Quis rer. div. haer
sur lui !. On croirait assister, et l’on assiste en effet à un baptême dans les premières communautés chrétiennes *. Après l'immersion baptismale, on priait pour obtenir l’effusion de l'Esprit. La description du baptême de Jésus se développe ainsi en prototype du baptême chrétien. Mais Luc ne va pas jusqu'à dire positivement que la foule vit les cieux ouverts et la colombe, et qu'elle entendit la voix céleste. Le sens de la tradition historique ne permettait pas d'affirmer que Jésus eût été signalé publiquement comme Messie à la foule par un signe du ciel, ou simplement par Jean. Si l'auteur du quatrième Évangile n'a pas reculé devant cette assertion, c'est qu'il se place à un tout autre point de vue que celui de l'histoire. Les variantes du texte ordinaire dans les paroles du Père céleste” viennent de ce que la vision, selon la tradition primitive, est pour Jésus, et n'a même sa raison d'être que par rapport à lui, tandis que, selon la tradition postérieure, elle n'avait plus de signication que pour les assistants. Luc cependant suit Marc et fait adresser le discours à Jésus. Quelques anciens témoins! lisent aussi dans Matthieu : « Tu es mon fils, en toi je me complais » ; et l’on trouve dans quelques témoins de Luce : « Tu es mon fils; je t'ai engendré aujourd'hui” ». Alléguer contre cette formule, qu'elle est
1. V. 21. iyévero êv =@ Barziobivar dravra t0v any ai ’Irooù Barrioévros ai ApOSEUOUEVOY &yewyÜñvar TOV opavov, xt).
2. Hozrzmanx, 328. Von Der GoLrz, Das Gebet in der ältesten Christenheit, 3. Luc montre volontiers Jésus priant; cf. v, 16; vr, 12; 1x, 28-29; mais il lui a fallu un motif très particulier pour introduire ici la prière entre le baptème et la descente de l'Esprit. Cf. Acr. virr, 15-17.
3. Mc. 11 (Le. 22). où et 6 vides uou 6 ayaxnrôs, ëv co svd6xnoa. Mr. 17. oùrôs Ictt Ô vides uou 6 &yarntos, v & eüduxnsa. D (Ss.) omet iyévsro dans Me. 11. « Mon fils, laimé » n'est pas : « mon cher fils », mais « mon fils préféré », sans comparaison d'ailleurs, et non comme premier d'une série (remarque de WeLLau- SEN, Mc. 6). Noter que, dans Matthieu, Jésus voit, et la parole est adressée aux témoins; dans Luc, l'assistance voit, et la parole est adressée à Jésus : ces incohérences prouvent la priorité de Marc (id. Mt. 8).
#. Sc. Sc. D. On lisait dans l'Évangile des Hébreux (s. Jérôme, in h. loc.) : « Factum est autem, cum ascendisset Dominus de aqua, descendit fons omnis Spiritus sancti et requievit super eum et dixit illi : Fili mi, in omnibus prophelis exspectabam te, ut venires et requiescerem in te; tu es enim requies mea, tu es filius meus primogenitus, qui regnas in sempiternum. »
D. vigs ou si 6), 2yw oquecoy yeysvynzx 62. D, plusieurs ms. it., Jusrin, Dial. 55, 103. Crémenr Arex. Paed., I, 6, 25. Cette leçon est regardée comme primitive dans Luc par Usener, Hillmann, Holsten, Blass, Zahn, Wernle; d’après
ET Le "à 4
LES ÉVANGILES SYNOPTIQ
empruntée à un psaume, serait oublier que l’autre est ex Isaïe !, et non peut-être sans influence du récit de la ration ?, Primitive ou non dans le texte de Luc et dans la tradi nue. | écrite de l'Évangile, la lecture : « Je Lai engendré aujourd'hui » … exprime la pensée des premières générations chrétiennes, ou du - D moins une des formes de cette pensée ; car il y a trace d’une autre idée, non moins ancienne, qui transporte à la résurrection l'entrée du Christ dans son rôle de Fils *. Les deux idées ne sont pas incon= ciliables. Au point de vue du messianisme traditionnel, le vrai Messie est le Messie glorieux, et Jésus n'est ce Messie que par sa
