‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 492 sur 807 · Cf. p. 603, n · texte numérisé non relu

Cf. p. 603, n

4. Jésus disait Nan (cf. Mc. xrv, 36; Rom. vrrr, 15 ; Gaz, 1v, 6), ce seul mot équivalant à « mon Père », quand il priait en son propre nom, et à « notre Père », dans la prière des disciples ou dans celles de la communauté. L'emploi du simple abba est garanti par saint Paul, et le rare de Luc peut représenter

Père », ils Ji +, A cette pau un titre d'honeles C'était, chez les Juifs, le titre solennel de Iahvé comme Dieu protecteur d'Israël. Le peuple choisi est fils du Dieu qui la tiré du pays d'Égypte ; ses rois sont dits aussi fils de Dieu, en tant qu'ils sont vicaires du Seigneur, et qu'ils représentent devant lui la nation élue. Ainsi la relation de père à fils, qui existe entre Dieu et Israël, n'atteint pas précisément chaque israélite comme homme, mais en (ant que membre de la famille d'Abraham. Il y aurait néanmoins de l'exagération à dire que l'emploi du nom de père, pour signifier la relation personnelle de Dieu avec chaque individu, n'appartient qu'à l'Évangile. Ce qui est vrai, c’est que, dans l'Évangile, Dieu est le père de tous et de chacun, sans que l'origine israélite constitue par elle-même cette filiation. Un rapport intime s'établit entre Dieu et chaque fidèle, rapport fondé sur la foi, entretenu par l'espérance, affermi dans la charité.

Que ton nom soit sanctifié ? ». Très souvent dans la Bible, et ici en particulier, le nom de Dieu n'est pas autre chose que Dieu lui-même, en tant que révélé aux hommes et connu d'eux. Que Dieu, l'unique Père, soit donc honoré comme tel en ce monde, non seulement par les hommages extérieurs du culte, mais encore, et avant tout, par les sentiments de religieux respect, de foi, de confiance et d'amour qui devraient se rencontrer chez toutes les créatures raisonnables. Qu'il soit loué par les bonnes œuvres et la sainte vie de ses fidèles. Ainsi l'humanité, créée pour Dieu, remplira les vues de son auteur.

Au lieu de cette demande, on lisait, semble-t-il 3, dans l’évangile de Marcion : « que ton Esprit saint vienne sur nous “. » Saint Gré-

la forme de l'invocation dans le texte primitif de la prière. Il est vrai, d'ailleurs, que Jésus, disant : « notre Père », n'aurait point parlé en son nom, comme s'associant à ses disciples, mais pour ces derniers. Cf. DaLman, I, 155-

Hozrzmann, 216.

. &ytasituw +0 Gvoud cou.

. Cf. Zaun, Gesch. d. neut. Kanons, 1], 471.

4. On lit ainsi le texte dans Grégoire de Nysse, Maxime le Confesseur et le ms. 700 : &A0ëtw +9 aytov veut sou 0° fu3s (Maxime n'a pas io’ nuäc) xai xalaesérw qu&s. Marcion n'avait sans doute pas le dernier membre de phrase. Ce doit êlre par l'influence de cette lecture qu'on lit dans D : ëg’ fuäs 2\0£te co

n Bastkc!a.

goire de Nysse, tout en conservant la première demande, lisait ces paroles à la place de la seconde. Marcion n'a pas dü les inventer, et l’on doit y voir au moins une variante fort ancienne !, explication spirituelle de la première ou de la seconde demande, suggérée ? par la conclusion du discours : « Combien plutôt le Père du Ciel donnera-t-il l'Esprit saint à ceux qui le lui demandent *. » Mais si la variante était mieux attestée, l’on pourrait tout aussi bien, et plus naturellement peut-être, voir dans cette conclusion une référence directe au texte de la prière tel que le lisait Marcion; et la lecon canonique aurait été empruntée à Matthieu.

« Que ton règne arrive . » Ce règne est celui que Jésus a prêché, dont il préparait l'avènement, dont il invite les fidèles à espérer et à souhaiter l’accomplissement prochain. Si l'on veut rester dans le sens historique de la prière, il ne faut pas retirer à cette formule sa signification eschatologique. Le règne de Dieu x est, comme ailleurs, la consommation de la justice éternelle, et l'inauguration des joies célestes. Il est évident que le texte même présente le règne comme à venir, non comme déjà présent. S'il s'agissait du règne spirituel de l'Évangile et de la régénération morale de l'humanité, on ne dirait pas que le règne arrive, mais qu'il s'accroisse. Ce qu'on demande directement est donc l'avènement du règne glorieux, et la sanctification des hommes ne peut être visée qu'implicitement. Luc l'aurait exprimée dans la demande de l'Esprit, si cette demande était authentique. La préoccupation du présent comme condition de l'avenir, du progrès de la justice sur la terre comme condition requise pour l'accomplissement du règne de Dieu, apparaît dans la troisième demande de Matthieu, qui manque dans Luc :

« Que ta volonté se fasse sur la terre comme au ciel *. « Cette

1. Brass {Lucas, 51) y retrouve le texte authentique de la seconde demande dans l’editio romana de Luc.

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