Cf. J. Weiss
4. C'est pourquoi Pierre (loc. cit.) dirait : Mdpxos 6 vis go.
TI
e oc
- Supr. p. 26.
A. Loisx. — Les Évangiles synoptiques. S
sible, probable même, quoique nullement nécessaire. Tel récit, par.
exemple celui du reniement de Pierre, remonte à Pierre lui-même et n'est entré dans la tradition que par lui. Mais celui qui a mis le premier celte histoire en écrit aurait fort bien pu la connaitre par des intermédiaires ; à plus forte raison d’autres faits, comme la vocation des quatre premiers disciples, la confession de Pierre, la veillée de Gethsémani et l'arrestation pouvaient-ils lui avoir élé racontés par d'autres. On peut tout aussi bien le concevoir puisant dans les communs souvenirs des apôtres galiléens une esquisse du ministère de Jésus qui était familière au premier groupe des croyants, que recueillant des discours d'un seul témoin une série de renseignements qui auraient pu lui être également fournis par plusieurs. Mais comme ce premier auteur a pu être en relation avec Pierre, et que l'on explique ainsi plus facilement l’origine de la tradition concernant l'origine du second Évangile, rien n'empêche d'admettre qu'un disciple de Pierre a recueilli de la bouche même de lapôtre cette série de souvenirs. Il est certain, en tous cas, que Simon-Pierre a eu une part prépondérante dans la formation de la catéchèse apostolique, et que par là au moins la tradition fondamentale de l’histoire évangélique procède de lui.
Il est plus difficile, mais il n'est aucunement indispensable de déterminer ce qui est à considérer comme souvenirs de Simon-Pierre, indépendamment de la tradition commune des Logia, laquelle ne s'est pas formée sans lui. Si l'on admet deux sources primitives, tel morceau des souvenirs authentiques pourra être attribué indifféremment à l’une ou à l'autre, ou devra même être attribué de préférence aux Logia. L'esprit de ces deux sources, autant qu'il est permis d’en juger, était à peu près le même; elles exprimaient les souvenirs et la foi de la première communauté, sans influence de la théologie paulinienne ; les apôtres galiléens y apparaissaient comme les témoins autorisés de la vie du Christ et de son enseignement.
De la source narrative viendraient, après mention de Jean-Baptiste, du baptême de Jésus et du retour en Galilée, la vocation des premiers disciples, les incidents du premier sabbat à Capharnaüm, sauf probablement l'affaire du démoniaque, le fond de l'histoire du paralytique, peutêtre la vocation de Lévi, la démarche des parents de Jésus, probablement le fond des histoires du possédé de Gérasa et de la fille de Jaïr, la prédication à Nazareth, les indicalions générales concernant la mission des apôtres et leur retour, le passage en Gennésareth, le voyage au pays de Tyr, peut-être avec l'histoire de la Cananéenne, la confession de Pierre avec la promesse de la parousie prochaine et la réflexion sur la venue d'Élie, peut-être la guérison de l'épileptique, l’arrivée à Capharnaüm et peut-être l'anecdote des enfants amenés pour la bénédiction, le départ pour la Judée, peut-être avec l’anecdote du jeune homme riche,
la marche vers Jérusalem, peut-être la question de Pierre sur l'avenir des disciples, avec la promesse des trônes, la manifestation messianique sur le mont des Oliviers, l'expulsion des vendeurs, la question des prêtres touchant le pouvoir que Jésus s’attribue, la question des pharisiens sur le tribut, probablement aussi celle des sadducéens sur la résurrection, la parole sur la filiation davidique du Christ, l’histoire de la femme adultère, peut-être l’anecdote de la veuve aux deux liards, et une parole sur la destruction du temple, le fond des récits concernant la trahison de Judas, la dernière cène, la veillée de Gethsémani et l'arrestation du Christ, le reniement de Pierre, le jugement et la condamnation de Jésus par Pilate, la scène de dérision dans le prétoire, le crucifiement et la mort. LE
Du recueil de sentences viendraient le résumé de la prédication de | Jean ‘, les histoires sabbatiques, la discussion à propos de Beelzeboul, les | paraboles, les paroles concernant la fréquentation des pécheurs et le jeûne, le sommaire du discours aux apôtres, la parole sur ce qui souille l'homme, à propos de l’ablution des mains, la réponse aux demandeurs de signe, le mot touchant le levain des pharisiens, la leçon du renoncement, les instructions qui ont été rattachées au dernier séjour à Capharnaüm, l'instruction sur le divorce, la leçon du service, l’abrégé du discours contre les pharisiens, certains morceaux du discours apocalyptique. (2e
Tel récit comme le baptême de Jésus, la tentation, la multiplication des pains, la transfiguration, qui n’appartiennent pas à la première rédaction des sources et qui ne peuvent davantage être attribués au rédacteur du second Évangile, ont pu être été ajoutés dans une rédaction intermédiaire. Il est tel détail, comme la déclaration sur le but de l’enseignement parabolique *, qui semblerait surajouté au travail du rédacteur principal, à celui qui pose en thèse l’inintelligence des apôtres, et quine se lasse pas de faire prédire au Christ sa passion et sa résurrection. Néanmoins le véritable auteur de l'Évangile est le rédacteur qui s’est proposé de démontrer la messianité de Jésus par les déclarations des possédés, par la guérison du paralytique, par les libertés que le Sauveur autorise ou qu'il prend à l'égard du sabbat; qui a voulu étaler l'inintelligence des apôtres devant l’enseignement, les miracles et les prédictions du Christ ; qui interprète la mission du Sauveur conformément à la théologie de Paul ; qui a glosé le récit de la dernière cène et celui du jugement ; qui a conçu comme preuve péremptoire de la résurrection la découverte du tombeau vide. C’est le caractère de ce rédacteur qu’il convient d’envisager quand on veut déterminer l'attribution du second Évangile.
