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LA CARRIÈRE DE JÉSUS D APRÈS LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES

C’est probablement au cours de l’an 28! que Jésus commença en Galilée à prècher l’avènement imminent du règne de Dieu. Depuis près d’un siècle, l'indépendance conquise par Judas Machabée et ses frères avait fait place à la domination romaine. Le règne de l’iduméen Hérode, sous la protection d'Auguste, n'avait pu être considéré comme ‘une restauration de la nationalité israélite; encore cette ombre d'autonomie n'avait-elle pas tardé à disparaître ; non seulement le royaume d'Hérode avait été partagé à sa mort entre trois de ses fils, mais la mauvaise admimistration de l’un d'eux, Archélaüs, avait fait rentrer Jérusalem et la Judée sous la gestion immédiate de l'autorité romaine. Ponce-Pilate était procurateur de Judée, subordonné au légat de Syrie, tandis que la Galilée continuait à être gouvernée par Hérode Antipas, et une autre région palestinienne, au nord-est du lac de Tihériade, par Philippe, autre fils d'Hérode le Grand ?.

La masse de la population juive était loin d’être ralliée de cœur à la souveraineté de Rome. On avait pu le constater après la déposition d’Archélaüs, en l’an 6 de notre ère, lorsque le légat Quirinius, pour organiser la levée des impôts, fit faire le recensement * de la province qui venait d'être réumie à l'empire. Un soulèvement eut lieu, sous la conduite d'un certain Judas le Galiléen, et le sentiment qui avait provoqué cette révolte ne s’éteignit tout à fait qu'après les pires catastrophes, la destruction de Jérusalem par Titus, et l'extermination des Juifs au temps d'Hadrien. Le fanatisme des zélotes est à distinguer de la piété pharisaïque. Les plus ardents champions de l'indépendance nationale n'étaient pas toujours de minutieux observateurs de la Loi; mais tous avaient ce genre

1. Sur cette date, voir le commentaire de Lc. ur, 1, et les articles Chronology lof N. T. dans HasrninGs, Dictionary of the Bible (DB), I, et EB, I; de même Scuürer, (Geschichte des judischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi (1898- 1901), I, 445-447, ouvrage capital sur toutes les questions se rapportant à l’histoire du judaïsme contemporain de Jésus. On peut conseiller aussi O. HoLrzmANx, Neutestamentliche Zeitgeschichte ? (1906); W. Bousser, Die Religion des Judentums im neuteslamentlichen Zeilalter (1903).

2. Sur tous ces personnages et ces arrangements, voir ScHürer, l, 418-494.

3. Voir le commentaire de Lc. 1, 1-2, et Scenürer, 1, 508-543.

de foi ardente, compatible souvent avec une ne T aib rencontre Kai les âmes étroites et A La rel

ceux qui n'en saisissent que le dehors, et #E en maté ES cipes. La haute idée que les Juifs avaient de la leur, la grande espéran qu'ils en tiraient, se tournaient chez plusieurs en mépris des païens; en impatience du joug étranger. en illusions dangereuses et en efforts insensés | pour les réaliser.

Les pharisiens représentuent un part religieux plutôt qu'un parti politique, et, même en religion, le pharisaïsme était une tendance caractéristique de l'évolution interne du judaïsme, plutôt qu'un parti circonserit … au milieu de la nation juive !. Le judaïsme, sous la domination persane, ; s'était organisé en une sorte de communauté religieuse dont la vie tout. entière était réglée par la Loi. De là procéda tout naturellement le Judaïsme légaliste, strictement traditionnel, attaché à la lettre, au risque de négliger l'esprit, bientôt épris de casuistique et versant dans le forma-. lisme. Il prit consistance et vigueur, et même il devint, pour la première … fois fanatique devant le péril que l'hellénisme faisait courir à la religion … traditionnelle. C’est à partir du soulèvement machabéen qu'il existe comme tendance consciente d'elle-même et de son but, et son nom ne tarde pas à entrer dans l’histoire. Les pharisiens jouent un rôle sous les derniers princes machabéens. Ce sont les zélateurs de la Loi, les hommes pieux, fidèles à toutes les observances. Les docteurs de la Loi, guides spirituels de la nation, sont pour la plupart pharisiens. Tous croient à la résurrection future des justes et attendent l'avènement du règne de Dieu. |

A n'en juger que superficiellement d'après les Évangiles, on pourrait croire que les pharisiens n'étaient qu'un ramas d'hypocrites. Outre que l'animosité du christianisme primitif contre le judaïsme a pu accentuer l'attitude de Jésus à l'égard ds pharisiens, on ne doit pas oublier que Jésus lui-même a signalé surtout l'écueil du judaïsme pharisaïque et flétri les défauts d'un grand nombre de pharisiens. Le pharisaïsme était le judaïsme en train de se figer dans le formalisme légal. Jésus, qui Pa si fortement critiqué, lui doit beauconp; il a pris au judaïsme ce que celuici avait de plus vivant, l'espérance messianique et l'idéal moral, en les épurant l’une et l’autre. Le christianisme naissant doit aussi au phari- , saïsme ses meilleures recrues : 1l suffit de nommer saint Paul. El faut res d'ailleurs admettre plus d’une catégorie de pharisiens, et faire première- : ment une distinction entre les simples croyants, sincèrement pieux et fidèles à la tradition, parmi lesquels la prédication évangélique trouva

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