Hypothèse de J. Warss
2. V. 25. Ss. omet r£xvov, pour qu'Abraham n’appelle pas un réprouvé son fils.
3. Ss : «il se repose », au lieu de : «il est consolé », peut être traduction libre. D lit déjà, à la fin du v. 23 : xai Adtapoy èv r@ x6Arw aÿrod avarauouevoy. Les témoignagnes recueillis par Rescu, III, 448-451, montrent combien cette idée a été familière à l'antiquité chrétienne. Lazare « est consolé ici » bôe ; la variante 0ù, « celui-ci », fournit antithèse facile avec où dé; mais elle est peu autorisée. Ce n’est pas entre les personnes mais entre les conditions et les lieux que le contraste existe. Noter la leçon de s. Cyprien (Test. III, 61) : « Nunce hic rogatur, tu autem doles », avec laquelle s'accordent Aphraates et s. Éphrem, probablement d'après le Diatessaron (Burkirr, S. Ephraim's Quotations from the Gospel, T1).
4. V. 26. xai èv räot roitow. Var. ëxt. Mais il ne s’agit pas d'enchérir sur l’argument précédent. Abraham dit, avec une sorte de compassion pour le riche (Jüzrcmer, Il, 629) : « Et dans tout cela », dans la situation qui vient d’être décrite. On ne peut guère entendre « tout cela » de l'espace qui sépare Abraham de son interlocuteur (Scmanz, Lk. 122). usraëd fuü@v zai buGy suppose que le riche a des compagnons de tourments, comme Abraham et Lazare ont des compagnons de bonheur : préoccupation étrangère au récit qui précède. A la fin du v. 26, ôs (D, It.) peut être préférable à rp0: fuäs.
Tous les éléments descriptifs de la parabole sont empruntés aux croyances populaires de l’époque. Pour les mettre d'accord avec la théologie moderne, on est obligé d'opérer une substitution d'images qui enlève à la parabole toute sa fraîcheur, sans rien ajouter à sa valeur morale. Lazare est mort. Les anges le portent dans le sein d'Abraham. C'est Lazare qui est transporté, c’est-à-dire sa personne, ce qui, dans la conception vulgaire, subsiste d’un homme qui n’est plus, son ombre vivante, quelque chose qui n’est précisément ni le corps ni l'âme, et qui participe de l’un et de l’autre, corps par les apparences, âme par la subtilité. Comme on ne pense pas à la résurrection générale, rien ne laisse entendre qu'Abraham et Lazare soient dans un séjour provisoire ; ils sont dans le paradis des justes. Abraham y reçoit ses enfants qui méritent d’y être admis : c’est à raison de cet accueil paternel, et non parce qu'ils seraient censés couchés près de lui au festin des bienheureux, qu'il est dit les recevoir dans son sein. Le séjour des justes ne paraît pas un simple lieu d'attente, comme le supposent d’autres documents !. Ni le séjour des justes, n1 celui des damnés ne semblent être sous la terre. La distance de l’un à l’autre est considérable ; il y a un vide immense entre les deux. Si, dans le cas présent, l’on se voit et l’on se parle du paradis à l'enfer, c'est que les lois de l’autre monde ne sont pas celles de celui-ci. Les bienheureux sont dans un lieu très agréable ; les damnés sont dans un lieu de tourments, où ils sont environnés de flammes et éprouvent une soif ardente. Le sort des uns et des autres est fixé. Les justes mêmes ne peuvent rien pour venir en aide à ceux qui sont exclus de leur société. Les conditions
4. AP. vi, 9, où les âmes des martyrs restent sous l’autel jusqu'au jugement; IV Esdr, 1v, 35; vin, 32, où la demeure des âmes séparées de leurs corps est également provisoire ; HÉn. xxu, où l’on trouve une description détaillée du séjour des défunts avant le jugement dernier : le séjour lumineux des justes est voisin de l'endroit où sont les pécheurs; il contient une source d’eau vive; les deux endroits sont en dehors de la terre des vivants, non au-dessus ou audessous. Dans HÉén. xxxix et Lxx, le paradis semble être le séjour définitif des anciens justes et des élus. La parabole semblerail associer cette idée avec la topographie d'Héx. xxr1, tout en supposant une plus grande distance entre le paradis et l’enfer. Une conception comme celle de l'Hénoch slave (Morrizz et CnarLes, Secrets of Enoch, 1-8), qui met le paradis au troisième ciel, mais en correspondance avec le monde inférieur, ne serait pas impossible. Cf. Acr. vir, 55-56 (Le. xx, 69; xxr1r, #3).