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pourrait bien avoir transporté le poisson du lac dans son apparition hiérosolymitaine. S'il ne parle pas du pain, c'est que les disciples d'Emmaüs avaient déjà reconnu Jésus à la fraction du pain: peutêtre en était-il déjà ainsi dans la source où a puisé le rédacteur du supplément de Jean. Ce rédacteur ne dit pas que le Sauveur ait pris lui-même quelque chose des aliments qu'il présentait aux disciples !. Luc, qui n’a pas fait manger le Christ à Emmaüs, aura suppléé ce trait pour l'équilibre de son récit, et surtout pour accentuer la preuve de la résurrection ?. C'est pour ce motif qu'il insiste sur les doutes des disciples, et qu'il matérialise l'apparition. Par là s'explique le trait, tout à fait singulier, des apôtres quisont « incrédules de joie 3 » Jean “, exploitant cette donnée, mettra la joie sans incrédulité dans. dix apôtres, et réservera le doute pour un seul. Quoi qu'il en soit, lepain et le poisson de Jean établissent un rapport entre la scène de la pêche miraculeuse et celle de la multiplication des pains, et l’om sait d'autre part le rapport qui existe entre la multiplication des pains et l'eucharistie ?. La tradition galiléenne, exploitée pour le dernier chapitre de Jean, pourrait bien être aussi à la base des récits de- Luc. |
En faisant apporter le poisson à Jésus lui-même, pour qu'il em mange, Luc a matérialisé la donnée traditionnelle. Comme Jean dans le récit des apparitions hiérosolymitaines, il tient beaucoup à démontrer la réalité physique du corps de Jésus ressuscité, parcequ'il ne voit pas d'autre moyen de prouver la réalité de la résurrec— tion. Mais est-ce aux apôtres, ou aux contemporains de l'évangéliste,. que la résurrection a eu besoin d'être démontrée ainsi ? Le Sauveur, étant apparu à ses disciples dans leurs repas, et leur ayant présenté le pain, on pouvait dire qu'il avait mangé avec eux. Pourtant Luc est seul à produire cette assertion d’une manière tout à fait com-— crète, parce qu'il est plus préoccupé de son argumentation que de la réalité historique des choses. On peut douter que les apôtres et saint Paul aient jamais admis que Jésus, après sa résurrection,