B. Weiss, Mk
La physionomie de ce récit dans Marc est tout à fait singulière, et l’on peut s'étonner qu'elle n'ait pas éveillé le soupçon des critiques. L’anecdote est comme dédoublée : un seribe interroge Jésus, et Jésus répond de manière à satisfaire le scribe; par l'interrogation du début, l'incident se rattache aux questions antérieures, mais l'issue est peu satisfaisante, le contentement du scribe étant un bien faible témoignage ; Matthieu et Luc ont mieux aimé laisser entendre que le questionneur avait été confondu ; Marc lui-même développe l'histoire pour que le dernier mot reste au Sauveur, et l’on voit le scribe qui redit la réponse de Jésus, comme pour mériter à son tour l'approbation du Christ. Rien de plus froid que cette répétition. Ne serait-on pas en droit de conjecturer que le rédacteur du second Évangile travaillait sur une source où le scribe donñait la réponse, comme dans Luc, et que cette réponse a été mise dans la bouche de Jésus pour lui faire honneur, et pour permettre de la classer parmi les répliques victorieuses de la prédication à Jérusalem ? L'idée n'était pas heureuse, et l'on ne réussit pas à rendre le cas suffisamment analogue aux précédents. La repartie du scribe trahirait encore la forme du récit primitif, que le rédacteur n'aurait pas osé supprimer radicalement.
Ce qui est dit des sacrifices pourrait encore suggérer une autre hypothèse. Le docteur y paraît trop à son avantage, si ce détail n'est à expliquer aussi par quelque influence de la source sur le rédacteur. La sentence : « aimer son prochain vaut mieux que tous les holocaustes », est la morale de la parabole du Samaritain. Ne serait-ce pas que Marc aurait connu l'anecdote du grand commandement avec la parabole, comme Luc les présente? La finale : « Tu n'es pas loin du royaume de Dieu », témoignage qui semble exagéré ou mal amené, si le scribe n'a fait que recommencer le discours de Jésus, pourrait être un écho de ce quon a dù lire d'abord comme application de la parabole : « Qui des trois, (prêtre, lévite, samaritain) est le plus près du royaume de Dieu? » La mention du prêtre et du lévite dans la parabole aurait suggéré au rédacteur l’idée du sacrifice.
Si l'anecdote était bien placée, on pourrait supposer que le rédacteur l'a connue sous deux formes, et que la dernière, qui répond à Luc, est secondaire par rapport à l’autre. Mais comme il a dû y avoir transposition, tout peut s'expliquer par là, le dédoublement résultant de l'adaptation au contexte. Peut-être cette sec-
où retenu ne pharisiens. On l'aura mise après la ouest dés sadducéens, parce qu'on trouvait la combinaison plus facile en cet endroit, ou bien parce que la péricope de l’Adultère venait réellement à cette place, et se terminait par a réflexion : « Et depuis lors, personne n'osait plus l'interroger !. »
Le rédacteur du premier Évangile présente la question du seribe comme posée à mauvaise intention, pendant que se fait un rassemblement hostile des pharisiens ?. L'expression dont l’évangéliste se sert pour exprimer leur entente : « ils se rassemblèrent au même
endroit * », est empruntée au Ps. II #, et le même passage est expres-
sément cité dans les Actes ? comme une prophétie messianique. L'auteur grossit l'hostilité des pharisiens, afin de préparer le lecteur au grand discours qui sera bientôt dirigé contre eux 6. Les pharisiens ne sont pas censés avoir l'intention de venger les sadducéens ni de jouir de leur confusion; mais ils croient pouvoir attaquer d'un autre côté l'ennemi commun ?, et ils espèrent obtenir de lui quelque déclaration compromettante, sur un sujet qui n’a pas encore été touché. Mais on ne voit pas comment la question dont il s’agit pouvait provoquer une telle déclaration de la part du Sauveur. On l’interrogeait sur un thème de discussions scolastiques $, le pis qui pouvait lui arriver était de faire une réponse étrange par sa nouveauté, où les pharisiens auraient voulu trouver une preuve de son ignorance. Luc, dans la relation qu'il a donnée de cet incident, dit aussique le docteur voulait « tenter » Jésus ; mais le mot « tenter » n’a pas la même portée qu'ici dans Matthieu *, après la mention du ras-