B. Weiss, Lk
LE RESSUSCITÉ 751 les disciples en Galilée, quoique Luc donne clairement à entendre qu'ils n'ont pas quitté Jérusalem. On ne ferait pas plus de violence à son texte, et l’on satisferait mieux, soit à la vraisemblance historique, soit aux exigences de la tradition primitive, attestée par Marc et par Matthieu, en plaçant d’abord les apparitions galiléennes, sauf à admettre dans le troisième Évangile un arrangement systématique des apparitions dont Jérusalem a été le centre. Voulant prouver que Jésus est vraiment ressuscité, l'évangéliste énumère, en les rattachant au jour même de la résurrection, toutes les apparitions du Sauveur.
L'emplacement d'Emmauüs est incertain. Une ville d'Emmaus, Nicopolis, aujourd’hui Amwas, existait à cent soixante-seize stades de Jérusalem ; bien qu’elle ait été, depuis le 1v° siècle !, identifiée avec l’'Emmaüs de Luc, la distance dépasse les limites indiquées par le troisième Évangile, et l'on ne conçoit pas que les disciples, ayant fait sept ou huit lieues dans leur après-midi, soient censés avoir refait immédiatement le même chemin, de telle sorte qu'arrivant à Jérusalem vers minuit, ils aient trouvé rassemblés tous les disciples, comme si ces derniers avaient veillé pour les attendre. Il est vrai que l’argument perd beaucoup de sa force par l'incertitude constante des indications chronologiques dans les Évangiles. Toutefois l’économie propre du récit fait supposer que le voyage des disciples n'a pas été long, et qu'ils ont raconté l'apparition aux apôtres le jour même où elle avait eu lieu.
Josèphe ? connaît un autre Emmaüs plus rapproché de Jérusalem. J1 dit que Titus avait établi dans cette localité une colonie de vétérans. Ce doit être cet Emmaüs, et non le premier, qui est le village mentionné par Luc. Beaucoup de modernes pensent que l’endroit nommé aujourd’hui Kulonié représente la colonia de Titus et l'Emmaüs de l'Évangile. Depuis les croisades, les catholiques de
1. C'était sans doute l'Emmaüs le plus connu en ce temps-là. On peut expliquer ainsi la leçon de K et d’autres témoins, qui indiquent cent soixante stades pour la distance de Jérusalem à Emmaüs.
2. Bell. jud. VII, 6, 6. Il y a variante pour la distance, les mss. indiquant trente ou soixante stades, et la leçon soixante pouvant avoir été influencée par Luc. On peut croire que celui-ci a eu en vue l’un des Emmaüs de Josèphe, mais non Nicopolis, qui, d’après Arch. XIV, 11, 2, était une ville assez importante. :
Palestine ont identifié Emmaüs à Kubéibeh, sur la soute TS ? salem à Jaffa. Ce village se trouve à la aient marquée par Luc: c'est probablement pour cela qu'on l’a choisi. L'Emmaüs PS devait être dans le VOIRE de Kulonié !. Me
On voit, par la suite du récit, que l’un des disciples s 'aphélité Cléo- a phas?, inconnu d’ailleurs, et il est fort singulier que le nom de * l'autre ne soit pas indiqué. Les identifications conjecturales, qui ont été proposées par les interprètes anciens et modernes , ne sont pas à discuter. Les deux voyageurs s'entretenaient ensemble du sujet qui remplissait leur pensée, discutant les conséquences des événements qui venaient de s'accomplir, et la lueur d'espérance que pouvaient entretenir encore les fidèles de Jésus. Pendant qu'ils discourent ainsi, Jésus lui-même les rejoint, sans doute comme un homme qui aurait marché derrière eux et qui les aurait atteints en pressant le pas. Par une action particulière de la puissance divine, ils ne le reconnaissent point. Jésus est censé avoir le même extérieur que durant sa vie. Ce n’est pas à un changement de ses traits ou de son costume ordinaire, ou bien à l'abattement des disciples, que la méprise de ceux-ci doit être attribuée, mais à un obstacle qui suspend miraculeusement l'exercice normal de leurs sens. Bien que l'évangéliste ne le dise pas, et qu'il n'y ait peut-être pas réfléchi, om doit supposer qu'ils ne reconnaissent pas plus la voix que les traits de leur Maître ©.
Jésus se mêle à leur conversation, leur demandant quel est le sujet qui paraît les intéresser si vivement. Les disciples demeurent un moment tout tristes, comme suivant le cours de leur idéef. Puis
1. Sur ceshypothèses, cf. DB, I, 700 ; EB. I, 1290; Savi, Revue biblique, 1893, p. 227. L'emplacement d'Emmaüs est un thème de discussion très en faveur auprès des exégètes catholiques, et il existe sur le sujet toute une littérature dontil semble inutile de faire ici le relevé.
2. V. 18. Kkcoras, abrégé de KAs6z27005. Sur le rapport supposé de ce nom avec Alphée et Clopas (Jx. x1ix, 25), cf. 1, 531, n.9, et QÉ. 878.
3. Le témoignage d'Origène sera examiné plus loin. Épiphane identifie le second disciple au Nathanaël de Jean ; beaucoup d'anciens ont pensé à Luc luimême.
4. V. 16. où dt op0anuot adr@y ixparobvro 7oÙ un érLyVOvar aUTOv.