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l'intention de faire un miracle qui serait un pur signe. Le cas ne serait pas le même si les pêcheurs étaient déjà au travail, et si le conseil leur était donné de jeter leurs filets en tel endroit.
Simon obéit : il observe que lui-même et ses compagnons ont peiné inutilement toute la nuit, qui est cependant le temps le plus propice à la pêche, mais il a foi à la parole du Maitre, et il tentera l'expérience '. Et le narrateur signale aussitôt le résultat : Simon prend une telle quantité de poissons que le filet commence à se rompre ?, Cet incident sert à intreduire la seconde barque dans le récit de la pêche. Est-elle restée au bord, ou bien a-t-elle suivi, par imitation, celle de Simon? Il n'importe. On remarque tout exprès que les gens de l’autre barque étaient associés de Simon *: ils sont donc censés pêcher avec lui, et c'est pourquoi on leur fait signe d'approcher pour recueillir le poisson qui appartient à tous. Cette circonstance est en parfait accord avec le symbolisme de l’ensemble, mais non avec la donnée purement historique du second Évangile, où Zébédée, ses fils et ses gens forment visiblement un groupe tout à fait distinct de Pierre et d'André. Luc, d'ailleurs, ne nomme pas encore les fils de Zébédée. mais les gens de l’autre barque. Ceux-ci répondent à l'appel qui leur est adressé; on remplit les deux barques au point qu’elles menacent de sombrer.
Et dans sa barque toute pleine de poissons, au milieu de la mer, Simon Pierre, tout ému du prodige, tombe aux genoux de Jésus en s'écriant : « Éloigne-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur, Seigneur # ». Le discours n'est peut-être pas en rapport avec la situation. Le nom de Seigneur, qui reviendra souvent dans Luc, témoigne que Simon voit déjà en Jésus le Messie. Pourquoi se déclare-t-il si grand pécheur.et pourquoi ses compagnons, qui vont suivre Jésus comme lui, n’en disent-ils pas autant ? On explique son langage par l'impression de frayeur qui l'avait saisi devant le miracle. S'il ne s'agissait que de poissons, un pêcheur de profession n'aurait probablement pas été si effrayé. Tous ceux qui étaient
1. V.5.iriozdza (mot propre à Luc, qui n'emploie pas le sémitique #26), de Ohns vvaz0s zortdoavtes oddey EkdGouzsy * ri DE TO Énuazi sov ahdouw Tà dira.
2. V.6. duegrnosero 0 à d'arua avrov. D, ste a dtxrua éns5e5har.
3. V. 7. ai zaréveuoav rois uer0 yon Èv +6 tépe rhotw zoù 2AUôvras ( D, Gorbeiv) guhhaGéslar adroïs.
EE AE chat o c1 avin compense ce ol raison avec v . V. 8. £Es)0e 47° 2uod, 621 avno auagzwAdc et, xdpue. La comparaison avec vir,
6 (Hozrzmanx, 335), paraît bien douteuse ; les situations sont très différentes.
avec lui étaient épouvantés comme lui; et, à cet endroit seulement, l'auteur s'avise qu'il est temps de mentionner les fils de Zébédée:
il le fait très maladroitement, les ajoutant à tous ceux qui étaient avec Pierre, comme s'ils n'étaient pas déjà compris dans ce nombre, le personnel de la seconde barque, par qui Pierre était assisté dans la levée du filet !. C'est que l'on quitte l’histoire de la pêche pour rejoindre le récit de la vocation dans Marc. Mais l'on revient encore à l'autre source, puisque Jésus dit au seul Simon, pour répondre aux paroles que celui-ci a dites en s'agenouillant devant lui. et sans tenir compte des autres témoins de la scène : « N'aie pas peur: désormais tu seras preneur d'hommes ? ». Les autres pêcheurs ne sen comportent pas moins comme si le discours leur avait été adressé; car on amène la barque à terre, et les pêcheurs, laissant tout, suivent Jésus pour être ses disciples *.
On reconnait la formule de Marc ‘ et de Matthieu; c'est, à n'en pas douter. la vocation des premiers disciples ; mais Luc oublie ou néglige volontairement de dire combien ils étaient, et, si l'on n'avait le témoignage précis des deux autres Synoptiques, on pourrait croire que Jésus emmène avec lui le personnel des deux barques, censé une seule équipe de pêcheurs sous la direction de Simon. On n'a pas souci de ce que deviennent les poissons qu'on a eu tant de peine à ramener au bord. C’est que l'équipe de pêcheurs est en elfet le collège apostolique, présidé par Pierre, et que les poissons figurent le monde à convertir.
