‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 130 sur 807 · VAE VON ET NN PRESSE UT EN DOTE RO CEST DONNE · texte numérisé non relu

VAE VON ET NN PRESSE UT EN DOTE RO CEST DONNE

ext

premier Évangile à l'apôtre Matthieu ne doit pas provenir d'une confu-

sion involontaire et accidentelle entre le livre el une de ses Sources, mais d'une intention formelle soit du rédacteur, soucieux de couvrir sa compilation d'une autorité apostolique, soit de personnes intéressées à la diffusion du livre dans les communautés, soit peut-être, quand cette diffusion fut acquise, de chefs d'Églises, qui se proposaient de justifier en droit le crédit dont le livre jouissait en fait. Le souvenir vague d'une activité littéraire de l'apôtre Matthieu a pu contribuer au choix de son nom; mais cette circonstance n'est pas indispensable, en tout cas, elle parait insuflisante pour expliquer l'attribution. La substitution de Matthieu à Lévi dans l'histoire du publicain étant un indice de l'intérêt parüculier que le rédacteur prend à l'apôtre, et cet intérêt ne semblant en aucune façon occasionné par des relations personnelles, il est à croire que l'évangéliste a voulu lui-même recommander son œuvre du nom de Matthieu. Il est vrai que ce choix a dû avoir aussi sa raison d’être; mais cette raison a pu se trouver ailleurs que dans la composition des Logia; des légendes apostoliques avaient déjà cours dans le temps où le premier Évangile a été écrit; il est possible que Matthieu ait été publicain, ou qu'on ait raconté qu'il l'était; cette seule circonstance, qui faisait de li un demi-païen, pouvait lui faire donner la préférence sur les apôtres que leurs antécédents ne permettaient guère de présenter comme auteurs d'un livre composé en grec.

Dans sa forme traditionnelle, ce livre ne peut pas être fort ancien. HI faut le mettre au moins quelques années après Marc, et le caractère des éléments propres au premier Évangile inviterait plutôt à grandir l'intervalle qu'à le diminuer. Les citations de paroles du Seigneur qui se rencontrent dans les anciens documents de la littérature chrétienne, et qui se rapprochent de Matthieu plutôt que de Luc, ne prouvent pas que notre premier Évangile existât dès lors tel qu'il est aujourd'hui !. De même que, pour les récits, et même déjà pour les discours, Marc est intermédiaire entre sa source, ou ses sources, et Matthieu, il a pu exister, il a existé des intermédiaires entre le recueil primitif des Logia et notre Évangile canonique ; il a même pu exister, il a dû exister avant Matthieu et avant Luc d'autres combinaisons de Marc et des Logia, et Matthieu pourrait fort bien être l’aboutissant d'un travail assez complexe, dont Luc, par exemple, aurait pu connaître quelque échantillon, bien qu'il n'ait pas connu la rédaction dernière.

Cette rédaction a été une œuvre assez personnelle, comme en témoigne l'unité d'esprit et l'unité de style qui règnent dans la composition. L’au-

1. Sur les citations des plus anciens auteurs ecclésiastiques, cf. supr. pp. 46, 17, 18, 20, 24, 29, 30.

Eid (LS REA PE À LÉ ru MT Le ni QE Lex est

teur écrit correctement en grec; à cet égard, 1l est bien supérieur à Marc, et, avec moins de recherche, il égale Luc. Il sait l’hébreu, mais il a en vue des lecteurs qui l’ignorent. Il est donc très probablement né juif, mais 1] n'est pas d’origine palestinienne; il a écrit en Orient, peut-être eu Asie-mineure, ou plutôt en Syrie ; judéochrétien d'origine, 1l est universaliste d'esprit, sans aucune arrière-pensée de polémique en faveur de Paul ou contre les apôtres galiléens; il fait l’unité dans la tradition apostolique, et il considère les apôtres comme un groupe sacré dont Pierre est en quelque sorte le représentant; il neutralise des propos judaïsants par une interprétation symbolique, et à ceux qui voudraient s'autoriser de l’abrogation des observances juives pour vivre sans règle il oppose la perfection de la loi chrétienne ; homme de tradition, l'on peut dire homme d'Église, il a écrit un Évangile véritablement ecclésiastique et catholique ; on serait presque tenté de voir en lui, sinon l’un des premiers évêques, du moins l’un de ces vénérables personnages qui, en qualité de « presbytres » ou « episcopes », gouvernaient les communautés où germait linstitution de l’épiscopat monarchique, héritier et continuateur de l’épiscopat apostolique. Son livre peut être rapporté aux environs de l’an 100; il ne peut être de beaucoup antérieur ni de beaucoup postérieur à celte date.

Le recueil de discours est notablement plus ancien, puisqu'il existait avant Marc. Celui-ci et Matthieu ne l'ont sans doute connu qu'en grec. Peut-être a-t-1l été rédigé d'abord en cette langue, au plus tard entre l'an 60 et l'an 70, par quelque disciple des apôtres. S'il a été composé en araméen, on n'aura pas tardé à le traduire en grec. Des interpolations judéochrétiennes, qui ont leur écho jusque dans Luc, y avaient été bientôt introduites, avec des compléments divers. La série des combinaisons rédactionnelles qui se placent entre la rédaction originale de cette source et la rédaction définitive de Matthieu et de Luc est maintenant impossible à reconstituer.

Page 1