HozrzManx
A NAZARETIH 839
sont différentes. Matthieu veut expliquer par une prophétie pourquoi
Jésus à prêché au bord du lac, et non dans son pays, pour commencer : il ne le conduit à Nazareth, si tant est qu'il l'y conduise, que pour l’amener à Capharnaüm. Dans Luc, au contraire, Jésus vient à Nazareth, dès le commencement, pour y prêcher, ce qui contredit Matthieu; et il vient à Capharnaüm, parce qu'on l’a chassé de son pays, ce qui ne s'accorde pas mieux avec le premier Évangile. Et ce n'est pas réellement pour motiver l'installation de Jésus à Capharnaüm que Luc le fait d'abord chasser de Nazareth, car il le montre prèchant avant de s'y rendre, et il a mis dans sa relation un passage d'où il résulte que Jésus avait déjà fait de nombreux miracles à Capharnaüm avant de venir dans son pays.
La raison de la transposition paraît être purement symbolique. Dans le discours du Sauveur aux habitants de Nazareth, on montre que le pouvoir miraculeux des anciens prophètes s'est exercé au prolit des Gentils, et comme au détriment d'Israél, qui ne méritait pas d’en recueillir les bienfaits. L'application de ces exemples va certainement beaucoup plus loin que le cas particulier en vue duquel ils sont introduits : et s'il n'en était pas ainsi, la comparaison serait mal choisie. Jésus est censé ne pas faire de miracles à Nazareth. et en faire ailleurs, comme autrefois Élie et Élisée ont fait pour les Gentils tels miracles qu'ils n'ont pas faits pour les Israélites. Le rapport indiqué porterait à faux, si Nazareth incrédule à Jésus ne figurait pas le judaïsme incrédule à l'Évangile. et si les miracles faits ailleurs ne représentaient la diffusion de la foi dans le monde païen. La veuve de Sarepta et Naaman le Svrien sont pour l’'évangéliste les types prophétiques des chrétiens sortis de la gentilité. Ainsi comprise, la scène de Nazareth éclaire la suite de l'Évangile et fait entrevoir l'avenir de la divine parole, l'incrédulité des Juifs et leur réprobation, la volonté qu'il ont eue de tuer Jésus, qui vit toujours, et d'étouffer l'Évangile, qui se répand dans tout l'univers. Tout ce que Luc racontera dans ses deux livres est condensé en cet unique tableau. Pour obtenir cette belle et riche perspective, l'évangéliste n'a eu qu'à transposer et à illustrer par les prophéties et figures anciennes le récit de Mare. Ce procédé, que Luc n'a emplové nulle part avec autant de liberté !, montre que le
1. On peut comparer Lc. v, 1-11 ; mais le récit de la pêche miraculeuse est pris dans la tradition. ,
symbolisme johannique a des antécédents remarqui nn sy noptique. L'influence de Matthieu me. pas
annonçant l'abandon de Nazareth pour Capharnaüm. Luc observe, comme Marc et Matthieu, que le Sauveur, étant venu à Nazareth, se rendit à la synagogue, le jour du sabbat. Il ajoute : « selon sa coutume ! », en se référant à la petite notice ?. qu'il a rédigée pour servir de préliminaire à ce récit; mais cette façon de parler supposerait un plus long exercice de ministère que celui dont il a été question. L'évangéliste, en elfet, vise la prédication, non la simple assistance au service religieux. Depuis longtemps, la Loi était lue régulièrement dans les svnagogues *. Le récit évangélique prouve ou plutôt suppose que, déjà au temps de Jésus, l'on Joignait la lecture des Prophètes à celle de la Loi ‘. Jésus, après la lecture de la Loi, se présente comme lecteur de la leçon prophétique. L’évangéliste dit qu'il « se leva ». et, plus loin, qu'il « sas sit ? » pour faire son discours, parce que la coutume était, en effet, de lire debout le texte biblique, et de s'asseoir pour le commenter. Ordinairement le président de la synagogue invitait quelqu'un de l'assistance à faire la lecture ; mais Jésus ne craint pas de s’oflnir luimême. L'appariteur lui met en main l'un des volumes sacrés. C'était le rouleau d'Isaïe ; du moins le texte évangélique suggère plutôt cette idée que celle d'un rouleau contenant seulement les parties des Prophètes qui servaient à la lecture publique. Il ne semble pas, d’ailleurs, que le cycle des leçons prophétiques fût arrêté dès ce temps-là, et qu'on ne jouit pas d’une certaine liberté dans le choix des morceaux. Notre récit laisse plutôt entendre que le Sauveur, ayant déroulé le volume d'Isaie, lut un passage qui lui était tombé sous les veux, et qu'il pouvait s'appliquer à lui-même, non que ce