‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 102 sur 807 · ODA · texte numérisé non relu

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appartenir au ministère hiérosolymitain. Pour se faire une idée du discours contre les pharisiens, il faut le lire ailleurs que dans Marc. Le mot sur la veuve aux deux liards a toutes les apparences de l’authenticité. On n'en peut dire autant de l’allégorie des Vignerons, ni surtout du discours apocalvptique !. Ce discours altère aussi gravement la perspective historique du ministère hiérosolymitain que le discours des paraboles, dont il est devenu comme la contre-partie, altère, avec sa théorie de l’aveuglement d'Israël, la perspective du ministère galiléen.

Le repas de l'onction paraît être un dédoublement de la dernière cène ?. Les préparatifs de celle-ci, l’annonce de la trahison, celle de la dispersion des disciples, du reniement, à plus forte raison celle de la résurrection sont des arguments et non des souvenirs de la tradition *. Le seul point ferme dans la relation du dernier repas est le prochain rendez-vous que Jésus donne à ses disciples pour le festin messianique. Les additions et modifications que l'évangéliste a fait subir à la veillée de Gethsémani manquent de base traditionnelle : il reste seulement que les disciples et Jésus lui-même ont prié pour que le Sauveur n’entrât pas en tentation *. L'arrivée de Judas et de sa troupe a été inattendue, contrairement à ce que Marc veut signifier. Le récit de l'arrestation voile la lutte des disciples et leur défaite : Jésus n'a pas adressé de discours aux satellites du grand-prèêtre, mais ses disciples ont essayé de l'arracher à la troupe armée; inférieurs en nombre, surpris, déconcertés et battus, ils ont pris la fuite *.

Le procès devant Caïphe est une fiction apologétique. En revanche, l'incident historique du reniement est facile à reconstituer, nonobstant les additions et les retouches de la rédaction évangélique 6. Ces additions et retouches sont beaucoup plus considérables dans le récit du procès devant Pilate, d'où l’on doit sans doute éliminer l'épisode de Barabbas, afin de laisser au procurateur toute la responsabilité de la sentence qu'il a portée lui-même, et lui seul, contre Jésus convaincu de prétention messianique, sur la simple dénonciation des prêtres T. On sait ce qui résiste à la critique dans les récits de la passion, et combien peu de garanties offre l’histoire de la sépulture et de la découverte du tombeau vide 8. Bien qu'il soit malaisé de faire dans ce développement légendaire la part

Cf. supr. pp. 97 et 98-99.

Cf. supr. p. 99.

C£. supr. pp. 100-101.

Cf. supr. p. 101.

Cf. supr. loc. cil.

C£. supr. pp. 102-103.

C£. supr. p. 103.

Cf. supr. pp. 104-105.

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collective de la tradition et la part personnelle de l'évangéliste, il semble que celle-ci est plus considérable dans le récit de la sépulture et de la résurrection, et celle-là dans le récit de la passion. Il reste vrai, comme la plupart des critiques l'ont admis jusqu'à présent, que les souvenirs concernant les derniers jours du Sauveur sont ce qu'il y a de plus précis dans la tradition évangélique ; mais il est vrai aussi que la dernière cène, le jugement, la passion et la résurrection sont le thème sur lequel la tradition a le plus travaillé, où les suggestions de la foi, l'intérêt de l’apologétique, l'application des Écritures anciennes ont le plus contribué à enrichir, à transformer, parfois à cacher les souvenirs primitifs. Quel qu'ait pu être l'auteur du second Évangile, on ne peut guère se le figurer habitant de Jérusalem au temps de la passion, membre de la communauté primitive, compagnon assidu de l'apôtre Pierre, dépositaire de ses souvenirs et de son enseignement. Le plus ancien de nos Évangiles n'apparait pas comme l'œuvre -d'un disciple du Christ, ni comme l'œuvre d'un homme qui aurait eu souci de recueillir le témoignage certain de ceux qui avaient vu et entendu le Sauveur, qui avaient pu connaitre les circonstances de sa mort et la première instauration de la foi chrétienne, mais plutôt comme une compilation anonyme, un résidu plus ou moins hétérogène de la tradition historique de l'Évangile et des interprétations, des corrections, des compléments qu'y avait introduit le travail de la pensée chrétienne, soit le travail anonyme de la foi dans les premières communautés, soit l'influence individuelle de maîtres tel que Paul, soit les réflexions personnelles des rédacteurs évangéliques. L'Église du second siècle a pu attacher un nom à ce livre, elle n’en a pu faire la propriété littéraire d'un auteur particulier. Ainsi l'analyse du livre confirme les doutes que pouvait suggérer l'examen du témoignage traditionnel.