La combinaison de sources n'est pas contestable, soit que Luc ait adapté le récit de Marc à une tradition sur la pêche miraculeuse,
1. V.9. Oaufos ap repricyey avrov xat rdvzas robs oùv adr.…., 10. Guoïws OE mai ’TéxwBoy xat ’Twæynv viobs ZeBedatou, où noav xowvwvot =& Eiumwvr. 2. ph 2060ù : 470 toù vèy avÜpwrous Eon Cwyz&y. D lit tout le passage comme il
: : e HSE ; £ nE get Pate es suit : 10. nouv dE zotwvemvot avroù ’IdzmfBos rai 'lmdvns viot ZeBedaiou, 6 DE cire avrois:
ee : D'EAU 2 VRSS Lo ; PRE + 21 £ès t/00uv * rouiow yap dus œhste avÜswrewy. 11. où È àx00oavtes Révra xareherbay €
= <às hs at nx0À000moav aÿr®. Paraphrase et correction voulues. Ss. est conforme au texte ordinaire, si ce n’est pour la traduction de la parole du Christ : « tu prendras des hommes pour la vie » : Cwyesiy signifie « prendre vivant », et l'on a voulu que les hommes fussent pris « pour vivre ». « Dans Luc (cf. xx11, 32) comme dans Matthieu, Pierre est le représentant de l'apostolat ». WELLHAUSEN, Le. 14. 3. V. 11. zai xartayayovres ra rhoïa êrt tnv yiv, apévrs< révra nxohkoÿOnoay adro. 4. V. A8. ai s00ds agévzss zù dirtua 520hk080noav adr®. V. 20. 47% A0ov ôricw adroù
Mr. 22. nxohoïinoay az).
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soit quil ait trouvé cette tradition dans un document écrit. Il parait impossible d'attribuer à l'évangéliste lui-même l'invention de la pêche miraculeuse, qui serait une simple allégorie construite sur la parole : « Je vous ferai pêcheurs d'hommes ! ». Dans cette hypothèse, les incohérences du récit auraient dù être moindres, puisque le narrateur l'aurait conçu à sa guise et de toutes pièces. En fait, la rédaction semble être d’un compilateur gêné par les matériaux qu'il exploite : elle suggère mème plutôt l’idée d'un amalgame entre deux sources écrites, librement exploitées, qu'entre une source écrite et une tradition orale. La question qui se pose est donc de savoir où Luc a puisé la connaissance de la pêche miraculeuse.
Il est invraisemblable qu'un fait aussi significatif ait pu être omis par Marc et par Matthieu, si la tradition apostolique l'avait rattaché à la vocation des disciples, et le récit de cette vocation dans les deux premiers Évangiles ne permet pas de regarder comme historique la combinaison de Luc. Lorsque Jésus appela Pierre, André, Jacques et Jean, il n'avait pas encore de foule à sa suite, etil n'avait fait aucun miracle. Le souvenir d'un fait ultérieur. où Simon Pierre était seul ou principalement en cause a été associé à l'histoire de sa vocation. Une telle façon d’arranger les données traditionnelles, à seule fin d'en laisser perdre le moins possible, même quand elles ne rentrent pas dans le cadre général de son Évangile, est tout à fait conforme au procédé suivi par Luc en d'autres endroits.
Or on sait qu'une pêche miraculeuse est racontée dans l'appendice de Jean *, et placée après la résurrection du Sauveur. Les deux récits concordent pour l'essentiel : il est peu crovable qu'ils soient indépendants l’un de l’autre et ne proviennent pas d'une tradition commune. La plupart des divergences s'expliquent par les retouches que les rédacteurs évangéliques ont dù introduire dans le thème traditionnel, pour ajuster cette histoire à l'ensemble de leur composition. Tout le préambule de Luc, avec les deux barques, les pêcheurs nettoyant les filets. Jésus préchant et donnant l'ordre d'avancer en mer, est pour le symbolisme du récit et pour le raccord soit avec le contexte soit avec l'histoire de la vocation dans Marc: la description de la terreur universelle est dans le
1. Hozrzmaxx, Johannes, 225 : WELLHAUSEX, Le. 14. 2. Jx. xui, 114. Voir QE. 925-938.
style de Luc et peut avoir été joe avec une intention s
et Denon à après la pêche. On comprendrait néanmoins que ce > trait vint de source et représentât la première impression des disciples
devant la vision du Christ ressuscité !. Luc l'aurait placé maladroï-
tement, en en changeant l’objet. Restent, comme éléments étran-
gers à Marc et au cadre que Luc a dû créer, l'invitation à jeter les filets, l'exécution decet ordre, l'abondance extraordinaire de la pêche, la prière de Simon ? prosterné devant Jésus. La réponse du Sauveur peut avoir été influencée par les paroles dites dans Marc à Pierre et à André : « Je vous ferai devenir des pêcheurs d'hommes ». Mais la prière de Simon, qui manque dans le quatrième Évangile, parce qu'elle ne serait pas dans le ton de la narration johannique et s’harmoniserait mal avec les récits du chapitre précédent, sera tout à fait naturelle si on la suppose dite par l'apôtre, non dans la barque, mais sur le rivage, au Christ ressuscité, lui apparaissant pour la première fois. De nême la remarque : « nous avons travaillé inutilement toute la nuit », convient mieux à l'apparition matinale du Christ ? qu'à l'heure tardive où cette parole est dite dans Luc.
La pêche miraculeuse est adventice chez Jean ; elle vient comme troisième apparition de Jésus, mais le rédacteur paraît l'avoir empruntée à une tradition où elle était conçue comme la première #. C'est ainsi que la présentait l'Évangile de Pierre ?. 11 n’est pas trop téméraire de penser que cette apparition sur le lac était la vision de Pierre, la première apparition du Christ selon la tradition de Paul”, et qu'elle appartenait à la tradition de Marc sur la résurrection . La tradition apostolique mettait la pêche miraculeuse en rapport