‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 288 sur 807 · V: 19. ’Iwono 0 o ave avzñs. CE. v · texte numérisé non relu

V: 19. ’Iwono 0 o ave avzñs. CE. v

2. dixaoc dv zxai un 0élwy aùtnv deryuatioat, ÉBouAdün Adbpx aroAïoat adtrv. « Juste » n’est pas synonyme de « bon », et déxatos n'est pas pour expliquer à délwy (comme l'entend Ss. : « parce qu'il était juste, il ne voulut pas », etc.) mais les deux expliquent le projet de Joseph, et l'on peut dire que ôtxatos prépare aroAdoa, tandis que uï 0éAwy ztÀ. rend raison de Adbpa.

divorce, accompli avec la formalité ordinaire du certific une convention amiable! : puisque les fiancés ne sont encore ensemble, le renvoi ne peut s'entendre que de la rupture légale des fiançailles, et le secret ne consiste pas dans l'absence d'un écrit indispensable pour garantir la sécurité de la fiancée répudiée aussi bien que l'honneur du fiancé, mais dans l'absence d'une divulgation et d'une dénonciation de l'adultère présumé, qui perdraient celle qui en serait l'objet. Il est vrai que la situation ne manque pas d'invraisemblance, et que le secret touchant le motif de la séparation ne pouvait être gardé longtemps : néanmoins le texte fait entendre que Marie, bien qu'enceinte, aurait pu être répudiée par Joseph sans diffamation publique.

Mais avant que le fiancé outragé eût mis son projet à exécution, un ange de Dieu lui apparut pendant qu'il dormait ?. Les anges de Matthieu, qui interviennent souvent dans ces deux premiers chapitres, sont anonymes : 1ls sont pris dans la quantité innombrable des messagers célestes qui exécutent les volontés du Seigneur: on n'a pas pensé à mettre en scène, comme dans Luc, pour cette histoire messianique, le grand archange qui est venu expliquer à Daniel la prophétie des soixante-dix semaines. Dans l'Ancien Testament, les songes sont un moyen de communication dont Dieu se sert avec des gens du commun, qui ne sont pas favorisés de l'inspiration prophétique”. L'ange appelle Joseph fils de David, comme il convient dans un discours où il va être question du Messie, et où l'on va recommander Jésus à la paternité légale de Joseph. Que celui-

{. Maldonat, Mever, B. Weiss, Schanz, etc.

2. V. 20. idoù &yyshos zvgtou xa7° Ovae ioxvn air. Cet « ange du Seigneur » n'est pas le 17° 4x0 de l'Ancien Testament, qui est une apparition sensible de labvé; et la locution elle-même, comme les formules analogues de Luce dans les récits de l'enfance (temple du Seigneur, servante du Seigneur, etc.), semble appartenir plutôt au langage hellénistique qu'à l'araméen parlé au temps de Jésus, Cf. Darmax, 1, 150. Il est assez oiseux de discuter si 27° ÿvae (Dôna) signifie le moyen ou le moment de la manifestation divine : car l’évangéliste ne distingue pas l'un de l'autre : la communication se fait pendant le sommeil de Joseph, mais l'ange n'éveille pas le dormeur: tout se passe dans une vision desonge : les commentateurs qui trouvent qu'un songe n'aurait pas sufh pour décider Joseph (Scnaxz, M1. 85) sont plus exigeants que l'évangéliste. BCE. Gex xx oué: xxvint, 42: EMRors 1, 55 JOB, xxx 0e MISE Jo-tarr 4: Se rappeler aussi les songes prophétiques de Pharaon dans l'histoire de Joseph, et de Nabuchodonosor dans Daniel.

ei ne craigne pas de donner suite à ses prenantfiançailles en Marie chez lui en qualité d'épouse, car elle n'est coupable d'aucune offense envers lui : le fruit qu'elle a conçu est de l'Esprit divin.

Que cette explication doive suffire à Joseph; que celui-ci ne puisse avoir aucun doute sur l'obligation qu'ou lui impose; qu'il n'hésite pas à se comporter comme le père d'un enfant qui ne lui appartient pas, cela va de soi pour l'auteur, et il faut que cela soit admis sans discussion pour que le récit tienne. Joseph regardera comme sien l'enfant qui va naitre, et il lui donnera le nom que l'ange lui indique, à savoir Jésus ?. L'ange révèle à Joseph la raison de ce nom : le fils de Marie s'appellera Jésus, « le Seigneur sauve », « parce qu'il délivrera son peuple », c'est-à-dire les enfants d'Israël, de leurs péchés *. Le grand obstacle au salut messianique sont les péchés du peuple ; Jésus sauvera le peuple non seulement des maux qui sont la suite du péché, mais du péché même, en prêchant la pénitence, en amenant la conversion des pécheurs, en préparant par sa mort l'avènement du règne de Dieu.

Un des traits caractéristiques de Matthieu est l'emploi fréquent de passages de l'Ancien Testament qui sont allégués comme contenant la prédiction des fuits évangéliques. On en trouve ici le premier exemple #. La citation n'est pas à mettre dans la bouche de l'ange, car ces applications de textes sont faites généralement par le narrateur el s'intercalent comme des remarques dans le récit. La formule ordinaire d'introduction : « Et ces choses arrivèrent pour que la parole du prophète fût acomplie » °, ne permet pas de dire que Févangéliste ait saisi seulement un rapport d'analogie entre la

4. nu 2080 zapahafGeiy Maguan = yovaixd oov 70 yap èv avt} yevyn0èv 2x zysdua- Tûc Eotty &œytov. « Prendre » s'entend ici au sens de prendre avec soi comme femme ; mais =7v yuvaixx so est en apposition avec Map:au, désignée à Joseph comme sa femme à raison (les fiançailles, et ne complète pas la signification de zapahafsiy. Le neutre y:»10& désigne l'embryon; x rvebuaros s'entend comme au v. ÎS.

DUN: 21. réfszai 0 viov, xai xasozte c0 ovoua auroù Inoodv. Cf. Le. r, 31; 1, 24. Ss. : « et elle l'enfantera un fils ».

3, avr0c Jap swset TOY AaOY aUroD 470 Toy œuaptioy avtov. Cf. Acr. 1v, 10, 12, et l'addition ei azesty auapruy dans Mr. xxvi, 28.

#. I y en a quatorze dans tout le livre.

5. V. 22, zoo 0> Gkov yéyovev tva 7Anpm0ÿ =0 Én0èv ro zvctou O1x =oÙ zpoprou Àcyov-

des prophéties directes ont par eux-mêmes un autre objet auquel la citation se rapporte dans son contexte primitif. La nn exégèse s'efforçait de trouver que les citations étaient faites dans le

sens même des auteurs cités, et, quand l'évidence était trop forte "% Ê contre cette identité, la distinction du sens littéral et du sens spiri=

tuel ou typique arrivait à propos pour expliquer la divergence. Bien que cette distinction ait son point de départ dans l'Écriture ellemême, l'historien ne peut en faire usage pour les cas dont il s’agit, parce que les évangélistes, et surtout Matthieu, ne semblent pas y avoir songé. Les formules de citation ne suggèrent pas l'idée d’un sens accommodatice ou figuré, mais d'un sens propre et littéral, au jugement de celui qui fait la citation, le sens primitif et réel des passages en question étant simplemeni ignoré, non supposé derrière celui qu'on propose. Ilestadmis, sans autre examen, que les Ecritures sont pleines de mystères, et qu'elles se rapportent tout entières au Messie ; l'on n'a aucun souci de ce qu'elles ont pu signifier pour leurs rédacteurs et leurs premiers lecteurs. Dès qu'il s’y rencontre un passage qui peut s'adapter à un fait connu de la vie du Christ, à l’idée qu'on se forme de sa mission et de ce qui convient à sa dignité, on le prend sans égard au contexte, comme une prédiction absolue de la réalité évangélique. Les principes et la méthode sont ceux qui étaient en honneur chez les rabbins ; Jésus et les premiers prédicateurs du christianisme n'ont fait que les appliquer selon qu'il importait à leur enseignement. Mais il ya lieu de se demander quelquefois si c'est l'Évangile qui a prévenu et provoqué l'application, ou bien si ce n'est pas le texte de l'Ancien Testament qui a influencé et enrichi la tradition évangélique.

Le passage d'Isaïe que l'évangéliste et la tradition chrétienne après lui rapportent à la conception virginale de Jésus est cité librement d’après le grec des Septante !. Le sens de l'original n'est

1. Is. vir, 14 (LXX, B}). idoù raoûévos iv yaszot Anherar nat rékerar Liv, xal a he gets ro ôvoux a070ÿ Euuavourà. Matthieu lit Æz: (cette leçon se trouve dans plusieurs mss. des LXX, et les deux verbes sont employés couramment, avec ëv yaotoi, pour traduire l'hébreu 59), peut-être parce que ce mot convient mieux que ÀAxYet21 à la conception virginale ; il lit zxhësousuy au lieu de xakoere, pour l’accommodation du texte, parce qu'on ne verrait pas dans la citation à qui le prophète s'adresse ; mais il y a comme une anticipation de xak£osts dans le discours de l’ange, v. 21.

