais quand tu feras un festin, invite les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles, 14. et tu seras heureux, parce qu'ils n'ont pas de quoi te rendre ; car cela te sera rendu à la résurrection des justes. »
15. Et l’un des convives, ayant entendu ces paroles, lui dit: « Heureux qui mangera du pain dans le royaume de Dieu ! » 16. Et il lui dit : « Un homme fit un grand souper, etc. »
Le second conseil est censé donné au pharisien qui avait invité Jésus. De même que le premier fait valoir les mérites de l’humilité; celui-ci fait valoir les mérites de la charité. Dans l'un comme dans l’autre, la pointe antipharisaïque de la parabole du Festin est remplacée par une leçon morale d'un caractère universel. Si l’on veut donner un repas, il ne faut pas inviter les personnes qui sont, par leur situation, à même de vous inviter à leur tour, mais les gens de rien, les pauvres et les infirmes. Ceux-là ne rendent pas ce que l’on fait pour eux, et Dieu se charge de la récompense, que l’on trouvera au dernier jour. Les personnes qu'on dit ici de ne pas inviter sont apparentées à celles qui, dans la parabole suivante, refusent de se
1. Reproduite xvinr, 14 (cf. Mr. xxur, 12), avec sens eschatologique. 2. Avec B. Weuss, Lk. 519. RS 3. Cf. Jüzrcuer, Il, 253.
rendre à l'invitation qui leur a été faite !, et les autres répon signalement de ceux qui prennent la place de ces invités ?, .
Il y a donc lieu de penser que le sens allégorique introduit la parabole est déjà ici dans l'esprit de l'évangéliste, qui n'a pas seulement en vue les conditions de la charité désintéreRESS mais celle de la propagande chrétienne auprès des Gentils, pauvres et infirmes dans l'ordre spirituel. Vu la part qui doit être reconnue, dans cette sentence, à la rédaction, il est peut-être téméraire d'affir= mer que Jésus avait voulu enseigner, par un exemple, le désintéressement dans la pratique de la charité fraternelle, et que Luc. aurait tourné cette leçon générale en conseil particulier sur Ja matière spéciale des invitations à faire à. |
La « résurrection des justes » pourrait être indiquée ici par opposition à la résurrection générale, à la résurrection du jugement, que l'on supposerait postérieure, et à laquelle participeraient Îles méchants # ; mais il est possible aussi que la résurrection des justes soit mentionnée parce que l’on songe uniquement à la récompense des bons, le sort des méchants restant en dehors de la. perspective. |
La parabole du Festin est amenée ensuite par une de ces questions qui servent souvent de transition dans le troisième Évangile. Un des convives, entendant parler du bonheur des justes, loue ceux qui seront admis au festin messianique, songeant sans doute à lui-même, et s'exclame : « Heureux qui prendra part au repas du royaume ! ». Dans la source, la parabole commençait sans doute comme chez Matthieu : « Le royaume des cieux est comparable à un homme ». Luc met « le royaume » dans la question du pharisien, et commence l'histoire ex abrupto : « Un homme fit un grand festin ». Ce pharisien et les autres représentent le judaïsme riche et orgueilleux, qui n'aura point de part au royaume qu'il espère. Noter l’artifice, tout littéraire et médiocrement réussi, par lequel la première sentence est adressée aux commensaux du Christ, la deuxième à son hôte, et la parabole présentée comme réponse à la remarque d'un des convives.
Cf. v. 413 et v. 21.
B. Weiss, Lk. 520.
. Cf. Abe. xx, 5; I Tuess. 1v, 16 ; I Cor. xv, 23. Le. xx, 35, peut être allégué en Fret de cette pie (WeuuausEn, Le. 19):
5. V. 15. Ss. paraît avoir lu péyitat äprotov, au lieu de àpzov.
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