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avant que le Sauveur quittât ce pays pour se rendre à Jérusalem, et la place assignée, dans le troisième Évangile, à la prière du Christ, ne peut être considérée comme une indication chronologique. Ni Luc ne prouve par là que la prière ait été enseignée si tard, ni Matthieu, en la mettant dans le discours sur la montagne, ne prouve qu'elle ait été enseignée si tôt. Attendu que Luc aime à montrer Jésus priant à l'écart, on ne peut pas inférer de la formule : « comme il était à prier en un certain lieu ! », que le Sauveur priât en public, ou à l’une des heures établies par la coutume juive. Cette conclusion serait certainement fausse, et par rapport au fait, et par rapport à la pensée de l'évangéliste *. Le disciple qui demande une formule de prière peut n'être pas l'un des Douze. Il est probable que la source primitive ne contenait que la demande avec la réponse, sans indication de temps, ni de lieu, ni de personne. Les termes de la question ne permettent pas de savoir si Jean était encore en vie, ou bien s'il était déjà mort en ce temps-là, quoique la dernière hypothèse soit plus vraisemblable. On ignore quelle forme de prière le Baptiste avait recommandée à ses disciples. Mais le fait même de la demande adressée à Jésus est une donnée qui ne pouvait se déduire de la prière, et qu'un historien du Christ aurait eu plutôt la tentation d'omettre que de supposer.
Le texte de la prière est beaucoup plus court dans le troisième Évangile que dans le premier. Certaines additions dans le texte reçu viennent de ce qu'on a voulu conformer Luc à Matthieu. Il serait tout à fait puéril d'admettre, pour expliquer les variantes et la différence des combinaisons rédactionnelles, que le Christ aurait enseigné deux fois la même prière, sous deux formes différentes. Seulement il est permis de se demander laquelle des deux formules, la plus longue ou la plus courte, représente plus exactement la prière enseignée par Jésus, ou tout au moins la première rédaction de cette prière dans le recueil des discours évangéliques. Les deux évangélistes dépendent, en dernière analyse, d’une même version grecque de l'Oraison dominicale, et Luc, qui en a gardé le préambule origi-
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