Cf. Scaürer, Il
A CAPHARNAUM 449
pris de ce que Jésus leur faisait entendre ; mais, pour cette fois, il semble qu'on ait été encore plus frappé de sa manière que de sa doctrine. Il parlait « comme ayant pouvoir ! », avec l'assurance que lui donnait sa mission, et la force conquérante d’une éloquence qui jaillissait du cœur. Rien ne ressemblait moins que cette parole vraiment inspirée, vivante et pénétrante, à l'enseignement ordinaire des scribes ou docteurs de la Loi, alléguant l’autorité des maitres plus anciens, et commentant minutieusement le texte mosaïque avec abondance de distinctions et subtilités scolastiques.
Mais les auditeurs de Jésus n’eurent pas que ce sujet d'étonnement. La première prédication publique fut l'occasion du premier miracle. 11 y avait dans l’assistance « un homme en esprit impur ? », c'est-à-dire qui se croyait et que l'on croyait livré au pouvoir d’un démon. C'était sans doute un possédé relativement calme, dont les crises n'étaient pas très fréquentes, puisqu'on le laissait prendre part aux exercices de la communauté. Impressionné comme les autres et plus que les autres, à cause de son état nerveux, par les déclarations vibrantes du jeune prédicateur, cet homme interrompt tout à coup Jésus en l'appelant par son nom ; et comme il s’idenüfie au démon qui est en lui, il parle pour cet esprit et pour tous les démons. Les esprits sont déjà inquiets et se demandent si l’heure est venue pour eux d'être précipités dans les enfers: chose plus extraordinaire, ils savent que Jésus est le saint de Dieu, celui que Dieu a consacré pour la plus haute mission, à savoir le Messie qui doit détruire l'empire des démons *.
Bien que les divagations de ce pauvre insensé n'aient pas été recueillies par écrit, celles qu'on lui prête doivent représenter le sens général de son discours, ou de propos tenus en cas semblable par d'autres. En effet, cette histoire de guérison paraît surajoutée
1. V. 22. ai Æsrarssovro ri tÿ àddyn adTod * nv yap dtDdoxwy adtoëc Ws Eovotav Ego, za 09 x G ot yoauuaretx. Le. 32, motive plus brièvement l'admiration : 6+1 2, ZEovaix nv 6 dos adroù, et il laisse tomber la comparaison avec les scribes, qui avait moins de signification pour lui et ses lecteurs que pour Marc.
2. Mc. 23. zat edÛde y y 75 suvayoyr avr@v avÜswroc y rvebuatt àxafäprw. L’expression est parallèle à à 5 vesuatt 5 ayiw (x11, 36). Le. 33, la corrige en Étoy 7edua Dœuoviou azabécrov. Ss. (cf. supr. p. ##7, n. 3) et d'autres témoins omettent svûÿs dans Mc. 23.
3. Mc. 24. ti quiv zai oo, ’Inood Nafagnvé: nAñec àrotoa: Nuac; oldx ge vis et, © ytoc to Üeoù (cf. Jx. vi, 69). Le mot £a, omis dans NBD. Ss.. etc. au
A. Loisy. — Les Évangiles synoptiques. 29
ait connexion réelle entre les le et ce qu'on dit ensuite "À }
pression produite par le miracle semblant artificiellement combiné €,
avec ce qui concerne l'impression produite par l’enseignement. Le miracle pourrait donc avoir été introduit ici à raison de l'importance que l'évangéliste attribue au témoignage des démoniaques !, pour montrer dès l’abord Satan vaincu par Jésus, et saluant son vainqueur. Dans ces conditions, cette histoire de possédé pourrait être secondaire par rapport au possédé de Gérasa, et la confession du démoniaque avoir été imitée de ce dernier récit *. En multipliant les déclarations messianiques des possédés, Marc oublie d'expliquer comment il se fait que personne n'y fasse attention, et que les disciples aussi bien que le peuple ne se soient pas avisés plus tôt que Jésus était le Christ.
Le travail qui s'est fait dans l'esprit de l’un ou l'autre des possé-
dés, qui. d'après la tradition synoptique, aurait été le premier à reconnaitre en Jésus le Messie, n'est pas trop diflicile à analyser. Par exemple, celui qu'on dit avoir écouté Jésus dans la synagogue de Capharnaüm aurait entendu prononcer autour de lui le nom du prédicateur : le thème du discours étant le royaume de Dieu, il est presque inévitable que la défaite de Satan et de ses satellites y ait trouvé place : comme ce point touchait le possédé dans son idée fixe, il aurait été aussitôt surexcité, voyant déjà le vainqueur de Satan, son vainqueur à lui-même, dans celui qui annonçait avec tant d'énergie la ruine des puissances ténébreuses.
De son côté, Jésus n'aurait pas été étonné de cette rencontre. Animé par la conscience de sa haute vocation, qui le prédestine à vaincre Satan, il n'hésite pas à parler à l'esprit en maître qu'on doit
commencement du discours, doit avoir été ajouté d'après Le. 34. NL et quelques autres témoins lisent oïaue,. Ce pluriel peut avoir été suggéré par le contexte. Le démon parle au nom de ses congénères (\VELLHAUSEN, Me. 11); mais on doit sans doute admettre une influence du récit parallèle, Mc. v, 1-20. Luc emploie ordinairement le mot Nawoaïos ; il a ici Nafapgnvé, d'après Marc. Pous la forme du discours, cf. 1 Rois, xvu, 18. Luc dit que le possédé criait tout haut, owvÿ uey#Aÿ, transformant ainsi le grand cri que Marc amène seulement dans la convulsion finale (v. 26).