‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 212 sur 807 · Voir Éz. xLv · texte numérisé non relu

Voir Éz. xLv

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Ée L'idée du juste souffrant, dans la seconde: parti substitue véritablement à celle du née roi, comme

l’eschatologie ce qu'elle a rs de celui-ci. La canonisation de. anciens textes, qui attire de nouveau l'attention sur le personnage du roi messianique, prépare une sorte de fusion entre le prince des élus et le restaurateur de l’ordre cosmique, le vainqueur de la puissance ténébreuse et du … mal sous toutes ses formes, le triomphateur de Satan. Ce dernier rôle, mythologique par son origine, ne convenait plus guère au Dieu transcendant de la théologie postexilienne * ; c'était la fonction d'un intermédiaire entre Dieu et le monde ou l'humanité, et cet intermédiaire devait rencon- — trer celui que la spéculation philosophique introduisait entre Dieu et l'univers créé, à savoir la Sagesse #. Mais on conçoit que cette identification ne se soit pas faite d'un seul coup; elle impliquait la préexistence éternelle du Messie, qui, par ailleurs, avait besoin d'être un homme pour régner sur les hommes. La pensée de Daniel n’est pas nettement définie sur ce point : il n'est pas impossible que son « fils d'homme » ?, qui figure le règne de Dieu, fût en même temps, comme la tradition l’a compris, le Christ préexistant à sa manifestation terrestre $. Toujours est-il que le partage des attributions entre le roi messianique et les puissances célestes telles que Michaël était assez incertain ; il ne devait se délimiter que dans la tradition chrétienne, où tous les éléments messianiques s’amalgamèrent et se précipitèrent, en quelque façon, par l'effet du courant puissant qu'avait créé l'apparition de Jésus.

Le Sauveur, qui n’a donné aucune définition théorique du royaume céleste, en a donné bien moins encore de sa propre fonction messianique, et pour la même raison. Tout en transfigurant dans sa conserence et dans

{. Mau. 111, 23-24. Cf. Vozz, 190-197.

2. Is. Lu, 13-L:11. La description concerne un individu qui peut être, en un sens, le représentant, mais qui ne semble pas ètre la personnification d'Israël. L'auteur de la description n’identifie pas le juste au roi messianique ; il a une autre conception du salut.

3. Sur l'emploi des anges dans ce rôle, voir Vouz, 195. Noter la place que tient Michaël dans Ab. xn1, 7-9 (cf. Dan. x, 13, 21 ; x, ).

+. Prov. vin, 22-31 : Ecczr. xxiv, 1-27 ; Sap. var-vin, 8. Cf. supr. pp. 193-194. 5. Dan. vu, 13-14. |

6. La plupart des critiques écartent l'interprétation traditionnelle (voir Marm, Daniel, 52-53; Driver, Daniel, 102-410), et ils peuvent s'appuyer sur la suite du chapitre (Dax. vu, 27). Bornamer, Reich Gottes und Menschensohn im Buche Daniel, 139-150, 181-191, leur oppose des considérations qui ne sont pas sans valeur.

son âme les notions traditionnelles et courantes, c'est avec ces notions qu'il opère, et le sens qu'il leur attribue lui semble si naturel et si nécessaire qu'il n'a pas souci de l'expliquer ; il ne songe pas davantage à noter les nuances qui peuvent exister entre ce sens et telle forme des mêmes idées dans les générations antérieures ou chez ses contemporains. On ne risque rien à dire que ces nuances échappent à son attention, ou qu'il ne veut pas s’y arrêter. La formule de sa condamnation, qui est aussi l’expression la plus authentique de la mission qu'il s’est lui-même attribuée, témoigne que le cadre de sa fonction demeure national, comme celui du règne de Dieu. « Roi des Juifs » !! On conçoit que les évangélistes aient eu soin d'opposer à ce titre celui de « Fils de Dieu », et de présenter ce dernier comme le motif essentiel de la sentence capitale ?. En fait, st Jésus considère Dieu comme père, et tous les hommes comme ses fils, s'il se regarde lui-même comme fils de Dieu à un titre spécial et unique, on ne voit pas qu'il ait affecté cette qualité de « Fils » comme résumant le mieux l'idée qu'il avait lui-même et qu'il voulait donner de sa vocation. Le sentiment de la filiation est plutôt une caractéristique générale de cette idée qu'il n'en est la forme propre et directe. Devant ses disciples, Jésus s'avoue Messie #: devant Pilate il S'avoue roi des Juifs ‘ : ce sont pour lui deux expressions synonymes el qui le sont aussi pour ses coni temporains.

