Das älteste Evangelium
sources que Matthieu et Luc ont pu connaitre et suivre dans les cas où ils semblent primitifs relativement à Marc.
L'opinion de R.-A. Hoffmann !, qui suppose une double rédaction araméenne de Marc dont la première, p'us courte, aurait été connue de Matthieu, ne semble pas devoir trouver plus de crédit que celle de Resch touchant le protévangile hébreu.
Elle ne laisse pas néanmoins de se retrouver en partie, et sous le couvert d'un nom autorisé, dans les récents travaux de J. Wellhausen ?. L'Évangile de Marc tiendrait de si près à la tradition de la communauté primitive, dont la langue était un dialecte araméen, que, selon toute vraisemblance, la rédaction originale de notre second Évangile était aussi araméenne. Cette rédaction aurait été glosée dans une certaine mesure, qui ne se laisse pas déterminer; mais le livre grec qui nous est parvenu esl celui qui a servi de source à Matthieu et à Luc; toutefois, ceux-ci ont pu connaïtre aussi la rédaction primitive. Bien qu'il ne représente pas les souvenirs de Pierre, Marc serait la source la plus autorisée, on pourrait presque dire l'unique source à consulter sur la vie et l'enseignement de Jésus. Sans doute Matthieu et Luc dépendent aussi d'une autre source qui contenait surtout des discours attribués au Christ; mais cette source, également d’origine hiérosolymitaine et rédigée en araméen avant l’an 70 aurait été secondaire à l'égard de Marc, dont elle dépendrait, et les enseignements qu'elle met dans la bouche du Christ auraient été conçus pour les besoins de la communauté. Matthieu et Luc auraient écrit après l'an 70, le premier dans le milieu hiérosolymitain, le second en Syrie. La succession des documents évangéliques aurait ainsi quelque analogie avec celle des documents de l'Hexateuque, Marc correspondant aux anciennes sources iahviste et élohiste, les Logia au Deutéronome, Matthieu et Luc au Code sacerdotal %. Cette construction particulière est en rapport avec une vue très spéciale sur le rôle historique du Sauveur. Jésus aurait été un docteur qui ne se proposait pas autre chose que d'instruire Israël dans la voie de Dieu ; lui-même aurait défini sa mission dans la parabole du Semeur ; l'idée du règne de Dieu aurait tenu peu de place dans sa prédication; celle du royaume déja acquis lui aurait été étrangère, et les préoccupations eschatologiques de l'Évangile seraient imputables à la tradition chrétienne ; Jésus n'aurait même pas songé à la parousie. Ce
1. Das Marcusevangelium und seine Quellen (1904). E. WexoziG, Ur-Marcus (1905) partage Marc entre trois écrivains : proto-Marc, rédacteur, évangéliste. Les résultats de son analyse paraissent fort incertains.
2. Das Evangelium Marci (1903). Das Evangelium Matthaei (1904). Das Evangelium Lucae (1904). Einleitung in die drei ersten Evangelien (1905).
3. Remarque de Jüricmer, Theolog. Literaturzeitung, 11 nov. 1905, p. 619.
fut la foi à sa résurrection qui fit de lui le Messie pour ses fidèles; à proprement parler, l'Évangile est postérieur à Jésus ; le nom même et l'idée sont chrétiennes, ainsi que l’apostolat des Douze; sans sa mort tragique, Jésus ne serait pas entré dans l'histoire, et l'impression produite par sa carrière résulte de ce qu'elle a été violemment interrompue lorsqu'elle venait à peine de commencer.
Peut-être l’auteur de ce système s'est-il trop aisément persuadé que la critique des Évangiles avait besoin d'être renouvelée, et qu'elle pouvait l'être de la même façon que celle de l'Hexateuque, il y a quelque trente ans. Ce que son œuvre a de plus louable et de plus consistant est l'effort qu'il a tenté, non sans succès, pour rattacher nos évangiles au fond araméen, tradition ou rédactions, qui les supporte. Mais sa critique de Marc, après Wrede et J. Weiss, parait insuffisante, Son opinion sur le rapport de Marc et des Logia, fondée sur des raisonnements ou sur des indices contestables, parait bien être le contraire de la vérité !. Et l'on peut craindre qu'une idée préconçue du caractère et de l'œuvre du Christ n'ait influencé une exégèse qui dispose un peu trop souverainement des matériaux évangéliques, et qui, si elle éclaircit maint détail, ne contribue certainement pas à rendre plus intelligibles ni la vie ni la mort de Jésus.
Il semble donc que la plus grande confusion règne encore sur le problème fondamental de la critique néotestamentaire et conséquemment des origines chrétiennes. Une apologétique superficielle pourrait se prévaloir de cette incertitude, conclure à l’inanité du travail critique, et en ürer argument en faveur de ce qu'on appelle la tradition. Mais on a pu voir que la tradition elle-même est tout ce qu'il y a de plus incertain, et que c'est son insuffisance palpable qui rend nécessaire le travail critique: Ce travail a eu ses tâätonnements inévitables; il ne fera jamais la pleine lumière sur tous les détails d’un sujet qui se dérobe en grande partie à l'expérience directe de l'historien. Il n'en a pas moins acquis un certain nombre de résultats importants, et l’on aurait tort de penser qu'il n'en obtiendra pas d’autres dans l'avenir. Que, pour satisfaire à une consigne dogmatique, un grand nombre d'exégètes, catholiques ou protestants, tiennent encore à l'authenticité rigoureüse, à l’historicité absolue des trois premiers Évangiles, la critique scientifique, nonobstant les écarts et les partis pris dont ses représentants n'ont pas toujours été et ne sont pas encore tous exempts maintenant, ne laisse pas d’avoir fait un chemin considérable : elle a précisé de plus en plus exactement la position du problème synoptique ; elle s'est rapprochée du but qu'elle poursuit plus ou moins consciemment depuis un siècle : déterminer l’origine, les conditions et la valeur du témoignage évangélique, reconstituer par le moyen