‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 198 sur 807 · Me. xv, 21-22, 25, 27-30, 32 b, 34 a · texte numérisé non relu

Me. xv, 21-22, 25, 27-30, 32 b, 34 a

tous avait périclité, qu'ils s'étaient retirés chez eux, sans s'occuper même de ce que devenait le cadavre de Jésus !. On peut supposer que les soldats détachèrent le corps de la croix avant le soir et le mirent dans quelque fosse commune, où l’on jetait pêle-mêle les restes des suppliciés ?. Quoi qu'il en soit de ce dernier point, les conditions de la sépulture furent telles qu'au bout de quelques jours il aurait été impossible de reconnaitre la dépouille du Sauveur, quand même on l'aurait cherchée.

Cependant l’action exercée par le Christ sur ses disciples avait été trop profonde pour qu’elle pût s’effacer de leur âme. Ils étaient bien revenus en Galilée *, mais ils n'avaient pu se remettre aux conditions d'une vie ordinaire. Quelques-uns étaient restés avec Pierre, et l’on peut croire que les Onze avaient fini par se retrouver à Capharnaüm ou dans les environs. Dans une existence oisive où un peu de pêche suffisait à leur entretien, le passé les ressaisit, leurs souvenirs s’enflammèrent dans la solitude. Ils avaient été trop profondément remués par l'espérance pour que le coup de malheur qui les avait d’abord accablés ne füt pas suivi d’une réaction puissante vers le grandiose avenir qui les avait séduits. Aucun d’eux n'avait assisté à la mort de Jésus, aucun n'avait vu trainer son corps au charnier. Ils avaient su, ils ne pouvaient douter, mais l'impression de cette certitude n'était pas le découragement physique que leur eût fait éprouver la réalité. Qui sait si le secours du Père céleste, qui n'était pas arrivé à son Christ dans la vie, ne lui était pas venu dans la mort? Fallait-il renoncer au règne de Dien ? Et si le règne était proche, Jésus n'y avaitil pas toujours sa place nécessaire ?

On ne doit pas oublier que les apôtres avaient la même mentalité que leurs concitoyens de Capharnaüm ou de Bethsaïde, qui se demandaient

si Jésus ne serait pas Elie ou quelque prophète ressuscité. L'idée d’une.

résurrection personnelle était assurément plus facile à accepter que ces chimères. Le Christ lui-même, toutes les fois qu'il avait envisagé l’éventualité de sa mort, n'avait pu l’admettre hypothétiquement qu’en supposant en même temps, comme conséquence, sa résurrection pour le grand avènement. Des preuves extraordinaires, des constatations rigoureuses n'étaient donc pas indispensables pour persuader les apôtres. Le travail intérieur de leur âme enthousiaste pouvait leur suggérer la vision de ce qu'ils souhaitaient ; des incidents fortuits, interprétés et transfigurés selon les préoccupations du moment, pouvaient avoir la même portée que des

4. Cf. Mc. xiv, 27, 50 (Jn. xvr, 32). Noter l'absence de tout disciple dans le récit, d’ailleurs légendaire, de la sépulture (Mc. xv, 42-47; supr. p. 104).

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