Resch, ce serait une correction judéo-chrétienne; d’après B. Weiss et Bousset, elle serait due à l'influence d'une ancienne source évangélique. La diffusion de la leçon rend cette dernière hypothèse peu vraisemblable, et il est bien difficile d'en expliquer mème l'insertion, si elle n'est pas primitive; tandis que l'intérêt dogmatique et l'influence de Marc rendent aisément compte du texte canonique. Luc a pu garder cette lecture sans s'apercevoir qu’elle ne cadrait pas avec la conception virginale, tout comme il a cilé le mème passage du psaume (11, 7) relativement à la résurreclion (Acr. xun1, 33); trouvant dans sa source cette cilation prophétique, il n’aura eu aucun scrupule de la conserver, sauf à ne pas l'entendre comme ceux qui en avaient fait d’abord l'application au baptème. Pourquoi y aurait-il vu plus d'inconvénient que ses copistes. qui admettaient aussi la conception virginale ? Cp © des Ébionites reproduit sous trois formes la parole du Père céleste : la première est celle de Mare, la troisième, celle de Matthieu; la seconde est la à non canonique de Luc, où Re a dû la prendre. Cf. Zaux, Il, 357
3. xzu, | (dans l’hébreu) : « Voici mon He (LXX, Jacob), que je prends, mon élu LXX, Israël), en qui mon âme se complait ; je mets mon esprit sur lui. » Le rapport de ce passage avec le récit du baptème est incontestable; d'autres pissages du mème prophète {x1, 2; Lxr, 2; cf. Ps. xzv, 8) en déterminaient l'application. Noter que l'influence de Ps. 11, 7 s'accuse partout, dans uiÿs pou £ 59, en sorte que, dans les textes canoniques, la parole du Père est encore le texte du psaume modifié au moyen d'Isaïe. Le mot zaï:, dont on se servait pour traduire l'hébreu 72%, « serviteur », se prêtait d'ailleurs au sens de « fils »: ef. Mr. xur, 48, où Is: xzrr, A; sk cité.
2. Cf Le. 1x, 5; Mc. 1x, 7: Mr. xvur, 5. En perdant sa signification à l'égard de Jésus, le baptème devient une scène NU à à celle de la transfiguration. Les deux récits sont parallèles et peuvent s'être influencés réciproquement. Dazman, 1, 229, n'admet que l'influence du baptème sur la transfiguration.
3. Acr. x, 33, supr. cit.; Rom. 1, # (ef. 1, 3; vur, 3). Cf. supr.. pp. 6,185. IlLestà noter que la fête de l'Épiphanie semble avoir été primitivement la commémoration du baptème, et qu'elle était aussi en Orient la fête de la naissance du Christ, avant que l'introduction de Ja fête du 25 décembre lui eût enlevé ce dernier caractère. Cf. BorNEMANN, Die Taufe Chrisli dureh Johannes (IS96).
AE gi nt
résurrection; mais c'est à son baptème que Jésus à vu s'ouvrir devant lui la perspective de ce grand rôle, et qu'il a été sacré Fils pour la préparation du royaume céleste, en attendant qu'il apparût tel, et qu'il entrât dans la gloire qui appartient naturellement à sa mission!. Cette idée, le sacre du Messie, domine le récit de Marc et en a inspiré la rédaction. Dans Matthieu et dans Luc, il ne s'agit plus guère que de révéler le Christ au monde.
Luc insère, avant le récit de la tentation, une notice relative à l’âge qu'avait Jésus lorsqu'il vint au baptème. et qui sert de point de départ à la généalogie dont il a été parlé précédemment.
