NB, Ss. et mss. lat
3. Voir Were, 190, où l'on établit nettement que, si Matthieu n'a pas eu de source écrite, il n'a pas inventé la matière de son récit. Cf. supr. p. 140.
EL
nd UT TE
LUC, 11, 1-39 ja
Matthieu, on vient de le voir, ne s’est pas arrêté à décrire en détail De: les circonstances dans lesquelles est né le Christ. Lue a voulu Me. avoir un récit aussi complet pour Jésus que pour Jean-Baptiste.
ei Luc, nu, 1. Et il advint, en ce temps-là, que parut un édit de César- Auguste, pour le recensement de l'univers entier : 2. c'était le premier recensement, Cyrénius étant gouverneur de la Svrie ; 3. et Lout le monde allait se faire enregistrer, chacun dans sa ville: 4. et Joseph aussi vint de la Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David qui est nommée Bethléem, parce qu'il était de la maison et de la famille de David, 5. pour se faire enregistrer avec Marie, sa femme, qui était enceinte. 6. Or, pendant qu'ils étaient là, le terme où elle devait enfanter arriva, 7. et elle enfanta son fils premier né, et elle l’enveloppa de langes el le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place dans le logis. 8. Et il y avait, dans la même contrée, des bergers qui étaient dans les champs, veillant la nuit sur leur troupeau ; 9. et un ange du Seigneur parul auprès d'eux, et une clarté du Seigneur resplendit autour d'eux, el ils furent saisis d’une grande frayeur; 10. et l'ange leur dit : « N'ayez pas peur, car je vous annonce une grande Joie qui sera pour tout le peuple : 11. c'est qu'il vous est né aujourd'hui un sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. Et ceci vous sera le signe : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. » 13. Et lout à coup il + eut avec l'ange une troupe nombreuse de l'armée céleste, louant Dieu et disant : 14. « Gloire dans les hauteurs à Dieu, et sur la terre paix aux hommes (ses) élus ! » 19. Et quand ils les eurent quittés (pour rentrer) dans le ciel, les bergers se dirent entre eux : « Allons donc à Bethléem, et voyons cette chose qui est arrivée, que le Seigneur nous a fait savoir ». 16. Et ils vinrent en toute hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et l'enfant couché dans la crèche : 17. et l'ayant vu, ils racontèrent ce qui leur avait été dit touchant cel enfant : 18. et tous ceux qui les entendirent s'étonnèrent de ce qui leur était dit par les bergers: 19. mais Marie retenait loutes ces
paroles, les méditant dans son cœur; 20. et les bergers s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tont ce qu'ils avaient entendu et vu, selon qu'il leur avait été dit.
La donnée chronologique placée, avec une sorte de complaisance, par l’évangéliste en tête de ce récit, a créé beaucoup d’embarras aux commentateurs. Un recensement général de l'empire romain aurait été prescrit par Auguste, et ce recensement. exécuté en Judée par les soins ou du temps de Cyrémius, plus exactement Quirinius, légat de Syrie, aurait amené à Bethléem Joseph et Marie, parce que Joseph, descendant de David, était obligé de se faire enregistrer en cet endroit. Or, s'il est vrai que l’empereur Auguste a fait faire à diverses reprises le recensement des citoyens romains, il paraît également certain qu'il n’a jamais fait exécuter un recensement universel et simultané de l’empire. Quirinius, au rapport de Josèphe !, a fait en Judée un recensement qui provoqua une sédition, la mesure étant nouvelle et blessante pour le sentiment religieux et patriotique des Juifs. Luc lui-même en parle dans les Actes, rappelant aussi la révolte de Judas le Galiléen, et il dit « le recensement », comme sl n'y avait pas moyen de se tromper sur le fait en question ?. Mas ce recensement eut lieu après la déposition d’Archélaüs, hils d'Hérode, en l'an 6 de notre ère: et si c'est par cet évènement que Luc veut dater la naissance du Sauveur, il contredit Matthieu et se contredit lui-même, puisqu'il rapporte au temps d’'Hérode la naissance de Jean-Baptiste et la conception de Jésus. Hérode étant mort au printemps de l'an # avant notre ère, il y aurait entre les deux dates un écart de dix années environ.
