‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 343 sur 807 · Cf. p · texte numérisé non relu

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4. Luc aurait #3 Fe « le Seigneur » au Christ, mais non le « Seigneur

Dieu » (J. Werss, 362).

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entre le désert et Jérusalem. Selon Marc, la série indéfinie des tentatures se déroule toute entière dans le désert. Dans Matthieu et Luc, les deux dernières tentations supposeraient un déplacement de Jésus: mais il est très remarquable que, selon Matthieu, Jésus, après la troisième tentation, se retrouve au désert, sans que l'on dise comment il y est revenu, et comme s'il ne s’en était pas corporellement éloigné. La narration du premier #vangile flotte ainsi entre la réalité matérielle et extérieure de la tentation, et la réalité morale et psychologique. La rédaction de Luc est beaucoup plus accentuée dans le sens de la réalité extérieure. Vu le rapport des textes, le troisième Évangile est à expliquer par le premier, et tous les deux, au moins en partie, par le second.

Nonobstant leur tendance à extérioriser la tentation, les évangélistes n'y voient pas une simple conversation de Jésus avec Satan, où le Christ aurait eu toujours le dernier mot. Ils disent et ils pensent que Jésus a été tenté. Les paroles qu'ils attribuent au démon n'ont pas seulement frappé les oreilles du Christ : l’idée que ces paroles contiennent s'est présentée à son esprit : il l'a perçue, et l'on doit dire même qu'il l’a sentie, parce que l'apparition d’une idée agréable ou désagréable ne peut manquer d'impressionner l’esprit humain qui la conçoit. L'élévation et la pureté d’un âme augmentent sa sensibilité plutôt qu’elles ne la diminuent. Jésus n'a pas été insensible devant la mort. De même, la perspective des diflicultés qu'il devait rencontrer, des moyens par lesquels il pouvait essayer de s’y soustraire et qu'il ne devait pas employer, des honneurs qu'on voudrait lui offrir et qu'il ne devait pas accepter, n'a pu manquer de frapper son imagination, mais sans provoquer une inquiétude durable dans son esprit, un trouble dans sa conscience, une incertitude dans sa décision. En ce sens, la tentation a été intérieure, et, pour quelle ait été réelle, il n'est pas nécessaire que le démon se soit montré visiblement à Jésus, lui ait parlé, l'ait transporté sur le faite du temple ou sur la montagne. Cette tentation a eu sa raison d'être pour Jésus et lui a été utile : elle l'a préparé et formé à son role de Messie et de Sauveur. Ainsi l'avait compris la tradition apostolique, qui s’est représenté Jésus, dans cette retraite préliminaire à sa prédication, comme livré au pouvoir de deux esprits, l'Esprit de Dieu, qui s'était emparé de lui au baptême et ne devait pas le quitter, l'esprit du mal qui s'efforçait de le soustraire à l'influence divine et de l'entrainer dans le tourbillon des intérêts

* des os

humains, de le séduire par l’appât de la puissance et Jésus sortit victorieux de la tentation ; mais il n'aurait p torieux s'il n'avait réellement combattu.

Marru. 1v, 11. Alors le diable le Luc, 1v, 14. Et le diable, ayant ; laissa, el des anges s’approchaient épuisé toute tentation, s'éloigna de de lui et le servaient. lui pour un temps.

Matthieu introduit les anges, d'après Marc, mais seulement au bout des quarante jours, et à la fin de toutes les tentations, parce que la première suppose que Jésus est resté sans secours dans le désert pendant les quarante jours. L'artifice de l'arrangement se trahit en ce que le service des anges est encore décrit comme habituel et universel, sans relation particulière avec la tentation de la faim, bien qu'on amène les esprits célestes au moment où, dans la perspective du récit, Jésus va quitter le désert et n'aura plus besoin de leur assistance !. Mais la suite montre que les quarante jours sont un chiffre de convention ; les évangélistes ont dit que Jésus était resté au désert pendant quarante jours, et ce n'est pas d’après ces quarante jours que sera daté son retour en Galilée; l'on dira vaguement qu'il revint après l'emprisonnement de Jean. Luc, ayant conduit Jésus à Jérusalem, et ne voulant pas le ramener au désert, n'a plus besoin des anges ; il se contente de dire que le diable, après avoir épuisé les tentations possibles, s'éloigna de Jésus et s'abstint de le tenter « jusqu’à un temps » déterminé par la Providence *, temps qui, dans la pensée de l'évangéliste, doit être l'agonie de Gethsémani, la tentation suprême. Il est curieux que Luce semble avoir réservé l'assistance angélique pour cette dernière tentation *.

