LE -. A
plétée par une référence vague à d’autres passages concernant le châtiment du meurtre, et les tribunaux chargés d'en connaitre; le tout est bel et bien une citation de la Loi, non des docteurs juifs, auxquels Jésus ne pense pas : il accommode le texte au commentaire qu'il en va donner ?. Sans blàmer la prescription légale, il la trouve insuffisante, et il va la compléter, parce que l’on pourrait croire, et les scribes étaient assez enclins à cette interprétation, que le meurtre seul constitue une faute aux yeux de Dieu, le sentiment d'où procède le meurtre, la colère par exemple, ne tombant pas sous le coup de la justice divine. La Loi, qui s’appliquait au for extérieur, ne pouvait viser que le meurtre ; elle se trouvait défectueuse si l'on voulait en faire un manuel de morale.
Il est juste qu un criminel soit déféré au tribunal de sa localité pour être condamné à mort; mais non seulement il ne faut pas tuer, on ne doit pas même se fâcher contre son prochain. Le texte reçu ajoute : « sans raison # », glose inutile, car la colère contre les personnes est défendue, et l'indignation légitime est hors de cause. Jésus ne peut envisager la possibilité d'un meurtre dans le royaume des cieux, ou de la part d'un candidat au royaume. Pour un disciple de l'Évangile, le seul sentiment de la colère, l'emportement de fureur haineuse contre le prochain, est déjà une faute grave. Il
1. Opinion des exégètes protestants, qui voudraient que Jésus réformât seu-
lement la tradition pharisaïque. Mais il ne s'agit pas de réforme, et Jésus ne
corrige pas une interprétation de la Loi; il entend parfaire la Loi même. Dans sa déclaration à propos du divorce, il abandonne Moïse et ne se contente pas de redresser les docteurs. Cf. Scraxz, M{. 181.
D REX RC Se
3. En réalité, la citation associe : Ex. xx, 13; xxr, 12 (Lév. xxrv, 47); Deur.
vi, 18. Que les anciens protestants n'aient pas pu croire que Jésus traitât si librement le texte biblique, on peut se l'expliquer; mais on comprend moins que les critiques de nos jours s'appuient sur cette liberté de citation pour soutenir que Jésus vise la tradition interprétative et non la Loi.
4, V. 22. rücs 6 0pyLouevos t@ adekp® adroù eix. Ce dernier mot manque dans N B; au dire de s. Jérôme, il manquait dans la plupart des mss. anciens ; il a dû être ajouté de bonne heure, car on le trouve dans Ss. Sc. s. Irénée (lat.) et la grande majorité des mss. grecs. La restriction conviendrait peu à la solennité du discours (Scnaxz, 184).
les norbtes de sa tradition, de ne point nr. sous peine d'être condamnés par le tribunal. La citation du Décalogue? est com-
doit la considérer de la même façon que le meurtre, comme un vrai crime, qui appelle un châtiment terrible. Que si du sentiment hostile on passe aux paroles injurieuses, le crime est plus grand encore. C'est ce que marque la gradation des trois tribunaux : celui de la localité, pour la colère ; celui du sanhédrin, pour le mot raka |, « imbécile » ; celui de Dieu, ou le feu de la « géhenne », pour le mot « insensé ? », qui implique, ainsi qu'il arrive souvent dans les livres sapientiaux de l'Ancien Testament, le sens de vaurien et d'impie. Jésus n'entend pas déférer aux tribunaux de ce monde les péchés de colère. Les fautes indiquées relèvent toutes du jugement de Dieu : la distinction des tribunaux sert à marquer le degré respectif de ces fautes, qui sont toutes à regarder comme très grandes. La dernière seule néanmoins est expressément menacée d'une punition éternelle, le supplice de la « géhenne ? ».
Ce nom vient de l'hébreu, où il se lit et signifie « vallée de Hinnom », ou « vallée du fils » ou « des fils de Hinnom ‘ ». Il désignait originairement un ravin au sud de Jérusalem, où l'on avait pratiqué jadis les sacrifices d'enfants en l'honneur de Moloch. L'endroit fut souillé par Josias *, devint un lieu d'immondices, et resta en exécration dans le souvenir du peuple. On le mit en rapport avec l'enfer des damnés ; de là l'emploi du nom pour désigner le châtiment éternel.
Avant de passer à une autre explication du principe établi par le Sauveur, l'évangéliste a jugé bon d'insérer deux réflexions qui ont avec le sujet traité une certaine analogie de fond ou de forme. La
1. Npn « vide » d'intelligence. Cf. Jac. 11, 20. On dirait que l’évangéliste n'a pas su traduire le mot.
2. uwpe. Plusieurs veulent voir dans ce mot l'hébreu 5719 « rebelle » ; mais c'est un mot araméen qu'il faudrait. Cf. Frezp, Notes, 3.
3. évoyos £ctau ets tv yéevvav toù zup6s. Ordinairement #voyos ne se construit pas avec <<. Pour les cas précédents on a ivoyoc... 57 xp'oe... t@ ouvedptw. On indique ici la peine, au lieu du tribunal, peut-être pour éviter le nom divin; quoi qu'il en soit, la construction est irrégulière; il s'agit d’un individu coupable devant Dieu, et destiné à la géhenne.
4. D5n V3, 031 12 93, 027 22 93. « Vallée de lamentation » ou « des gémissants » (?). Cf. Il Roïs, xx, 10 ; Jér. vu, 31-32; x1x, 2-5. Si Le culte pratiqué en cet endroit à été d’abord celui de Tammuz, ou un culte analogue (E B. III, 2071), l'étymologie ordinaire y conviendrait ; il ne serait pas nécessaire de supposer une altération du nom primitif.