Le. xx, 27-31, 3% a, 40-43, 46; supr. p
légendaire qu'on y discerne sans difficulté, sont relativement sobres sur cette matière. Les miracles sont peu nombreux: il est vrai qu'on en
signale en bloc un grand nombre qu'on ne raconte pas; mais 1l est évi-
dent que les cas extraordinaires, qui avaient frappé l'esprit des disciples, étaient faciles à compter. L'éditeur du quatrième Evangile ! a eu le sentiment de cette indigence, que l’auteur lui-même atteste à sa façon par l'effort qu'il a fait pour adapter à son but d'enseignement la tradition synoptique. Jésus avait dû accomplir beaucoup de guérisons, mais sans que lui-même, ses disciples et ses ennemis v attachassent grande importance. L'exorcisme, la guérison par la prière et par la foi étaient des pratiques courantes dans ce temps et dans ce milieu. Ce qui semble avoir produit le plus de sensation est l'influence étonnante que Jésus exerçait sur une catégorie de malades que l’on considérait comme spécialement possédés par les démons. La réalité de ces cures est attestée par le fait que les adversaires de Jésus ont été obligés d'en chercher une explication.
Les récits particuliers qui nous ont été transmis ne sont aucunement des procès-verbaux authentiques de ce qui advint en telle ou telle occasion. Ils ont été transposés, corrigés, amplifiés selon le goût des évangélistes, l'intérêt de l'édification, les besoins de l'apologétique. Jésus a guéri beaucoup de démoniaques ; mais les évangélistes, et Marc le premier. ont exploité ces guérisons en témoignage direct de sa messianité : ce sont les démons qui ont reconnu d’abord le Fils de Dieu sur la terre ?. Cette façon de tourner les miracles en preuve existe tout autant pour les autres genres de guérisons, bien qu'elle ait été moins remarquée *. L'histoire du paralytique semble avoir été racontée d'abord comme un miracle de la foi ; elle devient un argument messianique, et dans la bouche de Jésus lui-même, par la revendication pour le Fils de l'homme, c'est-à-dire pour Jésus déclaré Christ, du pouvoir de remettre les péchés :.
Toutefois les récits miraculeux ne sont pas une simple preuve. Ceux qui les racontent y voient une leçon ; ils les entendent et les interprètent comme des allégories en action, comme des réalités symboliques. Le point de départ de quelques-uns semble même avoir été une métaphore ou une parabole, un sentiment de la foi, transformés en symbole matériel. Il peut y avoir un incident réel derrière le récit de la tempête apaisée ”, mais 1l n'y en a probablement pas derrière l'histoire de Jésus marchant sur la mer $. Les deux récits de la multiplication des pains sont
AGEN sr 25:
2Mc. 1, 34; x, 44 ; Supr. p.107.
3. Voir le commentaire de Mr. x1, 2-6 (Lc. vu, 18-23). 4. Mc. u, 5-10: supr. p. 87.
3. Voir le commentaire de Mc. 1v, 35-#1, et parallèles. 6. Voir le commentaire de Mc. vi, 45-52, et parallèles.
n'est pas à dire que l'une des deux soit dépourvue de fondement mp
rique, mais toutes les deux visent la situation du Christ à l'égard des
Gentils, et dans les deux, surtout dans celle du Centurion, l'interprétation è
allégorique a réagi sur la constitution du récit. Celui de la Cananéenne a existé d’abord sans l'application symbolique ; on ne voit pas qu'il en ait été ainsi de l'autre. Le récit de la transfiguration, quelle que soit son origine, est maintenant tout symbolique, tout imprégné de messianisme; il procède de la tradition apocalyptique et résume l'apologie du christianisme primitif devant les Juifs *, S'il a son origine dans une vision du Ressuscité, il a été exploité pour l'élaboration messianique de l'Évangile, et, dans sa forme traditionnelle, il n'a pas été recueilli de la bouche des apôtres qui y ont part. Le miracle du figuier desséché met en action une parabole allégoriquement interprétée ‘. Allégorie et récit font voir en Jésus le Messie visitant le peuple de Dieu.
Ainsi les miracles sont à la fois un argument de puissance et une révélation messianique. Les plus caractérisés comme miracles, la guérison du lépreux, la résurrection de la fille de Jaïr, que Jésus lui-même n'entendait pas présenter comme une véritable résurrection *, la guérison du sourd-muet, celle de l’aveugle de Bethsaïde et celle de l’aveugle de Jéricho, acquièrent une signification symbolique qui leur permet d'entrer dans le cadre où les évangélistes bnt voulu peindre le Fils de Dieu en son œuvre messianique. Messie en acte, Jésus ne l'était devenu que par sa résurrection, et rien n'est plus facile à entendre que le récit de la transfiguration, si l'on suppose qu'il a été conçu d’abord comme la révélation, faite aux principaux apôtres, de l’exaltation de Jésus dans la gloire qui correspondait à sa vocation, Mais il était tout naturel qu'on anticipât cette gloire dans la carrière terrestre du Sauveur, que l'on voulût démontrer le Christ par sa vie, el non seulement par les conséquences merveilleuses de sa mort. La piété chrétienne aurait accompli spontanément ce travail, quand même elle n'y aurait pas été sollicitée par un intérèt de prosély-
1. Voir le commentaire de Mc. vi, 32-##; vin, 1-9, et parallèles.
2. Mc. vu, 24-30 (Mr. xv, 21-28), . Mr. vou, 5-13 (Le. vu, 1-10); supr. p. 130. 3. Voir supr. p. 92, et le commentaire de Mc. 1x, 2-13.
4. Voir supr. p. 97, et le commentaire de Mc. x1, 12-14, 20-25 (Mr. xx1, 18-
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