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demander pourquoi Jésus avait reçu le baptême de repentance. Marc et Luc semblent avoir pensé qu'il suflisait, pour écarter la difficulté, de ne pas dire quil fùt venu le chercher, et de le montrer recevant le baptême de l'Esprit avec le baptême d'eau.
L'auteur du quatrième Evangile s’en est tiré en évitant de dire que
Jésus avait été baptisé par Jean. L'apocryphe connu sous le nom d'Évangile des Hébreux a trouvé un expédient analogue à celui de Matthieu : avant de quitter Nazareth, Jésus, invité par sa mère et ses frères à venir avec eux recevoir le baptême de Jean, répondait qu'il n'avait pas besoin de ce baptême, étant sans péché.
Des circonstances qui avaient accompagné le baptême de Jésus, la tradition apostolique ne savait qu'une chose, c’est que, dans cette occasion, Jésus avait été sacré par l'Esprit et la vertu de Dieu’. Au moment où il sortait de l’eau, il aurait eu une vision : la voûte céleste lui avait paru s'ouvrir, et l'Esprit divin était descendu d'en haut, sous une apparence sensible, comme une colombe, pour venir à lui; en même temps, il avait entendu la voix de Dieu qui l'appelait son Fils et son élu, c'est-à-dire son Christ.
Le propre des visions est de n'être pas définissables comme réalité. Autant il est facile de préciser la signification essentielle de celle-ci dans la plus ancienne tradition chrétienne, autant il est malaisé de déterminer ce qu'elle a été en fait et pour Jésus lui-même. Sans s'inquiéter de ce qu'avait pu être l'existence antérieure du Sauveur, les premiers prédicateurs chrétiens ont cru et enseigné que Jésus avait été investi de la dignité messianique, le jour de son baptême, par la venue de l'Esprit saint en lui, et par une déclaration céleste qui lui avait été signifiée à lui-même. C'est ce qui résulte encore très clairement du récit de Marc, où la vision et les paroles sont pour Jésus seul. Le baptême de Jésus aurait donc été un fait
1. Passage cité par s. JérdME (in h.loc.) : « Ecce mater Domini et fratres ejus dicebant ei : Johannes baptista baptizat in remissionem peccatorum ; eamus et baptizemur ab eo. Dixit autem eis : Quid peccavi, ut vadam et baptizer ab eo? nisi forte hoc ipsum quod dixi ignorantia est. » Ce peut être la mème préoccupation qui a induit plus haut (voir p. 304, n. 2) Matthieu à ne pas reproduire la formule « baptème de pénitence pour la rémission des péchés », quand il a présenté Jean-Baptiste (WeLLHAUSEN, Mt. 7).
2 ACT. x, 38. Incoëy +6v àr0 Nafapel, &s Eporsev, adroy 6 eos rvsduart Yi ai Suvauer. Dans le contexte, Pierre, qui prononce ce discours, se réfère explicitement au baptème de Jean. Cf. supr. p. 11, n. 4.
mission de Jean avec celle de Jésus, semble avoir également c: con densé en un seul point tout un travail psychologique dont elle n ‘était pas plus que nous en mesure d'essayer l'analyse. | Que Jésus ait trouvé dans son baptême la révélation décisive de son rôle messianique, et que la conscience de sa filiation divine se soit emparée de lui avec une force qu'elle n'avait pas auparavant et qu'elle ne devait plus jamais perdre, c'est ce que l’on peut considérer comme le fondement solide du récit traditionnel. Mais que cette révélation fût en toute rigueur la première, qu'elle n'ait pas été préparée par toute la vie antérieure de Jésus, et qu'elle n'ait pas été complétée ultérieurement, la tradition, au fond, ne l’a jamais pensé, et la critique ne peut l'admettre. La révélation du baptême n'a pu être adressée qu'à une âme disposée à la recevoir; d'autre part, la signification historique du récit de la tentation est que | Jésus a dû s'instruire encore des conditions providentielles de sa vocation ; et l’on peut dire que cette instruction progressive, qui résultait en partie de l'expérience, a continué jusqu'à sa mort. S'il était permis de risquer une hypothèse en matière si obseure, on pourrait dire que Jésus, dans l'humble maison de Nazareth, avait grandi en fils de Dieu, par la piété, par l'épanouissement de son âme pure sous le regard du Père céleste, sans que la préoccupation du grand rèle que le Fils de Dieu !, le Messie, devait jouer dans le monde, entràt d'abord dans le commerce intime de cette âme avec Dieu: cette préoccupation se serait fait jour plus tard, soit par la seule influence du messianisme commun, soit par le contrecoup de la prédication de Jean annonçant l'avènement prochain du royaume de Dieu; quoi qu'il en soit, la rencontre avec Jean est une circonstance tout à fait appropriée à la révélation définitive: c'est la, auprès du prophète qui se donnait lui-même comme le précurseur du Messie, ou tout au moins comme le héraut du royaume céleste, que Jésus, déjà fils de Dieu par la conscience intime de son union avec le Père céleste, eut l'intuition suprême de sa mission provi-
1. Weuruausex, Me. 6, observe à bon droit que le Messie est dit « fils de Dieu », comme Israël, en tant que son représentant. Il est faux que cette formule ait été conçue par Jésus lui-même et qu'elle soit l'expression personnelle de sa conscience filiale.
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| dentielle, et qu'il se sentit le Fils de Dieu, le Messie promis à Israël.
