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du discours de mission dans la source commune de Matthieu et de Luc, puisqu'on la trouve, dans le troisième Évangile, à la fin du discours aux Soixante-douze !. Mais Luc paraît l'avoir retouchée, tant pour la différencier du passage parallèle qu'il avait déjà reproduit d'après Marc, que pour mieux l'adapter à l’ensemble du discours : commeil a insisté sur la prédication du royaume, au lieu de « recevoir », il dit « écouter », et comme le discours s'achève pour lui sur la perspective de l'incrédulité judaïque, il abandonne le développement positif de l’idée pour le développement négatif, expliquant en quelque façon le châtiment d'Israël par son incrédulité à l'égard de Jésus lui-même”. La parole relative à ceux qui feront accueil aux missionnaires de l'Évangile venait assez naturellement après ce qui avait été dit de la conduite à tenir vis-à-vis de ceux qui les recevraient et de ceux qui ne les recevraient pas. Elle fait valoir l'honneur et surtout le mérite qui résultent, pour les premiers, de l'hospitalité donnée. Mais le sens du mot « recevoir » est plus large que dans le discours: il implique la reconnaissance de la mission des apôtres. Vu qu'on honore dans un envoyé la personne de celui qui l'envoie, Jésus considère comme fait pour luimème ce que l'on fait pour ses disciples: et ce que l’on fait pour Jésus est fait pour Dieu, dont Jésus est l'apôtre par excellence. Qui croit à la parole des disciples croit à la parole de Jésus et au message de Dieu; qui honore les disciples honore Jésus et Dieu. Là est le motif de la récompense. Cette sentence aurait pu être tout aussi bien dite pour faire valoir l'autorité du témoignage apostolique et la solidarité de Jésus avec ses envoyés. Le discours de mission, même dans la forme, la plus ancienne, était moins une allocution suivie qu un recueil de sentences avant trait à l’apostolat. Matthieu fait ressortir l’idée de récompense en désignant d'autres personnes agréables à Dieu, et en observant que l'on égalera leurs mérites si l’on a pour elles les égards qui conviennent. Tant pour le fond que pour la forme, cette assertion est de l’évangéliste 4 plutôt que de Jésus. Elle semble imitée de la sentence précédente et
1. La source commune devait présenter en substance Mr. 1x, 37-38; x, 5 b- 8 a, 9-16, 23-25, 40 (Le. x, 2-12, 16).
PAREIL ES ATEN TR NT Le 2. V. 16. 6 xxo0wv buy Eu0ÿ axover, at 0 alez@y Duc ui afetei, 472.
. Mr. 40. 6 ôeyouevos Suac iuë Déyerat TA.
+. Ou de la tradition. Werxee, 181, observe que Matthieu serait plutôt dis-
A. Loisx. — Les Evangiles synoptiques. 57
recevoir un apôtre au nom de Jésus, et mériter la faveur de Dieu,
parce qu'on reçoit son envoyé, n'est pas la même chose que mériter
au ciel la place du prophète à qui on a donné l'hospitalité sur la
: Me 28 terre. En parlant des prophètes et des justes, Matthieu imite le lan-
gage de l'Ancien Testament, mais on avouera que Jésus lui-même n'aurait pu en viser les personnages sans tomber dans la théorie
abstraite, et que l'évangéliste ne pense pas réellement à eux.
Matthieu se représente les apôtres comme tenant maintenant la.
. place des prophètes anciens ; il connaît aussi, dans les communautés chrétiennes, des prophètes et de saints hommes qui prennent rang
à côté des missionnaires ; il a voulu leur faire uné place, et, pour compléter son énumération, il est allé chercher dans Mare la
parole sur le verre d'eau fraiche donné « aux petits ». Par ce moyen, -
les principales catégories de chrétiens sont représentées : apôtres. prophètes, parfaits, simples fidèles. Celui qui reçoit un prophète
parce que c'est un prophète, un homme de Dieu, et non pour des
raisons qui n'ont rien à voir avec sa qualité, « obtiendra récompense de prophète » !, c'est-à-dire la même récompense que s'il était prophète lui-même. Celui qui reçoit un juste, c'est-à-dire un de
ceux qui suivent l'idéal de perfection tracé par le Christ, et dont la
masse des croyants s'est montrée dès l'abord incapable, recevra
récompense de juste, comme s'il était juste lui-même. La justice.
que l'évangéliste a en vue n'est pas celle des patriarches, maïs bien celle qui « l'emporte sur la justice des scribes et des pharisiens »?, Dans le premier cas, on peut dire que le mérite ne s'attache pas à la
dignité de la fonction, mais à la manière dont on s'en acquitte : celui qui reçoit dignement le prophète accomplit son devoir aussi bien.
que le prophète fidèle à l'esprit qui l'éclaire. Dans le second cas,
posé à prémunir ses lecteurs contre les faux prophètes (vi, 15-22), el que Mr. #1, peut avoir été dans la source sans être pour cela parole du Sauveur.
1. V. 4%. pioboy reoonrou Amudeza. La promesse n'a de sens que par rapport à la récompense éternelle: par conséquent le rapport avec le principe énoncé au v. 10 (Horrzmanx, 236) est purement extérieur el accidentel.