‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 559 sur 807 · Jüricuer, I · texte numérisé non relu

Jüricuer, I

3. Jésus dit, v. #5 : ap ‘ne sio).0ov, parce que c’est à l’arrivée que le baiser aurait pu lui être donné par son hôte. La leçon sioAley (L, mss. lat. Ve. etc.) parait venir de ce qu'on a trouvé l’autre inexacte, parce que la femme n'est entrée qu'après Jésus, quand il était à table. Mais le discours comporte exagération et ne concerne pas le moment précis où la femme est entrée.

LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES Es risien n'a pas fait, et pouvait ne pas faire, la femme l'a fait ; ses. larmes ont remplacé l’eau pour le lavement des pieds, et ses che-. veux ont tenu lieu de linge pour les essuyer; pareillement, au lieu du baiser au visage, que l'hôte aurait pu donner, et du parfum qu'il aurait pu verser sur la tête de Jésus, elle a baisé les pieds qu'elle avait essuyés, et les à oints de baume. Si la femme fait preuve d'un si grand amour, c'est qu'il lui a été beaucoup pardonné ; sa reconnaissance est en proportion de la grâce qu’elle a reçue.

Du moins est-ce l’idée qui ressort de la parabole et de l’ensemble: du discours. On à pu discuter le sens de la formule : « C’est pourquoi, Je te le dis, ses nombreux péchés ont été remis, parce qu'elle a beaucoup aimé !. » L'amour est-il la conséquence, ou bien la cause méritoire du pardon”? Pour n'être pas obligés d'attribuer à l'amour la rémission des péchés, les théologiens protestants ont voulu traduire : « Ses nombreux péchés sont pardonnés, puisqu'elle aime beaucoup », ce qui est conforme au sens de la parabole, et au contexte immédiat : « mais celui à qui on remet peu aime peu », quoique la construction grammaticale favorise plutôt l'autre hypothèse. La plupart des interprètes catholiques tiennent pour celle-ci, afin d'écarter la justification par la foi seule. Aucune théorie de la justification n'est émise ni supposée en cet endroit. Il est évident que la parabole et le fond primitif de l'histoire, si la parabole a été dite à l'occasion indiquée par Luc, tendent à montrer dans l’amour la preuve du pardon accordé, et les termes mêmes de la conclusion, nonobstant l'équivoque de l'assertion principale, en témoignent encore, car la rémission des péchés est censée acquise au moment où Jésus parle, et antérieurement aux témoignages de charité signifiés par les mots : « elle a aimé beaucoup ? ». L'amour n'a donc pas mérité le pardon: ilen est la conséquence : et l'asser-

4. V. 47. 05 you, Xéyo ot, àgéwvrat ai auastiar adths ai moÂÂ&, OT! MYARNoEv mon d 0 OAiyoy agite OAiyoy ayars. D lit simplement : 05 ydzuw Ôé, Xéyw o0t, agswyzat 237 704. On croira difficilement que la conclusion du discours ait pu être formulée en termes aussi brefs. S. Cyprien (Testim. II, 110) paraît, au contraire, avoir eu un texte plus développé que le nôtre : « In evangelio cata Lucam inquit : Cui plus dimittitur, plus diligit (ef. IréNéE, Haër. HI, 20, 2); et cui minus dimittitur modieum diligit. » Omission et addition sont à expliquer sans doute par la difficulté que présente le texte ordinaire.

2, Le parfait àgiwvra vise le pardon acquis absolument : l’aoriste 7y47n5: les actes dont Jésus etle pharisien sont témoins. Jücicner, I, 298.

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tion secondaire : « celui à qui on remet peu aime peu », correspond à l'idée qui est au fond de la première.

