‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 539 sur 807 · xxxv · texte numérisé non relu

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l'énumération pour l'adapter à ce qu'il a fait réellement, le prophète ne parlant pas de lépreux guéris ni de morts ressuscités. Il importe peu que les termes employés dans Isaïe soient symboliques ou non !. Ni Matthieu n1 Luc ne les entendent de miracles spirituels, mais de faits sensibles. L'évangélisation des pauvres, annoncée pareillement dans Isaïe ?, serait le seul trait d'ordre moral que Jésus introduirait dans la définition de son œuvre présente. L'association d'idées n’est pas très naturelle, quand même on admettrait, ce qui est vrai dans une large mesure, que Matthieu et Luc ont regardé les miracles d'ordre physique comme symbole des fruits spirituels de l'Évangile. Ce mélange d'’allégorie peut faire l'unité du discours dans la pensée des évangélistes: il ne se conçoit guère dans la bouche de Jésus, qui aurait pu parler entermes métaphoriques de son œuvre spirituelle, mais non pas envelopper dans une allégorie peu intelligible l'idée qu'il voulait suggérer à Jean. Le Sauveur ferait entendre au Baptiste que le règne de Dieu ne consiste pas seulement dans le jugement général et dans le triomphe des justes, mais qu'il doit être inauguré, selon que les prophètes l'ont annoncé, par les œuvres, miracles et prédication aux pauvres, que Jean n'a pas su reconnaitre pour des preuves du Christ. Le règne de Dieu serait arrivé dès maintenant, et il faudrait s’en remettre au Père céleste pour l'accomplissement final. Jean, comme tout autre, aurait tort de contester à Jésus la qualité de Messie, sous prétexte qu'il n'amène pas incontinent la plénitude du règne messianique.

Le sens de cette conclusion n'est pas douteux. C'est un avertissement donné à un homme trop préoccupé de la signification eschatologique du royaume : Jésus voudrait lui faire comprendre la réalité spirituelle, et néanmoins très messianique, de son action dans le présent. Mais le but même de la réponse invite à distinguer le sens que Jésus y a voulu mettre, de celui que les évangélistes y ont trouvé. Que Jésus, à un moment quelconque de son ministère, se soit publiquement prévalu de ses miracles, et qu'il ait allégué en témoignage de sa mission le grand nombre d'aveugles à qui il avait rendu la vue, de lépreux qu'il avait guéris, de morts qu'il avait

!. Onn’aaucune raison d'y voir de pures métaphores. Cf. Dunm, Jesaia?, 223 Manrri, 247.

2 ÉEXE

onde, c'est ce qui répugne autant à son attitr de à son caractère qu'à la réalité des faits. L'attitude des év en présence de l'assertion relative aux morts ressuscités écla 2e d’un jour tout particulier l'état de la tradition historique. Matthieu s’est contenté du cas raconté dans Marc; Luc, supposant que ce. fait était postérieur au message du Baptiste, en a cherché un autre, et paraît avoir eu quelque peine à le découvrir. Les guérisons d'aveugles n'ont pas été non plus très nombreuses. Il est inconcevable que Jésus ait pu parler de cas exceptionnels comme étant les. manifestations ordinaires de son activité. Comme il ne se portait pas de lui-même à faire des miracles, il n’a pas dà les étaler !, bien moins encore a-t-il pu les exagérer, en les présentant comme des actes messianiques et des manifestations évidentes du règne de Dieu. Sans doute, quand on l'accuse de chasser les démons par Beelzeboul, il sait que répondre ?; mais les guérisons de démo- % niaques sont des miracles d'un genre tout particulier, que l'Evangile conçoit comme faits d'ordre spirituel. Jésus lui-même y voit une manifestation de la puissance divine, mais non un signé comme les pharisiens en demandent: et il n'en dit rien dans sa réponse à Jean. Ou bien cette réponse procède d'une tradition qui n'avait plus le sentiment juste soit de la place que les miracles avaient tenue dans le ministère de Jésus, soit de la façon dont luimême les avait envisagés; ou bien l’on aura pris de bonne heure à la lettre les métaphores dont Jésus s'était servi pour décrire son activité spirituelle en s'inspirant d'Isaïe. Cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable, puisque le texte de la réponse a préexisté aux combinaisons rédactionnelles que les évangélistes ont adoptées pour la justifier, et que la tradition primitive ne se serait pas suscité d'embarras à elle-même en prètant au Sauveur un discours en contradiction avec les faits connus.

Le discours, si l'on fait abstraction du cadre préparé par les rédacteurs, peut s'entendre aisément des fruits spirituels de la prédication évangélique ?, et la réponse faite à la question du Baptiste

1. Cf. Mc. v, 43 (Le. vin, 56). Il n’y a pas lieu d’alléguer en sens contraire la mise en scène du miracle de Naïn, qui est due à l’évangéliste.

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