Weisse, Tobler, Holtzmann, Schenkel, Réville, etc
#. Reuss, P. Ewald, J. Weiss, Wellhausen.
en effet de coupures pratiquées par l'évangéliste dans une de ses sources : ainsi a-t-il dû connaitre le discours sur la montagne dans le recueil de discours, et l’'omettre volontairement. Les seconds pensent rendre compte de certaines omissions de Matthieu ou de Luc, ou de tous les deux ensemble, soit que ces omissions portent sur des récits entiers, soit qu'elles portent seulement sur certains détails. Or il semble que l'on peut trouver d’autres explications satisfaisantes pour les omissions de récits entiers, par exemple pour la suppression, dans Luc, de la seconde multiplication de pains, ainsi que de tous les récits compris entre les deux multiplications. Quant aux omissions de traits descriptifs, la plupart, sinon toutes, peuvent s'expliquer par la différence d'esprit entre les évangélistes, les plus récents étant disposés naturellement à élaguer les détails trop crus ou trop matériels, et à prendre un certain ton d'édification ecclésiastique, moins naïf que celui de Marc. On ne doit pas oublier d'ailleurs que, vu la complexité du travail de rédaction, et aussi la liberté qui a régné d’abord dans la transcription, il n'est pas impossible que les évangélistes plus récents aient connu, en même temps qu'un texte de Marc à peu près identique au nôtre, les sources mêmes du second Évangile (on l’admet pour les ZLogia), soit dans leur état primitif, soit avec des modifications et additions diverses, ou bien encore qu'ils aient eu en main des rédactions plus ou moins divergentes, des copies plus ou moins complètes, le texte canonique ne représentant qu'une recension définitive à l'égard de laquelle les exemplaires que les rédacteurs de Matthieu et de Luc ont utilisés pouvaient présenter des variantes plus ou moins considérables. Quoi qu'il en soit, le livre que les évangélistes plus récents ont exploité n'est pas à qualifier de proto-Marc, vu qu'il ne différait pas sensiblement du texte canonique, et qu'il n'était pas en luimême une source primitive. La qualification de proto-Marc ne conviendrait pas davantage à la source que l'on peut hypothétiquement supposer à côté des Logia, vu que cette source différait trop de Marc pour que l'on puisse la regarder comme une première ébauche ou rédaction de notre évangile.
Il est fort possible et même très probable que cette source, comme les Logia, soit antérieure à la mort des apôtres Pierre et Paul ; il est possible également qu'elle ait été écrite en araméen et à Jérusalem !; mais la rédaction du second Évangile est certainement postérieure à la mort des apôtres et sans doute aussi à la ruine de Jérusalem, bien qu'on ne puisse guère la faire descendre beaucoup après l’an 70. Le souvenir
1. C'est tout ce qu'on peut retenir, semble-t-il, des conclusions de Wellhausen touchant la composition de Mec. en araméen (supr. p. 79). Encore est-il possible que l'auteur, palestinien d'origine, ait écrit en grec les souvenirs fixés dans une tradition orale araméenne. Cf. Bousser, art. cit. 3-4.
de Paul, de son activité, des obstacles qu'il avait rencontrés, était encore tout récent. On peut donc rapporter approximativement la composition de Marc à l'an 75. Le nom de l'auteur est inconnu. Il n'a pas fait œuvre de polémiste. Il a voulu écrire un livre d'enseignement évangélique, et il a présenté l'Évangile tel qu'on le comprenait dans le milieu chrétien où il vivait, dans la communauté hellénochrétienne à laquelle il appartenait. Il semble impossible qu'il ait écrit en Palestine ou dans un endroit où la tradition des premiers apôtres et des disciples immédiats de Jésus aurait été largement représentée. Cette circonstance n'exclut pas l'Église de Rome, mais ne la recommande pas non plus; toutefois la conservation du livre à côté des évangiles plus complets, et la probabilité qui milite en faveur de sa rédaction dans un pays de langue latine ! peuvent être invoqués à l'appui de cette hypothèse plus ou moins tradiüionnelle. Ce peut être même à sa qualité d’ancien évangile romain, plutôt qu’à l’origine d'une de ses sources, que le livre doit son atiribution à un disciple du prince des apôtres.
1. L'emploi de mots latins n’est pas un argument décisif pour la composition de l’évangile en Occident, vu que la domination romaine avait introduit nécessairement un grand nombre de ces mots jusqu'en Orient.
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