La formule « fils de David » * à la même signification. On s'en serpour acclamer Jésus sans qu'il proteste ; c'est seulement quand on en fait une objection, qu'il enseigne à ne pas la prendre littéralement. Le Messie ne devait pas non plus être oint avec de l'huile; le roi des Juifs ne devait pas se mettre à la tête de ses sujets pour les conduire à la guerre’; mais l’oint du Seigneur ne laissait pas d’être le chef prédesliné de son peuple, et le roi des Juifs, pour être le roi des justes, ne laissait pas d'être un vrai roi ; prince des élus, chef des bienheureux, il devait présider aux joies du nouvel Israël, assisté des douze apôtres siégeant sur des trônes pour juger les douze tribus$. Dans l'acte préliminare à l'institution du rovaume, le discernement des élus, il ne

Moxv, 20 (Mr.-xxvir, 3: LC. xx, GS UN. xx, 49). Cf. supr. p. 102, et le commentaire de Mc. x1v, 53, 55-65. Mc. vu, 29-30 (Mr. xvr, 16, 20 ; Le. 1x, 20-21). 4. Mc. xv, 2 (Mr. xxvui, 11: Le. xxur, 3). JN. xvur, 33-37, a eu soin de neutraliser cet aveu par une explication de symbolisme théologique. DMC x, 1 x, LONMT. xx, 345 xxr 9 LC xvart, 39: x1x, 38). 6. Mc: xxx, 35-37 (Mr. xx, 41-45; La. xx, 41-44), LRCEM EE 5 8. Mr. xx, 28 (Lc. xxnr, 30).

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A. Lois. — Les Évangiles synoptiques. 16

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semble pas sêtre attribué de fonction spéciale : Dieu seul. est souverain des vivants et des morts. Tout au plus le Christ se prése

égard, ont mérité la récompense ou le châtiment éternels!. I est évi dent que ce rôle n'a rien d'indispensable : c'est un propos figuré, un moyen oratoire, non une intervention caractéristique du Messie.

Selon la mesure où la conception du règne de Dieu est spirituelle, la conception de la royauté messianique l’est également: selon la mesure où l'idée du règne est nationale, celle du Christ l’est aussi. C’est pourquoi Jésus se dit roi des Juifs : il ne s’est pas dit roi de l'humanité? quoique d’ailleurs l'institution du règne et l'intronisation du Messie soient des faits qui importent au genre humain, et non aux seuls enfants d'Israël. Quant aux spéculations apocalyptiques sur la lutte personnelle du Christ avec Satan, et aux spéculations philosophiques sur la Sagesse divine et ses manifestations, on peut les dire étrangères à la pensée du Sauveur.

Comme roi messianique, Jésus sera vicaire de Dieu; tant qu'il prêche l'avènement du royaume, il n’est pas encore entré dans sa fonction providentielle, ni par conséquent dans le rapport où cette fonction doit le mettre à l'égard du Créateur. Il va de soi que sa propre condition devait changer tout autant, à proportion, que celle de tous les prédestinés au royaume ; lui-même, en vérité, n’était pas plus Christ que ceux qui croyaient à sa parole n'étaient actuellement citoyens du royaume céleste ; à aussi bien qu'eux, il espérait du Père l'accomplissement des promesses ; en attendant, il se comportait en fils, pratiquant lui-même l’absolue ; confiance qu'il recommandait à ses disciples comme le premier et l’on peut = dire l'unique devoir envers Dieu. Prise en soi, cette confiance ne constituait pas un privilège du Messie, ni le titre spécial de la filiation messianique ; c'est, à dire le vrai, l'esprit de l'Évangile, souverainement actif et

dominant dans l’âme de celui qui apportait l'Évangile à Israël; lui aussi

méritait sa place dans le royaume céleste par sa foi au Dieu tout-puissant et miséricordieux. Cette confiance faisait le caractère purement religieux et moral de sa vocation dans le présent, puisqu'elle excluait l'emploi de tout moyen humain pour en procurer la manifestation et l'accomplissement. Elle fait ainsi partie de la conscience messianique, el l'on peut dire qu'elle lui est essentielle, bien qu'elle ne soit pas le trait proprement messianique et personnel de cette conscience.

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