4. x, 7-8. Mais pour ce morceau comme pour bien d’autres, il est permis d’hésiter entre les deux sources.
Or ce personnage ne semble lié ni par des souvenirs à lui propres ni par des renseignements recueillis auprès des témoins du Christ : il dogmatise comme Paul; il exploite des sources comme Matthieu et Lué, et il les traite avec une liberté aussi grande en son genre que celle dont use lauteur du quatrième Évangile ; mais tandis que celui-ci pénètre, soulève, transforme, idéalise les données traditionnelles et produit une œuvre homogène, le rédacteur du second Évangile, bien inférieur à Jean pour le génie mystique, encadre plutôt et complète les matériaux de la tradition, ne les altérant que très superficiellement pour les faire servir aux besoins de sa démonstration, y faisant surtout de notables additions qui servent directement ses intentions didactiques, apologétiques et polémiques. Juif d'origine, à ce qu'il semble, et bien au courant des choses juives, il n’est point judéochrétien et il a pris décidément parti contre les Juifs; il les regarde comme voués en masse à la destruction ‘ ; dans le récit de la passion, 1l les charge délibérément pour décharger Pilate. On pourrait presque dire qu'il a pris parti contre les apôtres galiléens, tant 1l est soucieux de montrer leur défaut d'intelligence et de courage. Mais il insiste surtout sur le défaut d'intelligence, et comme un homme qui ne se rend pas compte de ce qu'a été l'Évangile de Jésus. Il reproche aux apôtres de n'avoir pas saisi le mystère des paraboles, qui étaient sans mystère : il leur reproche d’avoir été lents à comprendre que le Christ devait mourir et ressusciter, comme si la veillée de Gethsémani ne suflisait pas à prouver que Jésus lui-même, quelques heures avant sa passion, espérait encore que son avènement dans la gloire messianique pourrait être procuré autrement que par sa mort. Il est donc inconcevable que cet écrivain ait été pendant de longues années le disciple, l'ami, le confident de Pierre.
Il peut avoir été le disciple, et, en tout cas, il est grand admirateur, ou mieux encore grand partisan de Paul; on peut dire que son évangile est une interprétation paulinienne, volontairement paulinienne, de la tradition primilive. Son paulinisme ne lient pas seulement à quelques expressions, à quelques lambeaux de phrase ou de doctrine qu'il aurait empruntés à l'Apôtre des gentils ? ; il est dans l'intention générale, dans l'esprit, dans les idées dominantes et dans les éléments les plus earaetéristiques de son livre. On peut assurément trouver significatif que Jésus, dans Marc, déclare être venu donner sa vie « en rançon pour plusieurs Ÿ »:; mais il l'est encore plus que le récit de la dernière eène soit
Lexrr 9.
2, ScumeDez, ÆB.: 11, 184%; Horrzmaxx, Neut. Theologie (NT.), L, 424
devenu le récit de l'institution eucharistique, grâce à l'introduction de formules qui sont directement inspirées par la conception paulinienne de l’eucharistie, conception qui procède immédiatement de la théorie paulimienne de la rédemption. Ce qui est dit de l’aveuglement providentiel des Juifs par le moyen des paraboles est en rapport avec les idées de Paul sur la prédestination, et avec les expériences de son ministère tant auprès d'Israël qu'auprès des nations. Mais l'influence de Paul et même le zèle pour sa personne, pour l'apologie de sa conduite et de son action, se font sentir un peu partout, soit dans l'attitude de l’évangéliste à l'égard des Juifs, soit dans sa façon d’apprécier et de représenter les dispositions des apôtres galiléens, qui, dans un endroit, sont presque assimilés aux Juifs !. La relation des incidents sabbatiques parait bien tendre à l’abrogation du sabbat pour les chrétiens ; à propos de la parole sur ce qui souille l'homme, l'évangéliste argumente réellement, et dans l'esprit de Paul, contre les observances légales ; c'est dans l'intérêt de Paul qu'a été racontée et peut-être imaginée l’anecdote de l’exorciste étranger ? ; ce doit être également pour réserver à Paul une des premières places dans le royaume céleste que l'on voit Jésus opposer une fin de non-recevoir à la demande des Zébédéides. L'évangéliste n'est d'ailleurs pas plus hostile à Pierre et aux autres apôtres que Paul lui-même ; il se permet seulement de les juger, et de ne pas les admirer ni les approuver en tout. Il n'entre pas dans les spécialités, on pourrait dire les subtilités de la théologie paulinienne, soit par un certain sens de la mesure qu'il convenait de garder en racontant l’histoire de Jésus, soit que sa tournure d'esprit l'ait porté aux idées générales et simples, soit que l’enseignement de Paul lui soit arrivé par intermédiaire, et qu'il n'ait pas entendu lui-même l’Apôtre ni lu ses écrits.
La considération attentive du caractère et de la composition du second Évangile fait perdre beaucoup de son importance, de sa signification et de son utilité à la distinction d’un proto-Marc, source commune de Matthieu et de Luc, et d’un deutéro-Marc, qui pourrait être postérieur aux deux autres Synoptiques et même dépendre d’eux. Plusieurs ont supposé un proto-Marc plus développé * que notre évangile canonique, et se rapprochaient ainsi plus ou moins de l'hypothèse du protévangile. D’autres l'ont supposé plus court . Les premiers cherchaïent à expliquer certaines lacunes qui semblent évidentes dans Marc, et qui peuvent résulter
1. Cf. rv, 11-12, et vurr, 17-18. Quand même les deux passages ne seraient pas de la même main, le rapprochement ne laisse pas d'être significatif.