es Ë ; :

pes tout à fait clair, mais il l’est assez pour qu'on puisse le dire autre que celui de l’évangéliste. Le prophète montre FAchaz, roi de Juda, menacé par Phacée, roi d'Israël, et Razin, roi de Damas : il veut le rassurer au nom de lahvé, etil lui donne un signe : « Voici la jeune femme! enceinte : elle donnera le jour à un fils, et elle l’appellera Emmanuel... Car avant que l'enfant sache rejeter ce qui est mauvais, et choisir ce qui est bon. le pays dont tu crains les deux rois sera désolé. » La prédiction est à courte échéance. et le

signe donné par Isaïe n'est pas un miracle : un enfant qui doit

naître bientôt pourra être appelé « Dieu avec nous », parce que

lahvé délivrera Jérusalem de ses ennemis avant que l'enfant ait l'usage de la raison. Le mot hébreu 4/ma ne signifie pas vierge, mais jeune personne d'âge nubile : il se rapporte à l'âge, non à la condition du sujet *: mais quand même la a/ma d'Isaïe aurait été vierge *, le texte ne signifierait pas qu'elle a dù rester vierge en devenant enceinte. On chercherait vainement dans l'interprétation messianique un signe pour Achaz, et Jésus ne peut pas être l’enfant dont la naissance et les premières années correspondent au temps où le roi d'Israël et le roi de Damas seront vaiucus par les Assvriens. L'évangéliste a donc appliqué à la conception de Jésus un texte, qui, dans la pensée d'Isaïe, avaitun {out autre objet. Le texte d'Isaïe est messianique, parce qu'il fait valoir la protection de Iaihvé sur son peuple. Matthieu le prend pour tel, parce qu'il a trouvé dans le grec le mot « vierge ». et qu'il a identifié cette vierge avec Marie : 1] a été amené ainsi à identitier Emmanuel avec Jésus. et d'autant plus facilement que Jésus « Dieu sauve ». est l'équivalent d'Emmanuel « Dieu avec nous ». Jésus est celui par qui Dieu se rend présent à son peuple en le sauvant. Inutile de dire

non 11. La ponctuation massorétique suppose que AN7E est à lire comme troisième personne du féminin : « elle appellera », et le contexte favorise cette lecture. La seconde personne du masculin aurait plus de vraisemblance si la 7197 était femme d'Achaz, mais cette hypothèse est gratuite.

2. Le nom peut désigner une jeune fille (Gex. xx1v, #3 : Ex. 11, 8), une jeune femme (Caxr. vi, 8) et mème une prostituée (Prov. xxx. 19}. Le mot hébreu qui Signifie vierge n'est pas mOÿY, mais 79n2. Bien que les Pères en aient été scandalisés, l'interprète Aquila avait eu raison d'employer ici le mot vsävte.

3. Ce n'est pas le cas, vu que la 5297, peut-être une jeune femme quelconque, à qui le nom de 529% peut convenir, est supposée enceinte au moment où le prophète parle.

A. Loisx. — Les EÉvangiles synoptiques. 22

Hi:

LR sr. À. 22

que l’évangéliste, en citant et expliquant le nom d'Er ne songe pas à l'incarnation du Verbe. Il interprète | parce qu ‘il s'adresse à des lecteurs qui ne savent pas l'hébreu : mais l’étymologie correspond à celle du nom de Jésus, elle se rapporte à la mission du Christ, non à la constitution de son être.

I n'y a pas lieu de s'étonner que certains critiques, en voyant l'insistance qu'a mise Matthieu à faire valoir la prophétie, et la façon dont il adapte son récit même au texte d'Isaïe, aient pensé que la prophétie avait non seulement créé le récit, mais l'idée de la conception virginale !. On ne peut nier que, de très bonne heure, le passage d'Isaie soit devenu comme l'argument traditionnel de la croyance, au point que Justin, par exemple, suivant en cela Matthieu lui-même, semble presque prouver la croyance par la prophétie, plutôt que par la tradition évangélique ?. Mais il est malaisé de comprendre comment le texte prophétique, même dans le grec, aurait suggéré l'idée de la conception virginale à quelqu'un qui ne l'avait pas encore. L'application était facile dès qu'on avait lidée. et elle pouvait même contribuer à la fixer : mais encore fallaitil être préparé à entendre ces mots : « la vierge concevra », comme s'ils signifiaient : « elle concevra en restant vierge » *.

Pour rendre l'hypothèse plus acceptable, on a fait appelau symbolisme du langage apocalyptique ‘. La femme de l’Apocalypse? est l'Israël spirituel, et elle est la mère du Messie ; elle est la vierge fille de Sion; le Christ était le fils de cette vierge mère ; en réahsant cette métaphore, que l’on avait commencé par retrouver dans

le texte d'Isaïie, on aurait pensé que Jésus avait dû naître, était né

de Marie vierge. Ce symbolisme n'est pas niable : il existe dans

Page 1