Voir W. Bousser, Theolog. Rundschau, jan
des Évangiles l'histoire de Jésus et du mouvement chrétien, expliquer par ce mouvement, dont ils sont l'expression partielle, la composition des évangiles mêmes et le développement de la littérature évangélique, partie essentielle et principale de l'ancienne littérature chrétienne.
En ce qui concerne l'origine des Synoptiques, il parait certain que pas un d'eux ne repose directement et complètement sur la tradition orale, qu'aucun d'eux n'est l'expression immédiate de souvenirs gardés par un témoin. L'hypothèse de la tradition ne suffit pas à résoudre le problème. L'attribution du premier Évangile à l'apôtre Matthieu n'est pas soutenable; celle du second Évangile à un disciple de Pierre soulève de très sérieuses objections ; et si le troisième Évangile a été écrit par un disciple de Paul, on doit reconnaitre que cette circonstance ne jette pas beaucoup de lumière sur sa composition, ses tendances et son objet.
L'hypothèse d'une source unique où les trois Synoptiques auraient puisé directement, et qui aurait contenu l'ensemble des récits et des discours évangéliques, est gratuite en elle-même, elle ne rend pas compte du rapport des Évangiles ni de leur origine. