XL OS
dans la pensée des évangélistes, la ET ne se rappo te seulement à la prédication de Jean considérée en elle-même,
encore au lieu où elle s'est produite : « Une voix crie ES le ; désert. » On à vu dans « le Seigneur » le Christ, et, pour la facilité
de l'application, on a lu « ses sentiers », dans le second membre de la citation, au lieu des « sentiers de notre Dieu! ». Ce procédé montre que, si l’on n'hésite pas à donner au Christ le nom de « Seigneur », on ne veut pas pourtant l'identifier simplement à Dieu. Luc à continué la citation d'Isaïe, toujours d’après les Septante,
dont il abrège un peu le texte, afin d'amener la conclusion : «et.
toute chair », c'est-à-dire tout homme, « verra le salut de Dieu ». Le prophète développait son idée : il faut qu'une belle route, bien unie et nivelée, soit tracée dans le désert pour le retour triomphal des exilés ; tout l'univers sera dans l'admiration de ce que le Seigneur fait pour son peuple. Pour les évangélistes, la préparation du chemin est la réforme des mœurs: l'abaissement des hauteurs signifie pour Luc le nivellement des conditions: le salut d'Israël devient celui du monde, et le genre humain ne fait pas que le voir, il en jouit. Matthieu et Luc ont déjà trouvé la citation d'Isaïe dans Marc; en la déplaçant, ils corrigent l'incohérence de sa rédaction; mais Matthieu ne réussit qu'à couper maladroitement le récit, tandis que Luc fait de ce récit abrégé une introduction au texte prophétique.
Marc et Matthieu parlent comme si Jean était déjà connu de leurs lecteurs, et que l’épithète même de « Baptiseur * » leur fût familière. Luc prend plus de précautions : il néglige l’épithète, qui ne fait pas ressortir la qualité du nouveau prophète, et 1l a soin de rattacher la prédication de Jean au récit de sa naissance, en disant : « Jean, fils de Zacharie * », quoique la tradition plus ancienne se soit abstenue de nommer le père du Précurseur. Le désert où Jean a prêché est le désert de Juda, à l’ouest de la mer Morte, et spécialement le désert qui aboutit à la plaine de Jéricho, vers l'embouchure du Jourdain. Cette région inculte n'était guère fréquentée que par des bergers nomades : mais la renommée de Jean lui amena
4. LXX, tas zptBous 505 Deoù quov. Évangiles, Ts <p{fovs avroÿ. 2. Mc. 4. 0 Bartov. Mr. 1. 0 farrioras. ‘
3. Cela fait aussi une conformité aux titres de prophéties supr. cit. p.385, n.2.
Lu id
Re
bientôt d'autres auditeurs; il eut le temps d’avoir des disciples, et sa prédication a duré sans doute plus de quelques mois. Les deux premiers Évangiles donnent à entendre qu'il demeurait ordinairement à proximité de l'endroit où le Jourdain se jette dans la mer Morte. et qu'on venait le trouver là. D'après Luc, il aurait voyagé le long du fleuve et prêché dans la vallée du Jourdain, en sorte qu'il semble aller chercher des auditeurs et non les attendre au désert. Ses démélés avec Antipas montrent qu'il a dû passer sur la rive orientale du Jourdain et séjourner en Pérée. Son costume rappelle celui d'Élie!. Le désert lui fournissait sa nourriture : certaines espèces de sauterelles qui servent encore aujourd'hui à l'alimentation des pauvres, et du miel sauvage, soit la gomme qui s'échappe de certains arbustes ? par les fissures de l'écorce, et que quelques auteurs ont ainsi appelée, soit le miel déposé par les abeilles dans les troncs d'arbres et les fentes de rochers, comme l’'entendent la plupart des commentateurs. Luc omet ces détails plus extraordinaires qu'édifiants pour les chrétiens de la gentilité.
Jean prêchait un baptême de pénitence pour la rémission des péchés. Le baptême, pratiqué par immersion dans le Jourdain, était le symbole du repentir et du changement de vie, l'homme ancien disparaissant dans l'eau purifiante pour en sortir et renaïtre à une vie sans tache. Les ablutions et les bains étaient prescrits en diverses circonstances par la Loi mosaïque, et la coutume des pharisiens en avait encore étendu l'usage, auquel s'attachait un sens religieux ; ce qu'il v avait de nouveau dans le baptème de Jean était moins l'acte lui-même que la signification spéciale qui lui était donnée. Le baptême des prosélytes, qui marquait la purification des souillures païennes, avait un sens analogue. Mais le baptême de Jean n'était pas affaire de rituel, ce n'était encore que le signe sensible de la repentance, et la repentance comme l'entendait Jean- Baptiste avait pour but d'obtenir la rémission des péchés en vue du royaume prêt à venir. Il fallait se reconnaitre pécheur, avec l'intention de mieux vivre désormais. L'aveu des péchés s'entend évidemment d'une confession libre, publique et d'un caractère général. Matthieu substitue à la mention du « baptême de péni-