Id. ibid
de seconde main. L'hypothèse d'un thème unique, exploité diversement par les deux évangélistes n'est pas plus admissible : on ne voit pas pourquoi Marc aurait tourné ce thème en simple parabole, tandis que Matthieu l'aurait tourné ne allégorie !. Étant donné le caractère des deux récits, et la tendance allégorisante de Matthieu, il serait plus logique de supposer que celui-ci a librement transposé et développé en allégorie la parabole de Marc *. Encore est-1l que le parallélisme avec la parabole du Filet, également propre à Matthieu, et qu'il n'a pas inventée, donne plutôt à croire qu'il a connu aussi une parabole de l'Ivraie. Pouvant aisément tirer parti de cette parabole pour faire valoir une leçon morale qui lui est chère, 1l l'a substituée à la parabole de Marc, en s'aidant de celle-ci pour sa description allégorique *. L'explication qu'il ajoute en supplément atteste l'intérêt qu'il a pris à sa çomposition, l'importance qu'il attachait à la signification morale de son allégorie, et la crainte où il était que cette lecon ne füt perdue pour le lecteur, s'il ne la donnait en termes propres. après l'avoir signifiée en termes figurés.
Marru. x, #4. « Le royaume des cieux est comparable à un trésor enfoui dans le champ: un homme, l'ayant trouvé, le cache, el, joyeux, 1l s'en va vendre toutce qu'il possède, et il achète ce champ. »
Selon la perspective tracée par l'évangéliste, la parabole du Trésor et les deux suivantes auraient été prononcées devant les disciples: mais la parabole du Filet a pu être dite en public, aussi bien que celle de l'Ivraie, et 1l en est de même pour les paraboles ldu Trésor et de la Perle. L'introduction de ces paraboles après le commentaire de l'Ivraie et la conclusion du discours publie, empruntée à Marc, n'autorisent pas à penser quelles ne viennent pas de source, bien moins encore qu'elles soient d'une autre main que cette conclusion même et les paraboles rapportées auparavant *.
De nos jours encore, l'imagination populaire s'amuse volontiers à des histoires de trésors cachés et découverts. D'ailleurs l’enfouissement de l'argent pour le garantir des voleurs est une coutume attestée par la parabole des Talents. Un trésor donc, c'est-à-dire une
Jücicuer, I, 562. HorrzmManx. 249.
es Lo re
Jüzicner, loc. cit.
Opinion de WELLHAUSEN, M4. 70.
qui et Done piges à on ne le dit pas, et îe est sous-entendu que é nul ne connaissait plus la présence de ce trésor en ce lieu. Un
homme, par hasard, trouve la cachette, sans doute en travaillant la terre, et l’on peut supposer que c’est quelque travailleur libre, un mercenaire employé par le maître du champ. Cet homme se garde bien d’ébruiter l'affaire, parce que la trouvaille, aussitôt signalée, reviendrait au propriétaire, mais il recouvre soigneusement le trésor, de façon que l’on continue d'en ignorer l’existence; il s'en va, joyeux !, faire argent de tout ce qu'il possède, afin d'ac-
quérirle terrain, en offrant au propriétaire un prix avantageux ; par
ce moyen, que les gens non instruits ont pu juger déraisonnable, il acquiert le champ et le trésor.
L'acte de cet individu D ‘est ni loué ni blàmé : au point de vue de la morale antique, il était discutable plutôt que condamné?: au point de vue de Jésus, qui n'en critique pas la valeur, c'est ce que ferait, en pareil cas, un homme du commun, qui ne passerait mi pour scrupuleusement intègre ni pour voleur. Ce n'est pas cette manière de s'enrichir qui est recommandée: les sentiments de l'homme, la situation du trésor, n’ont rien de commun avec le devoir du vrai disciple et la réalité du royaume. La parabole ne comporte pas d'autre application que celle-ci : de même que l'homme au trésor a fait un bon marché en sacrihiant son petit avoir, de même le croyant fait une excellente affaire en sacriliant pour le royaume tous les biens de ce monde: à ce prix, le royaume est encore donné pour rien.
Marta. xin1, 45. « De même, le royaume des cieux est comparable à un marchand * qui cherche de belles * perles: 46. ayant trouvé une perle très précieuse, il est allé vendre tout ce qu'il possédait, et il Pa achetée. »
AN. #4. vai 470 hs yapas aœùrod Yraya. Le pronom aÿroù se rapporte à l’homme, nôn au trésor; 470 rÿç yacäs marque la cause et le point de départ de la démarche ; cf. x1v, 26, 479 =03 o0Bo.
+ e JücicHer, II, 583.
45. acone Euroce. Cf. v. 52: xvint, 23: xx, 1. KB omettent avipwrw. ” « es nn chand ».
+. Ss. omet 22405:, V, #6. D mss. lat. omettent éva.
L'ETENRS VS
Ce marchand n'est pas cité non plus comme un prodige d’honnêtelé, mais comme un négociant habile. Il cherche de belles perles pour son commerce, non pour les collectionner. Il en découvre une d'un prix extraordinaire; comme il est censé pauvre et décidé à s'enrichir par le trafic des perles, il ne veut pas manquer l'occasion qui se présente; il vend tout ce qu'il a pour obtenir la perle. Il n'importait pas au but de la parabole de s'étendre sur la qualité du premier possesseur, ni sur les profits ultérieurs du trafiquant. Mais on doit supposer que le détenteur de la perle n'était pas un marchand : que l’acquéreur, tout en y mettant son bien, l'a payée au-dessous de sa valeur réelle, et qu'il la revendra à gros bénéfice !. Le premier possesseur, de la perle est dans les mêmes conditions que le premier propriétaire du champ dans l'histoire du trésor: mais le rôle de ces personnages est accessoire dans la parabole, et l'on serait fort empêché de lui trouver une signilication religieuse.
La morale du second récit est exactement la même que celle du premier. Ce serait allégoriser que de rattacher une leçon particulière à la manière différente dont les deux hommes acquièrent l'objet qu'ils convoitent ?, comme si les démarches du marchand de perles se proposaient à l’imitation: ni la parabole du Trésor ne signifie qu'on trouve le royaume par hasard, ni celle de la Perle qu'il faut le désirer pour l'obtenir; le mercenaire dans le champ ne pouvait désirer le trésor avant d'en connaître l'existence, et il fallait être marchand et chercheur de perles pour discerner la valeur de la perle précieuse: les intentions des deux personnages ne sont aucunement édifiantes, puisque tous les deux ne se proposent que de devenir riches, et n'ont pas de scrupule sur le choix des moyens. Leurs cas sont cités comme exemples de marchés où l’on sacrifie le tout pour le tout, un tout de peu, pour un tout de valeur infiniment supérieure. Ainsi en est-il du sacrifice que l'on fait de tous les biens et intérêts de ce monde à l'obtention du royaume. Et il n’est pas insinué que le sacrifice absolu que demande le royaume soit éventuel ouconditionnel *, ou bien la condition sous entendue est : si l’on veut acquérir ce bien infini du royaume, il faut v sacrifier tout le reste, l'acquisition du royaume impliquant le renoncement total. Le chré-