‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 129 sur 807 · ur · texte numérisé non relu

ur

re vir, 14.

truit avec une prophétie qui en fournit la ligne générale, et sur un songe comme moyen surnaturel de résoudre la difficulté que l'idée du fait suggère à l'esprit du lecteur. Les récits qui suivent sont édifiés de la même manière, avec des textes caractéristiques et des rêves opportuns; rien n'est plus arbitraire comme exégèse !, ni plus faible comme narration fictive. La rédaction est de l’évangéliste, mais non sans doute l'invention des données principales. En ce qui regarde spécialement la conception miraculeuse, non seulement l'idée en a dû préexister à notre récit, mais elle doit même être antérieure à l'application du texte d'Isaie, qui la suppose plutôt qu'elle ne l’a suggérée. Les analogies ne manquent pas dans les croyances religieuses païennes ; mais 1l paraît difficile d'indiquer une influence particulière, tout comme :l est impossible de déterminer avec précision le temps et le lieu où cette croyance s’est fait jour dans la tradition chrétienne. Paul’ ?, la source de Luc pour les récits de l'enfance *, . et peut-être Jean ‘ lui-même l'ont ignorée. Toutefois de ce que Jean n'en lient pas compte, on ne peut inférer qu'il ne l'ait point connue, et, même dans cette dernière hypothèse, on ne serait pas encore autorisé à dire qu'elle n'existait pas ailleurs ni même qu'elle n'avait pas encore été traduite en récit. Le rédacteur qui l’a introduite dans le premier Évangile ignorait que la famille de Jésus habitait Nazareth avant la naissance du Sauveur *. On peut croire que, si les récits de Matthieu s'étaient formés en Palestine, à une date assez rapprochée des événements, l'on aurait eu recours à quelque combinaison artificielle, comme celle qu'on trouve dans Luc, pour faire naître le Christ à Bethléem. Il est donc probable que ces récits, et conséquemment | ;vangile dont ils font partie, ont acquis leurs traits essentiels en dehors de la Palestine et des communautés judéochrétiennes de ce pays, dans une contrée et à une date où ne subsistait aucun témoin oculaire, ou seulement bien informé, de la vie de Jésus.

La tradition ecclésiastique pensait savoir que le premier des Évangiles canoniques était aussi le plus ancien : il avait été écrit, avant la mort des apôtres Pierre et Paul, par l’apôtre Matthieu, qui l'avait rédigé en hébreu pour les chrétiens de Palestine f. Suivant une indication contenue dans le livre même, on identifiait l'auteur au publi-

{. Voir surtout l'application d’'Os. x1, 1, dans Mr. u, 15, et dans 11, 23 la prophétie du « Nazaréen ».

- CE Row:1r, 3:Wsupr. p.8.

Voir le commentaire de Le. 1, 34-35.

Voir QÉ. 100-101, 181-182, 258-259, 449-450.

. Cf. supr. pp. 23; 48, 52.

Le 19

ES

cain Lévi'. Compagnon de Jésus pendant la majeure partie de son ministère, l'évangéliste n'avait eu qu'à raconter ce qu'il avait vu et entendu.

L'enchainement de ces hypothèses est facile à suivre ; mais le point de départ est obscur. Pourquoi a-t-on attribué à un apôtre, et spécialement à Matthieu, un livre qui n'est pas d’un apôtre, ni même, à ce qu'il semble, d'un disciple immédiat des apôtres et des témoins du Christ ? Que le premier Évangile n'ait pas été écrit d'après des souvenirs personnels par un compagnon de Jésus, c'est ce qui résulte de sa composition même et du caractère non historique de ce qui appartient proprement au rédacteur. Il parait d’ailleurs certain que l'ouvrage a été composé en grec et ne peut être la traduction d'un original araméen. Mais beaucoup pensent que l'attribution à Matthieu provient de ce qu'une œuvre authentique de cet apôtre, le recueil des discours du Seigneur, est entrée dans la compilation, dont elle a fourni une partie considérable. Le cas sans doute est le même pour Luc; mais les conditions de rédaction du troisième Évangile suggéraient, dit-on, une autre attribution.

Il est permis néanmoins de trouver la conjecture assez fragile, et l’on ne doit pas oublier que l'existence d'un recueil de discours en araméen ne peut s'autoriser du témoignage de Papias ?. On y voit maintenant l'explication de ce témoignage, comme de l'attribution du premier Evangile à Matthieu. D'autres explications sont également possibles et même plausibles. Le témoignage de Papias suppose l'attribution à Matthieu et n’a pas besoin d'autre fondement. L'attribution du premier Évangile à Matthieu, si cet apôtre a réellement écrit le recueil de discours, n'était pas plus nécessairement occasionnée par l'emploi de cette source que n'aurait pu l'être son attribution à l’auteur du second Évangile, également exploité par le compilateur. On dira que le second Évangile était une œuvre anonyme et qui ne laissait pas de subsister à côté du premier ; mais le recueil de discours n'’était-il pas aussi, et plus encore sans doute, une œuvre impersonnelle, et croit-on que cette source ait disparu tout aussitôt que le premier Évangile a été composé ? Les documents primitifs n’ont-ils pas été abandonnés pour les Évangiles ecclésiastiques, et parce qu'ils étaient moins complets, et parce qu'ils n'avaient pas d'autre recommandation que leur contenu? Un livre dûment garanti comme œuvre apostolique et présenté comme tel aux premières communautés se serait difficilement perdu. Quel que soit l’auteur du recueil de discours, et en quelque langue que ce recueil ait été composé, l'attribution du

Page 1