‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 557 sur 807 · x11, 4-8. Voir QE · texte numérisé non relu

x11, 4-8. Voir QE

Le touchant et le plus instructif, sauf à ne: ce qu il garda :

avec des traits de celui qu'il ne retenait pas. Une combinaison de

ce genre s'est rencontrée dans le récit de la vocation des premiers disciples !. Le procédé témoigne d’une certaine indifférence à l'égard de ce qui est simple matière de fait, et ne prouve pas que l'évangéliste ait eu une opinion arrêtée pour ou contre la distinction originelle des récits amalgamés. Dans le cas présent, l'onction, le vase de parfum, le nom de Simon semblent importés du récit de Marc. Toutefois Luc n'aurait pu être amené à faire cette transposition, s'il n'avait connu l’histoire d’une pécheresse pour laquelle Jésus avait dit la parabole des Deux débiteurs; cette femme étant venue pendant que Jésus était à table, le rapport extérieur de ce cas avec la scène de l’onction l'aura déterminé à réunir le tout en un seul tableau.

Il est fort possible que cette Lio vint dans la source à l’'endroit où l’évangéliste la présente, après le mot sur l’« ami des publicains et des pécheurs ». Matthieu ou la tradition littéraire qui le supporte ont pu connaître ce récit, et le négliger avec intention. Luc lui-même l'a quelque peu corrigé. On reprochait à Jésus son indulgence pour des gens perdus de réputation. Le souvenir de ce reproche se conservait avec celui d'incidents , particuliers qui l'avaient motivé, et dont la tradition citait comme exemple la vocation du publicain et le repas accepté par Jésus chez le péager?, l'histoire de la femme adultère et cefle de la pécheresse aux pieds de Jésus. Ce qui est advenu à la péricope de la femme adultère prouve que l’on eut bientôt quelque scrupule à mettre en évidence les épisodes évangéliques dont la malveillance des adversaires ou le relâchement de certains fidèles pouvaient tirer des interprétations abusives. L'histoire de la pécheresse est dans ces conditions #. On admet volontiers que l'onction faite à Béthanie appartient à une autre catégorie de souvenirs, celle des menus faits qui ont eu lieu dans les derniers jours passés par le Christ avec ses disciples, et

4. Le. v, 1-11; supr. pp. #39-#46. Cf. la façon de traiter la prédication de Jésus à Nazareth, 1v, 19-30, et l'histoire du centurion de Capharnaüm, vu, 2-10; supr. pp. 648-652.

2, Le. v, 27-32; supr. pp. 482-492

3. On n'a aucun motif de supposer que l'histoire de la pécheresse et celle de la femme adultère seraient déux versions d'un même fait (WennLe, loc. cil. ;

ibn Vite 8, 17

Lo aizs

qui, pour cette raison même, se sont gravés plus profondément dans la mémoire des témoins. On verra plus loin que ce récit offre moins de garanties que l'anecdote de la pécheresse.

Luc, vu, 36. Et l’un des pharisiens le pria de manger avec lui: et étant entré dans la maison du pharisien, il se mit à table; 37. et voici qu’une femme, qui était pécheresse dans la ville, sachant qu'il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase de parfum, 38. et, se tenant derrière lui, près de ses pieds, en pleurs, se mit à arroser de larmes ses pieds, et elle les essuyait avec les cheveux de sa tête, elle baisait ses pieds, et les oignait de parfum. 39. Et à cette vue, le pharisien qui l'avait invité se disait en lui-même : « S'il était prophète, il saurait qui et quelle est la femme qui le touche, puisque c'est une pécheresse. » 40. Et prenant la parole, Jésus lui dit : « Simon: J'ai quelque chose à te dire : — « Maitre, parle », dit-il. — 4#1.°« Il était deux débiteurs d’un certain créancier; l’un devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante: 42. comme ils n'avaient pas de quoi payer, il fit grâce à tous les deux. Lequel

donc l’aimera davantage? » 43. Répondant, Simon dit : « Je pense que c'est celui à qui il a fait plus grande grâce. » Et il lui dit : « Tu as bien jugé. » 44. Et se tournant vers la femme, 1l dit à Simon : « Tu vois cette

femme ? Je suis entré dans ta maison, tu n'as pas versé d'eau sur mes pieds, et elle a arrosé mes pieds de ses larmes, et les a essuyés de ses cheveux ;45. tu ne m'as pas donné de baiser, et, depuis que je suis entré, elle n'a pas cessé de baiser mes pieds; 46. tu n'as pas oint ma tête d'huile, et elle a oint mes pieds de parfum. 47. C’est pourquoi je te (le) dis, ses nombreux péchés sont remis, parce qu'elle aime beaucoup ; mais celui à qui on remet peu aime peu ». 48. Et il dit à la (femme) : « Tes péchés sont remis. » 49. Et les convives se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est-il pour remettre mème les péchés? » 50. Et il dit à la femme : « Ta foi l’a sauvée; va en paix. »

La détermination locale et chronologique de cette histoire est on ne peut plus flottante : la scène se passe dans une certaine ville, un certain jour que Jésus dinait chez un certain pharisien. On peut croire que la source mentionnait seulement la circonstance du repas chez un pharisien, et que Luc arrange les détails préliminaires d'après un tvpe de narration qui se rencontre plus loin !. La ville

HozTzmANN, 347 ; après Strauss, Baur). Les deux cas sont très différents. Et il ne paraît pas plus probable que le récit de la pécheresse soit une simple adaptation du récit de l'onction (WEeLLuausEN, Le. 31).