Cependant la tradition et même bon nombre de critiques n'hésitent pas à identifier l'auteur à Jean Marc, le parent de Barnabé, dont il est parlé au livre des Actes, el au Mare mentionné dans les Épitres de Paul et dans la Ir° Épitre de Pierre !. Fils de cette Marie en la maison de laquelle Pierre se rendit quand il eut échappé à la prison d'Hérode,. cousin de Barnabé, associé à celui-ci et à Paul dans leur voyage de Chypre, revenu à Antioche après avoir quitté ses compagnons de mission, devenu ensuite une cause de séparation entre ceux-ci, réconcilié avec Paul, sans qu'on sache comment, et son auxiliaire au temps où l'Apôtre écrivait les Épitres aux Colossiens et à Philémon, réclamé en cette qualité dans la II° à Timothée, désigné dans la 1° de Pierre

4. Acr. xir, 42,255; x, 13xv,.37-89: Cor. 1v, 10: Pam 24: QE I Prer. v, 43.

comme « fils », sans doute fils spirituel du prince des apôtres, et censé associé à son ministère « dans Babylone », c'est-à-dire probablement dans Rome, Marc aurait écrit son évangile dans cette ville, les uns disent après, les autres disent avant la mort des apôtres ; 1l aurait fondé ensuite l'Église d'Alexandrie. Certaines particularités de sa légende ont été signalées plus haut !. Plusieurs ont voulu que le dernier repas du Christ ait eu lieu chez la mère de Jean Marc, et que Marc lui-même ait été le Jeune homme qui s'enfuit nu à Gethsémani, laissant aux mains des satellites le drap dont il s'était couvert ?.

Une discussion détaillée de ces indications et des conjectures qui y sont mêlées ne semble pas nécessaire ici. Il suffit d'observer qu'elles ne sont guère plus conciliables entre elles qu'avec le livre dont Marc est supposé l'auteur. Celui-ci aurait été l'interprète de Pierre, son compagnon assidu pendant son ministère, et principalement dans les dernières années. Or, on ne voit pas comment l'évangéliste Marc a pu avoir ces rapports conslants avec Pierre, si c'est lui qui est le Jean Marc des Actes et le compagnon de Paul. Aussi bien quelques-uns ont-ils distingué l’évangéliste Marc, compagnon de Pierre, du missionnaire Jean Marc, compagnon de Paul *. L'existence de celui-ci est beaucoup mieux garantie que la per sonnalité distincte de celui-là, la 1° de Pierre, écrit non authentique, et le propos de Jean l'Ancien sur l'Évangile de Marc étant par eux-mêmes des témoignages moins sûrs que le récit des Actes concernant les missions de Paul. La mention de Marc dans l'Épitre de Pierre n'est peut-être pas sans rapport avec l'attribution du second Évangile à un disciple du prince des apôtres; ce serait une mention intéressée *, comme le dire de Jean l'Ancien *. Si elle se fonde sur un souvenir traditionnel, s'il a existé un Marc, disciple et auxiliaire de Pierre, ou bien ce disciple est un autre que Jean Marc, ou bien celui-ci n’est pas le Marc qui assiste Paul durant les années de sa captivité. Et si un disciple de Pierre a eu part à la composition du second Évangile, ce ne peut être le dernier rédacteur, c’est-à-dire le véritable auteur de ce livre, mais l’auteur de la notice concernant la prédication et la mort de Jésus, c'est-àdire l’auteur du document exploité par l'évangéliste, et où l’on peut reconnaître un écho du témoignage apostolique, spécialement des souvenirs de Pierre.

Un rapport spécial et direct de ce premier auteur avec Pierre est pos-

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