La facon dont il relie à celle-ci la tentation du désert en apprend

1. V. 11. =072 äotnotw aûrov 6 Otdéohos, xai (Doù xyysho: cost Üov za! Ômx0V0Y ad=®. Cf. Mc. 2, supr. p. #15, n: 2.

2, V. 13. ai suvrshéoas ravra ratpasuov 6 dxbohos àréotr, 47 adToù ae: xxp0ù. Luc ne dit pas précisément « pour un temps », au sens de « pendant un certain temps », mais « jusqu'à un temps », à un moment fixé, une occasion déterminée, que l'évangéliste a en vue et qu'il s’abstient d'indiquer autrement.

3. Cf. Le. xxn, 39-46. L'idée de zzt9a5u9: est étroitement liée à l’agonie de Gethsémani, bien que la tradition synoptique atténue ce rapport. Les épreuves ou tentations du Christ ont été objet de spéculation dans les premiers temps du christianisme : ef. Hégr. 1, 185 1v, 15: v, 7-9; supr. p. 9.

plus long que toutes les discussions critiques sur le sens que la tradition attachait à la première épreuve de Jésus. Les divergences des évangélistes, le caractère indécis de la narration, le défaut de liaison, même artificielle, entre ce récit et le suivant, laissent clairement voir que, si le souvenir apostolique était assez ferme sur les points fondamentaux, le séjour au désert et l'espèce de combat intérieur que Jésus avait eu à soutenir pendant cette retraite, il était beaucoup moins net sur les circonstances extérieures de ces faits et sur leurs conséquences immédiates. On savait que Jésus n'était pas sorti de son atelier et de Nazareth pour prêcher aussitôt l'Évangile, mais qu'il avait d'abord quitté son pays sans autre motif, au moins apparent, que d'entendre Jean-Baptiste, et que c'était seulement à son retour, au bout d’un certain temps, qu'il avait annoncé l'avènement du royaume. À ce moment, Jean était déjà emprisonné. Qu'avait fait Jésus dans l'intervalle? Il avait vécu seul dans le désert.

Si la tradition ne parlait pas de cette retraite au désert, on devrait presque la supposer ; et si le quatrième Évangile a voulu la passer sous silence !, c'est que son point de vue n’est pas celui de l’histoire. Un temps de réflexion et de préparation était indispensable entre la vie du charpentier et la manifestation du prédicateur évangélique. La vocation messianique de Jésus peut bien s'être affirmée à l’occasion de son baptème: mais, pour suivre cette vocation, il fallait d’abord en peser les conditions ; l'Esprit qui a fait de Jésus le Christ ne pouvait manquer de le conduire au désert ; et Jésus au désert devait être tenté par le démon, tourmenté entre des pensées contraires, d'une part l'idéal de piété simple dont son âme avait vécu jusqu alors, et l'élément spirituel du messianisme israélite, d'autre part les imaginations courantes, les idées de triomphe terrestre. La solution du conflit est le programme que Jésus a voulu suivre et qui s'est affirmé, devant les mêmes tentations, pendant toute la durée de son ministère : préparer les hommes à l’avènement du royaume par la conversion du cœur, s'en remettre à Dieu pour le jour et la manière dont s’effectuerait le grand avénement.

L’explication purement mythique de la tentation est donc à écarter comme inutile et invraisemblable. Mais il n'est pas non plus nécessaire de prouver que nos récits ne sont pas l’écho d’une tradi-

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