Les découvertes archéologiques n’ont pas résolu cette difficulté. Une inscription fragmentaire trouvée à Tibur, en 1704, et décrivant la carrière d’un personnage qui a été deux fois légat en Syrie, peut appartenir à Quirinius*; dans cette hypothèse, la première légation se placerait entre les années 3 avant et 3 après Jésus- Chnist : elle serait déjà postérieure à la mort d'Hérode et coïnciderait avec l'administration d’Archélaüs. Le recensement n’aurait donc pas été effectué par les autorités romaines, et, s'il
RAI 13 SE XNA ME 229 KR XNS Bell yud LS 4.
2. Acm. v, 31. avécen ’Iovdac 6 l'aktAuïos v taïs quépars zic ar 0ypa515. >:
CF. Mommsen, Res gestae D. Auqgusti?, 161-182.
recensée pour la Neue tous bre quatorze PU. ; mais pen n'est pas la Syrie, surtout la Judée. On se heurte de toutes parts à des impossibilités. Luc parle d'un recensement universel de l'empire. exercé par l'autorité romaine, en Judée, censée province romaine. Par conséquent le recensement dont il s'agit est bien celui dont parlent Josèphe et les Actes, qui eut lieu par l’ordre de Quirinius, après la déposition d’Archélaüs, pour l’incorporation de la Judée à l'empire. Or ce recensement était particulier à la Judée ; il n’atteignait pas Joseph, qui, à Nazareth, était sujet d'Hérode Antipas : et quand il eut lieu, Jésus, d’après Matthieu et le premier chapitre de Luc, avait au moins dix ans.
La façon dont le recensement est compris touche au comble de l'invraisemblance : car si tous les habitants de l'empire avaient dû se transporter dans l’endroit qu'habitaient leurs ancêtres mille ans avant l'ère chrétienne, jamais on n'aurait vu pareille migration de peuples. En supposant même que le dénombrement se soit pratiqué pour les Juifs selon les groupements généalogiques, il n'était
possible ni expédient de remonter si haut. Y avait-il done à Bethléem un registre de la fanulle davidique, régulièrement tenu depuis le temps d'Isai, d’Obed et de Booz? La présence de Marie n'était aucunement nécessaire, bien que l'évangéliste semble presque le dire : mais c'est elle qu'il fallait amener à Bethléem, afin que Jésus naquit dans la ville de David, conformément à la prophétie de Michée et à la foi commune des Juifs. C’est de ce côté, non du côté de l’histoire, que la combinaison de Luc peut trouver une explication plausible.
Partant de la prophétie selon laquelle le Christ déyait naître à Bethléem, Matthieu y a domicilié les parents de Jésus : il n’a done pas besoin de les y amener: mais il sera forcé de dire pourquoi on les trouvera plus tard à Nazareth. et c'est à quoi servent le massacre des enfants de Bethléem et la fuite en Égypte. La tradition suivie par Luc maintient les parents de Jésus à Nazareth: mais, pour faire droit à la prophétie. elle a été contrainte de dire comment Jésus avait pu naître à Bethléem. On aurait tort de chercher comme base du récit quelque opération statistique dont Hérode aurait pris
1. Ramsay, Was Christ born al Bethlehem ‘ap. HorcrzMaxx, 316).
ddl
i iative, ou qui
lui aurait été demandée par l'autorité impériale.
Letexte ne parle pas d'Hérode, mais de Quirimius, et pour arriver à
celui-ci, on n'a pas eu besoin de passer par celui-là. C'est parce qu'il était Messie, fils de David, que Jésus devait naïtre à Bethléem : il fallait une raison qui eùt obligé Joseph. fils de David. et avec lui Marie, et avec Marie Jésus. à se rendre à Bethléem: et quelle raison pouvait se présenter plus naturellement à l'imagination chrétienne que celle d'une inscription des davidides au siège traditionnel de leur race ? La fanulle de David ne pouvait être dénombrée sans les autres : il avait donc fallu un dénombrement de toutes les familles. Or il y avait un dénombrement qui était resté dans toutes les mémoires, le premier recensement, celui de Quirinius : c'était le recensement de Quirinius qui avait fait venir Joseph et Marie à Bethléem, et c'est ainsi que Jésus y était né. De ce qu'avait été en fait ce recensement, on n'avait plus guère de souvenir précis, mais on parlait toujours du recensement et de Judas le Galiléen.