Mais il re semble pas que Luc ait voulu retenir cette idée, car 1l va faire entendre que la rémission des péchés n'était pas accomplie avant les paroles que Jésus adresse directement à la femme : « Tes péchés sont remis ! ». Pour les assistants qui se scandalisent de ce propos, et pour l'évangéliste qui le leur prête, la rémission des péchés suit le témoignage de la charité. Jésus semble pardonner au nom de Dieu, à raison de ce que la femme vient de faire, tandis que la parabole conduisait à la conclusion opposée. Le conflit des interprétations théologiques se trouve donc correspondre à un conflit, qui existe dans le texte mème, entre l'application primitive de la parabole, et l'adaptation qu'en fait l'évangéliste. Celui-ci a reproduit la parole que Jésus est censé avoir adressée au paralytique de Capharnaüm, et il attribue aux assistants le scandale que les pharisiens éprouvèrent dans cette occasion *, afin d'attribuer à Jésus lui-mème le pardon de la pécheresse. Le mot de congé que le Sauveur adresse à la femme est pris dans l'histoire de l'hémorroïsse *. Toute la finale présente ainsi un caractère artificiel, qui autorise le critique à distinguer entre l'application primitive de la parabole et le sens qui résulte de la combinaison rédactionnelle.

Il est possible que Luc n'ait pas eu conscience de la contradiction, ou qu'il n'en avait pas été frappé. Une incohérence analogue se rencontrera entre la parabole du Samaritain et le contexte qu'il Lui a donné ‘. Onn'est donc pas fondé à supposer qu'il admette un double rapport entre l'amour de la pécheresse et la rémission de ses péchés,

1. V. 48. agémvzrat sou at auxcztar. Cf. v, 20 ; supr. p. #76.

2. V. 49. zai foËayzo 01 suvayaxestuevor Aéyetv Èv Equroïc T's OùTOc 2sztv, 05 xai ZUa5riac aotnotv. Cf. v, 21. xai Hofavzo draloyiKecfar... Aéyovzes” tic Ecviv OÙTOS x5À.

3. Cf. vin, 48 (Mc. v. 34). Il ne s’agit aucunement de relever la foi au dessus de l'amour, comme principe de la justification (J. Weiss, #13). La foi de la femme s'oppose à l'incrédulité des assistants ; salut et paix sont assurés à cette dernière dans le royaume (cf. v. 28), tandis que Simon et ses pareils, grands hors du royaume, anéantissent pour eux-mêmes le dessein de Dieu (v.30); au moyen de cet appendice, Luc a rattaché l'histoire de la pécheresse à la péricope précédente, vv. 18-35, spécialement aux vv. 29-30, 34-35 (Jüzr- CHER, loc. cit.).

4. x, 25-37. Ce qui ne permet guère de voir avec WELLHAUSEx, Le. 32) dans Lc. 50 une trace de paulinisme.

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A. Loisx. — Les Évangiles synoptiques.

l'amour étant à la fois effet et cause du pardon. Le défant son monie entre la parabole et son application pourrait plutôt induire à

soupçonner qu'il n'aurait pas seulement combiné l’histoire d'une pécheresse avec celle de l’onction dans Marc, mais qu'il aurait construit toute l’histoire de la pécheresse avec la parabole et l’histoire de l'onction !. Luc à pu attribuer la rémission des péchés à Jésus lui-même ; mais ce n'est pas ce que supposait la parabole. Dans l'application primitive, Jésus ne pouvait se comparer au créancier: aux deux débiteurs devaient correspondre deux pécheurs inégalement coupables, et dont la reconnaissance envers Dieu était proportionnée à la quantité et à la gravité des fautes remises. Or la conduite du pharisien et de la pécheresse à l'égard de Jésus n’est pas en rapport nécessaire avec le pardon que Dieu a pu leur accorder. Car il n’est pas dit que le pharisien soit pécheur, ni qu'il aît eu à témoigner de la gratitude à Jésus pour la rémission de ses péchés. On doit tenir compte néanmoins de ce que la conclusion :

« beaucoup d'amour pour beaucoup de péchés remis, et un peu

d'amour pour peu de péchés pardonnés ? », est en rapport avec la parabole et avec le cas de la pécheresse. Le pharisien n’est pas visé comme pécheur, et Jésus ne pouvait le désigner comme tel: l'application concerne directement la femme pour les nombreux péchés pardonnés, et subsidiairement tout pécheur vulgaire qui, ayant eu moins à se faire pardonner, ne produit pas non plus des témoignages extraordinaires de charité *. Le lien de la parabole avec l’histoire de la pécheresse peut donc subsister; mais il faut admettre que Jésus envisage les manifestations de la charité envers

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