1. Selon ces conceptions primitives, Jésus est sacré fils de Dieu plutôt qu'engendré; c'est pourquoi la leçon de D, dans Lc. 22, nes Re pas comme expression de la foi apostolique (Cf. Wezzuausex, Mc. 7). D’après une tradition qui paraît avoir été fort répandue au second siècle, et qui a laissé des traces dans les Évangiles apocryphes et l’ancienne littérature ecclésiastique (Jusrix, Dial. 88: Praedicalio Pauli; ps. Cypriex, De rebaptismale: Diatessaron et s. Éphrem: Évangile des Ébionites; mss. it. a g!}, un grand feu aurait paru sur le Jourdain lorsque Jésus fut baptisé. Cette légende introduit le feu comme symbole de l'Esprit, à côté de la colombe; elle doit se fonder d'une part sur le récit de la Pentecôte dans les Actes, et d'autre part sur l'interprétation chrétienne du baptème de feu annoncé par Jean-Baptiste. L'addition se trouve, dans les mss. a et g!, après Mr. ni, 15 : « Et cum baptizaretur (g! Jesus) lumen ingens (g!, magnum) circumfulsit (g !, fulgebat) de aqua ita ut timerent omnes qui advenerant (g!, congregati erant). » Justin, supr. cit., suppose la même disposition du récit. Dans l'Évangile des Ébionites, la remarque : za: 230d: zsptéhauls <0v =6r0Y 2@< uiya, venait après le baptême, entre les deux premières paroles du Père céleste (cf. p. #12} et la troisième. I y a surcharge dans
les deux combinaisons.
Marc, 1, 12-13 ; Marra. 1V, 1-11 ; Luc, 1v, 4-14:
Au tableau de la consécration messianique par le baptême de … +4 Jean fait pendant le tableau de la tentation messianique par Satan 4 au désert. Les deux forment une sorte de préambule, qu'on pour- rait dire en partie théologique et de convention, à la carrière historique de Jésus.
Marc, 1, 12. Et aus- Marrs. 1v, 1. Alors Luc, iv, 1. Et Jésus, " sitôt l'Esprit le poussa Jésus fut emmené au rempli d'Esprit saint, au désert; 13, et il fut désert parl'Esprit,pour revint du Jourdain, et va #
dans le désert pendant être tenté par le diable. il fut conduit par l'Es=
quarante jours, tenté prit dans le désert, 2 par Satan; et il était pendantquarante jours, avec les bêtes, et les tenté par le diable.
anges le servaient.
Le récit de la tentation paraît abrégé dans Marc, lorsqu'on le compare à Matthieu et à Luc; il est cependant complet en luimême, et si l'on peut dire que la tradition dont procède le second Évangile à dû se représenter les suggestions diaboliques sous une forme concrète et déterminée, plus ou moins analogue à ce qu'on lit dans les deux autres Synoptiques, il est moins évident que Marc dépende de la même source écrite que ceux-ci. Tous les traits de ce petit tableau sont originaux et frappants. L'esprit pousse Jésus au désert !;: dans Matthieu :l l’emmène ?: dans Lue, il le conduit seulement en divers endroits du désert, après que le Sauveur y est venu de lui-même en s’éloignant du Jourdain. Jésus baptisé se trouve tout de suite et dorénavant au pouvoir de l'Esprit
12. ai :90b< +0 rvedua adtov ExBdAke sis zhv Éonuov. Cf. I Rois, xvurr, 12. 1. ste 0 ’Incods avryOn sie nv onuoy raucasbivar 970 +0ù ÔtaBdhov. i iZUn ES TNY Ont £ ñ ë
quil a reçu : c’est cet Esprit qui le fait agir et marcher, comme s'il était mû par une force extérieure et irrésistible. Si Matthieu s'est contenté d’atténuer ces expressions énergiques, Luc les corrige tout à fait : Jésus est rempli d'Esprit saint, il possède cet Esprit et ne semble pas en être possédé ; il se rend au désert, et si ses démarches y sont réglées par l'Esprit, ce n'est pas comme par un force nécessitante !.
Il était admis que le Messie, dans son avènement glorieux, devait vaincre Satan; mais cette victoire définitive que le christianisme primitif attendait avec la parousie de Jésus, se trouvait précédée d'une défaite au moins apparente, la mort du Sauveur, où l'esprit du mal avait semblé triompher. La victoire finale du Christ ne laissait pas d’être anticipée d'une manière spirituelle, et Jésus luimême alléguait les guérisons de possédés pour prouver que Satan était déjà vaincu ; l'épisode de la tentation est une première victoire, tout intérieure, qui prélude aux autres. Marc et Matthieu paraissent concevoir cette tentation comme une épreuve inévitable, non qu'ils l’aient jugée telle, en se plaçant, comme font les critiques modernes, au point de vue de la psychologie de Jésus et de l’entraînement historique des causes et des faits, mais parce que, le . Christ venant pour détruire le règne de Satan, il est tout naturel que Satan l'attaque dès l’abord, et que le Christ débute dans son œuvre rédemptrice en se défendant personnellement contre lu.
