ou xIV
mir est grand, quoique ses débuts soient chétifs. On ne peut mieux le comparer qu'à un grain de sénevé : il n'y a pas plus petit grain; mais quand il a poussé, il dépasse toutes les plantes potagères el ressemble à un arbre !. Le royaume est aussi comme le petit morceau de levain qui fait fermenter toute une masse de pâte*. Dans ces deux cas, la fin semble tout à fait disproportionnée au point de départ : tel est le rapport du royaume à l'Évangile. Comment s'opère le travail du développement qui fait de la petite graine un arbre, et avec un peu de levain une masse de pain, c'est le secret de Dieu. Le laboureur sème son blé; quand il l’a semé, 1l s’en retourne chez lui et vaque à ses occupations ; le blé pousse sans qu'il sache comment; l'homme vient à son champ pour la moisson *. Relativement au royaume, l'Évangile est le grain auquel Dieu seul donne accroissement ‘, et c’est de Dieu que dépend le temps de la récolte *. Quand ce temps sera venu, il se trouvera que la semence a été perdue pour beaucoup. et qu'elle aura profité en d’autres 6. C'est le cas de dire : beaucoup d’appelés, peu d'élus 7.
Nonobsiant l'humilité de son commencement, car il n'est pas question d'obstacles, le royaume viendra dans sa grandeur et dans sa gloire. Jésus ne veut rien enseigner de plus: il ne s'arrête pas à faire ressortir la nécessité d'un intervalle et d’un développement graduel entre le début et la consommation du royaume. Les exemples choisis, blé et sénevé qui poussent en quelques mois, levain qui produit son effet en quelques heures, montrent que la comparaison porte sur l'Évangile et le royaume prochain, non sur l'Évangile et son progrès indéfini en ce monde. Ni les miracles de la toute-puissance ne sont étrangers à la perspective de l'avènement, ni les conditions morales de cet avènement en ce qui concerne les individus ne sont visées. La parousie semble prochaine dans ces paraboles, sans que l’on ait égard à la mort du Christ comme condition intermédiaire. Partout le Sauveur annonce en prophète 8 le prochain accomplissement du royaume, dont le présent pourrait faire douter; il n'envisage pas en philosophe les conditions normales et indispensables d’un mouvement à réaliser dans l’histoire ultérieure de l'humanité.
Le christianisme est donc entré dans le monde comme un message de
4. Mc. 1v, 30-32; Mr. x, 34-32; Loc. xrrr, 18-19. 2. Mr. x. 33; Lc. xrrr, 20-21.