L'évangéliste a dù trouver ce récit tout fait et même écrit, comme les précédents, bien que l'origine en soit probablement distincte. Mais on peut se demander si, dans la source, le recensement de Quirimius n'était pas limité à la Palestine, et si ce n'est pas le dernier rédacteur qui a écrit « tout l’univers », au lieu de « tout le pays ». afin de proportionner le cadre à la naissance du Sauveur du monde. Quoi qu'il en soit. ce qu'il convient de rechercher dans cette histoire de recensement universel est la pensée de la tradition évangélique. non les circonstances réelles d'un fait qui aurait sa place marquée parmi les événements du règne d'Auguste.
D'après le sens naturel de la phrase, un recensement universel de l’empire a été prescrit par Auguste ! : ce recensement est pratiqué en Syrie sous la direction du gouverneur (Juirimus, et c’est le premier recensement ?, celui qui est resté dans toutes les mémoires,
1. V. 4. iyivezo O2 2y =ais quiouts Ircivars SETAGey Goyuz raca Kaïsacos \Syoësson A7 0YH40E5at FAGA TN 0OUUÉVT,Y.
:y270 Tysuovedovtoz is Yuotzs Kosnsios. La plupart des mss. onciaux ont l'article % devant 4702425: NBD l'omettent: K lit Eyevezo zown; D, 2571 iyivezo aroysasr ren. Ss. « et ce fut le premier recensement ». TERTULLIEN, Marc. IV, 19, rectifie l'indication de Luc, en disant : « Census constat actos sub Augusto nunc in Judaea per Sentium Saturninum. » La légation de S. Saturninus se place 9-6 av. J.-C.
2 V. 2. aurn aroyoaon 790 à
pas sans quelque subtilité qu’on veut extraire a texte l'idée de CA Fe plusieurs recensements exécutés par les ordres du même gouver-
neur Quirimius !; et il est tout à fait arbitraire de traduire : « ce fut le premier recensement avant que Cyrénius fût gouverneur de Syrie ? ». Le recensement est dit premier, parce que, du point de vue juif et palestinien, il n’y en avait pas eu d'autre auparavant ; mais l’auteur n'a pas eu la connaissance distincte d'un nombre déterminé de recensements qui auraient eu lieu ensuite. Comme la perspective ouverte sur le monde s’est rétrécie aussitôt sur la province de Syrie, on peut croire qu’elle se restreint à la Palestine et à la population juive lorsqu'il est dit que « tous allaient se faire enregistrer, chacun dans sa ville* ». Ce qu'il faut entendre par la ville de chacun, résulte de ce qui est dit à propos de Joseph.
Le recensement romain, comme tout recensement ayant pour objet de réglementer l'impôt, se serait fait pour chaque individu au lieu de son domicile. On procède ici, non pas précisément à la juive, mais selon une conception juive de dénombrement par groupe familial, où chacun devrait être catalogué d'après sa souche généalogique, et inscrit au lieu où habitait l'ancêtre de sa famille. Moyen peu pratique, et qui oblige à déterminer arbitrairement l'ancêtre et l'endroit qui serviront de point de départ. Dans le cas présent, l'ancêtre est David, et l'endroit Bethléem, pour les raisons qui ont été dites plus haut: l’on ne s'inquiète pas de la difficulté qu'il x aurait eu pour la masse des Juifs à retrouver leur arbre généalogique, le nom de l'ancêtre contemporain du fils d’Isaï, et la patmie de cet ancêtre oublié depuis des siècles. L'auteur semble croire que les généalogies de la Chronique auraient permis à tous les Juifs de se débrouiller dans ce chaos. On n'aurait pu s'en tirer qu'en créant à chacun une généalogie fictive, comme la tradition l'a fait pour Joseph. La ville de celui-ei n’est done pas Nazareth, où il habite, et où sa famille habitait probablement depuis plusieurs générations,
1. J. Wuiss, 323. C'est l'interprétation rigoureusement grammaticale du passage ; mais la construction parait embarrassée, et la tradition du texte n'est pas très sûre.
2, Divers auteurs, ap. J. Werss, loc. cil
“ ‘ LES , , ù , n “ , x . e [E 3. V. 3. za! 2700:%0v7t0 7 ÂvTEs 2T0Y2X923)2t, 2225505 El TV ÉXUTOI TOÀUW.