Marc est même plus préoccupé de la lutte que de son résultat. L'Esprit a poussé tout de suite Jésus au désert, et il l'a mené ainsi au devant de Satan, le désert étant, d’après la Bible, aussi bien dans le Nouveau que dans l'Ancien Testament, le séjour des mauvais esprits ; là Satan s'emploie contre le Christ dans son rôle de tentateur : les assauts se succèdent pendant quarante jours ?, et il va sans dire que Jésus ne succombe dans aucun; mais on ne parle pas de victoire, parce que l'ennemi, vaincu chaque jour, reviendra le lendemain, et que ses entreprises ultérieures contre le Christ ne
4. V. 1. ’Insoëc d 7Añons rveduatos &yiou bréorosbey 470 =où ’lopddvou, za yet Ev t® rveduart & tf épquw. « L'Esprit n’est plus un agent distinct de Jésus, comme dans Mc. 1, 12 ». WezLHausEn, Le. 8. Cf. v. 14. Ss. « Et l'Esprit saint le conduisit et l’'emmena au désert. »
2. V. 2. rai nv 2v ti pue reossodroyra juéoas rerpalopevos 8x0 705 saravä. Marc garde le nom hébreu de « Satan ». Matthieu et Luc disent « le diable ».
LES RER pe 2
sont aucunement ruinées d'avance à la fin des quaranti nombre nd ces jours est déterminé es les quarante à
ä bé le Christ élu, tenté, ne tombe pas. La circonstance dd” jeûne, mentionnée par les deux autres évangélistes, montre qu'on a songé également aux jeûnes de Moïse et d’ Élie sur la montagne du Seigneur !. Jésus, observe Marc, était « avec les bêtes », c'est-àdire, dans une solitude absolue, n'ayant d'autre compagnie que celle des animaux sauvages, qu'il ne faut pas d’ailleurs transformer en bêtes féroces, et dénué de tout secours humain: mais son Père céleste ne l’abandonnait pas et lui envoyait des anges pour le servir ?. L'assistance des anges, comme l'obsession de Satan, s'étend à la durée des quarante jours.
Ce tableau, on va le voir, est sensiblement différent de celui que décrivent Matthieu et Luc, et ne peut guère plus en être le résumé que celui des autres Synoptiques ne peut être une explication de Marc ; les trois Svnoptiques pourraient néanmoins proocéder d'une source commune, que Marc interprèterait librement en l’abrégeant. On ne dit pas dans quel désert Jésus s'est retiré: peut-être va-t-on contre la pensée secrète de la tradition évangélique en indiquant le désert de Juda, l'expression restant vague, non parce que l’indication n'aurait pas eu besoin d'être précisée, mais à cause du rapport qu'on veut établir avec le désert où ont demeuré Israël, Moïse et Élie. Il paraît bien que la tradition manquait de données précises sur les circonstances de ce séjour au désert, comme sur celles du baptême. On n'avait pas idée que le Christ fût resté à proximité de Jean après avoir été baptisé, ni qu'il eùt eu avec lui des relations personnelles *. Les deux faits, le baptème et la tentation, ne sont pas de ceux dont les disciples furent témoins, et il ne semble pas que Jésus en ait parlé avec détails à ceux qui plus tard s'attachèrent
1. Ex. xxxiv, 28 (LXX). ai nv 2xsi Movoïs Evavtiov ZVGIOY TEGTEGAXOVTX TULÉÇAS a reocspdrxovra vOxTAs * aprov OÙx Egayev za Vdme oùx Eruev (cf. I Rors, x1x, 8). Mr. IV, 2. zai VnotsUoas fuécas Tecoscdrxovra xai teocspdrovra vürras, et Le. 2: xai oùx Zoayey 00èy un sais épais Éxclvars, dépendent de ce passage.