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peut être Capharnaüm ou une bourgade quelconque de all Jésus est avec les pharisiens dans les rapports que suppesent 147 premiers récits de Marc et de Luc: il est dans son pays, ayant des relations amicales avec tout le monde, même avec ceux qui deviendront bientôt ses ennemis. Il est peu vraisemblable que le Sauveur, durant le séjour qu'il fit à Jérusalem avant sa passion, ait eu l'occasion de recevoir l'hospitalité d'un pharisien, et que sa prédication ait atteint les courtisanes de la capitale. A Capharnaüm ou dans quelque ville du voisinage, rien de plus facile à expliquer.

Les convives étaient installés, c'est-à-dire étendus autour de la table, à la manière antique, quand une femme, connue dans la cité pour une courtisane, Luc emploie le terme réservé de « pécheresse » !, s'introduisit dans‘la salle du festin, à la faveur du tumulte et de la liberté qui accompagnent les grands repas en Orient. Elle vient se mettre derrière Jésus, et près de ses pieds, ce qui s'explique aisément par la position des convives. Sa démarche suppose qu'elle connaissait Jésus, et qu'elle avait été touchée de sa parole ; mais nul ne soupçonnait encore qu'elle eût l'intention de changer de wie. Agenouillée et courbée sur les pieds nus du Sauveur, les convives ayant, suivant l'usage, déposé leurs sandales à l'entrée de la salle du festin, la femme pleurait abondamment, et ses larmes. inondaient les pieds du Maître ; elle essuyait ees larmes avec ses cheveux dénoués, et elle baisait en même temps les pieds de Jésus.

C'est sans doute ce dernier hommage qu'elle avait eu l'intention de lui rendre, car on n'imagine guère qu'elle se fût proposé de lui laver les pieds avec ses larmes. Luc paraît cependant l'admettre, et il a dû le faire pour introduire l’onction, qui se trouve préparée par

1. V. 37. zai doù yuvn rte Tv &v 1% 70e auaotwAos. « La ville » ne pourrait être Jérusalem que si la pécheresse devait être identifiée à la femme adultère (cf, supr. p. 682, n.3); mais il peut y avoir dans ce détail influence de l'onction dans Marc. L'emploi du mot &usozwAis ne doit pas faire illusion sur les antéz cédents de la personne : Luc dit &uasrwXds pour ne pas dire rev (ef. vv. 29, 34 et Mr. xx1, 31-32). D omet #14 mv, el xx! après uasrok6s. La place de fx: y varie dans les mss. (avant ou après à +5 76kc), et ces mols pourraient avoir été ajoutés pour que la femme ne semblât pas être encore actuellement « pécheresse ». Dans l'économie présente de la phrase, l'attention est dirigée sur l’entrée de la femme dans la maison, quoique xouisasa 3k45as:c0v u0o0v remonte plus haut ; mais cette incohérence peut provenir de ce que la mention du parfum a été introduite après coup dans le récit.

le lavement des pieds. Il dit que la femme avait apporté un vase d’albâtre plein de parfum ; n'osant le répandre sur la tête du Sauveur, ou tout simplement parce que la combinaison de l'onction avec l’effusion des larmes obligeait presque l'évangéliste à modifier en ce point la donnée de Marc, elle est censée avoir voulu honorer Jésus en versant ce parfum sur ses pieds. L'onction des pieds n'était pas d'usage ordinaire ; dans l'économie actuelle du récit, elle est un surcroit d'honneur, et l'on pourrait presque dire un trait de culte religieux. Dans le récit primitif, le baiser devait être le point essentiel, et il suffirait à expliquer le scandale du pharisien, non à raison de l'acte même, mais de la personne à qui Jésus le permet. Le baiser n'est pas seulement pour les Orientaux une marque d’affection, c'est aussi une marque d'honneur. Baiser les pieds est signe d'entière soumission. La pénitente veut honorer Jésus en s’humiliant elle-même: ses larmes attestent son repentir. Cependant le pharisien s'étonne que Jésus accepte l'hommage d'une telle créature. S'il savait qui est cette femme, pense-t-1l en lui même, il ne se laisserait pas toucher par elle : et il saurait ce qu'elle est, s’il était prophète !. Ce n’est pas qu'un prophète soit obligé de tout savoir ; mais 1l doit être instruit de ce qui convient ou ne convient pas à son rôle de messager divin. La réflexion du pharisien n'est pas une preuve de malveillance : elle peut traduire aussi bien une déception qu'une satisfaction maligne. Il ne lui vient pas à l'esprit que Jésus pourrait penser autrement que lui sur la transmission de l’impureté par le contact *, et sur la réserve qu'il convient de garder à l'égard des pécheurs. Mais le Sauveur lui fait voir qu'il sait non seulement la condition de la malheureuse qui pleure derrière lui, mais encore le scrupule qui s'est élevé dans l’esprit de 'son hôte : « Simon j'ai quelque chose à te dire 5. » Ce qu'il va dire est la réponse au doute que le pharisien n'a point manifesté,

4. NV. 39. oütos et nv rpogitne, Éyivwozey dv Ts Zai TOTa7n 7 YUVN fete nTeta: 2270ù (D, n &zzouivn adrod ; cf. p.684, n. 2, l'omission de = v dans le v. 37), 6z: auagtoAdc éctuw. B lit 5 zcocncens (cf. JN. 1, 28, 25 ; vi, 14: vus, 40) ; mais cette leçon plus difficile (?) pourrait fort bien ètre une correction exégétique, afin que le pharisien n’eût pas l'air de prendre Jésus pour un simple prophète. Il est peu naturel de lui faire dire : « Si celui-ci était le prophète qu'il croit être, etc. » Ceux qui ont ajouté l'article devant z2s91+n<, pensaient au Messie. Le pronom oÿro n'implique pas nécessairement une nuance de mépris.

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