2 L'érémt et: db The
ns Les C” rÉ nm à 5 *
mais Bethléem, puisqu'il est « de la maison de David », et que David lui-même était de Bethléem.
Joseph se transporte à Bethléem, et 11 ny va pas seul: il emmène avec lui Marie sa femme, qui était enceinte. Que Marie vienne aussi pour se faire enregistrer, ou pour accompagner Joseph, le texte ne le dit pas nettement !. Le narrateur est préoccupé de rendre la présence de Marie vraisemblable ou même nécessaire : 1l y réussit en associant Marie à Joseph : mais il ne s'avance pas Jjusqu'à dire qu'elle ait été obligée de se faire inscrire à Bethléem, et cette réserve s'explique par deux raisons : il a pensé sans doute que l'obligation du recensement n'atteignait pas la femme, et que. si Marie avait dû se faire inscrire, elle ne serait pas venue à Bethléem : car on s'abstient ici encore, et cette réserve est assez significative, de dire qu'elle ait appartenu à la famille de David *. On la croit donc toujours d'une autre origine, de la maison d'Aaron, comme dans le précédent récit. Mais il est à noter que l'on parle de Nazareth, de Joseph et de Marie, comme s'il n'en avait pas été question et qu'on düt les présenter au lecteur. Cette particularité ne prouve pas que les deux récits n'aient pas été puisés à la même source par l'évangéhiste, mais elle ferait supposer que la source avait recueilli, sinon deux documents, du moins deux histoires traditionnelles, mutuellement indépendantes, qui s'étaient formées pour répondre à deux questions particulières : en quelles circonstances Jésus a-t-1l été concu et révélé comme Messie à ses parents ? comment le Christ, Jésus de Nazareth. a-t-il pu naître à Bethléem ?
Les plus anciens manuscrits ? appellent encore Marie « la fiancée » de Joseph : d’autres témoins tout aussi anciens l’appellent sa
JON 4 2yifn 0 za ’Jwoms.…… dix 0 civat adzoy 2E 0200 ai razgiäs Aausrd, 5. 2zoyoxbachar sov Maçtau 55 uvnszsvuivn 2076, 02on 2yxd.
2. Ss. « Et Joseph aussi vint... lui et Marie sa femme, qui était enceinte, pour qu'ils fussent enregistrés, parce qu'ils élaient lous les deur de la maison de David. » Cette lecture doit provenir du Diatessaron, car Aphraates et S. Éphrem la citent comme évangélique (Rescu. Æindheïlser. 77). D construit la phrase de la mème manière, transposant 2:2-\av::à après &yxw, mais il garde le singulier 4370%.
3. NBCD L. Le Protévangile de Jacques (xx, !, dialogue de Joseph avec la sage-femme) parail supposer cette leçon (usuvnszsuuir =
1, YENIOGA 29 TO GANALUO: AA!
SU SRE
re LE = 30 YOVT); AA! EirO0V AUTT' .... OU à
de l’évangéliste, qui, si c’est lui qui à introduit dans le chapitre
précédent les deux versets relatifs à la conception virginale, pour=.
rait employer ici le mot « fiancée » dans le sens très spécial d’épouse vierge, que suppose la leçon composite « épouse-fiancée ». Il serait absurde de supposer que Joseph et Marie ne sont pas encore époux au moment où naît Jésus. La leçon « fiancée », st elle est primitive, ne pourrait donc être prise par l’évangéliste selon sa signification ordinaire, mais elle voudrait caractériser le lien qui unit deux époux vivant dans la continence.
Il est superflu d'ajouter que Marie, sur le point d'accoucher, n aurait pas dû quitter sa maison pour entreprendre, sans nécessité, un voyage assez long et pénible. Elle se conforme à une nécessité providentielle qui doit prévaloir sur les vraisemblances de la situation. D'ailleurs l'évangéliste reste dans le vague ; il ne dit pas que le terme de Marie arriva le jour même où les deux époux mirent le pied à Bethléem ‘: l’on peut croire, si l'on veut, qu'ils y étaient depuis quelques jours, et que l'affaire du recensement ne devait pas se régler pour Joseph en quelques minutes. Tous les deux avaient reçu l'hospitalité dans une maison particulière; mais il y avait là tant de monde qu'ils n ont pu trouver place dans le logis,
et que Marie, avant mis au jour son fils premier né, doit, après
l'avoir enveloppé de langes, le coucher dans une crèche”.