Comment il accomplirait cette mission, c'est ce que l'avenir devait peu à peu lui apprendre, et les conditions morales de son rôle sont celles qui lui sont apparues d'abord le plus nettement. Mais c'est comme Messie agent et introducteur du royaume céleste qu'il s'est décidé à prêcher l'Évangile, non comme prédicateur de la bonté de Dieu à l'égard des pécheurs.
La tendance, toute naturelle, de la tradition a été, ici comme ailleurs, à transformer en scène extérieure et en fait matériel ce qui a été surtout, et l'on peut dire uniquement, un phénomène intérieur que l'historien doit renoncer à décrire.
La vision même et la description du séjour au désert ont presque l'air d’une paraphrase ajoutée à la mention du simple fait que la tradition avait connu ! : la démarche de Jésus pour recevoir le baptême, et son retour en Galilée comme prédicateur de l'Évangile, après un certain temps passé au désert, et lorsque le ministère de Jean eut été violemment interrompu. C'est done alors qu'il avait pris conscience de sa vocation. Nos récits ne signifient pas autre chose, mais ils le signifient dans le langage de la foi ardente et visionnaire qui fut celle des temps apostoliques.
Marc présente déjà la vision comme objective ?, mais ce peut être pour la fidélité du récit, et parce que la distinction du subjectif et de l'objectif existe à peine pour les esprits sans culture. On ne peut
1. Ainsi qu'il a été remarqué plus haut (p.86), Mc. 1, 1#, rejoint très naturellement le v. 9, auquel la description des vv. 10-13, qui est dans le style du rédacteur évangélique (remarquer les deux zx :305<, v. 10 et v. 12, et la couleur accentuée des esquisses), est comme surajoutée. Il est au moins singulier que le narrateur se trouve savoir en détail ce qui se passe aussitôt après le baptème, et qu'il n'ait absolument rien à dire sur les préliminaires et les circonstances mêmes du fait.
2. V. 10. zut 2005< avaSatvov 2x =0D Sdazoc sidev sylouévous zobs 0odpavods ai 70
TVdua Ge reptorepav zatafaivoy sic aÙTOY * zai Quwvi iyevero 24 z@y oùcavoy. Noter le rapport immédiat (2505) de avañatvoy 34 =05 S9aros avec +0 7vedux …..rarafBaivor. Le baptème d’Esprit rejoint le baptème d'eau, en sorte que Jésus ne reçoit pas réellement le baptème de Jean, l’eau sans l'Esprit, mais le vrai baptême, l'Esprit avec l’eau. De cette mise en scène, on ne peut déduire, avec WELLHAUSEN. Me. 7, que Marc ignore ici le baptême chrétien. Ni Matthieu ni Luc n'ont compris cette nuance du tableau si habilement esquissé par Marc. Matthieu a même utilisé <505< (qui, dans Marc, se rapporte à 2i3e) de la façon la plus maladroite, v. 16 : Bazztoheic Ô 6 ‘Inoods :30< aviBn 470 +où Joa=0s zx !00Ù 7267 - Gnsxv oi oùgavo', 74. Luc était préoccupé d'une autre idée.
pas demander à l'évangéliste de signifier la réalité in L vision sans la réalité extérieure de son objet : cieux ou colombe descendant, voix entendue. En signifiant que Jésus seul. a vu et entendu, Marc est aussi psychologue qu'il pouvait l'être. - Matthieu et Luc disent que les cieux s’ouvrirent, et non seule- … ment que Jésus les vit s'ouvrir: Luc seul remarque la forme corporelle de l'Esprit! : mais il ne fait en cela qu'expliquer la pensée des autres évangélistes. Il est bien superflu de discuter si l'Esprit avait l'apparence d'une colombe, ou s'il descendait seulement eomme une colombe *; Luc entend visiblement les deux choses à la fois, et Marc et Matthieu ont dû comprendre ce trait de la même façon.
De savoir si c'était une vraie colombe, la question doit être abandonnée à la curiosité des théologiens scolastiques. Les évangélistes s'en tiennent à l'apparence; mais cette apparence n'est pas dépourvue de signification. La colombe est un oiseau privilégié dans l’Ancien Testament : c'est le seul oiseau qu'on offre en sacrifice ; elle est la messagère de bonne nouvelle dans le récit du déluge; la tradition rabbinique en faisait le symbole de la puissance créatrice*, et Philon ‘ le symbole de la sagesse divine et du Logos ; rien d'étonnant à ce qu'elle soit ici le symbole de la création spirituelle inaugurée par la consécration du Messie.
Matthieu intéresse Jean-Baptiste à la vision, puisque la voix céleste ne s'adresse pas à Jésus, mais à l'assistance ; le récit toutefois n'indique pas explicitement la présence d'autres témoins que Jean. Luc, beaucoup moins réservé, fait une conjecture qui est assez conforme à l'esprit de Matthieu; il suppose que Jésus a été baptisé avec une foule d'autres personnes, et que, sorti de l'eau, il s’est mis en prière; c'est pendant cette oraison que l'Esprit descend .
1. V. 22. xai xarafBivar to nvcdua 70 &yioy cmuartx@ elde: ds reptotepàv Èr laUxov. 2, B. Weiss, Æ. 28, en s'appuyant sur Mr. xai <idey rveèua Üeod xaxa- Gaivov bosi regiorepéy toyousvov àr ’adrov. Comment voir l'Esprit descendre, s'il n'avail une apparence, et quelle apparence le texte permet-il de supposer sinon celle de colombe ? La comparaison de Matthieu se rapporte aussi bien à la forme sensible de l'Esprit qu'à la descente; elle se rapporte à l'Esprit descendant. |
3. Wüxscue, Neue Beiträge zur Erlaulerung der Evangelien, ap. Horx7z- MANN, #4.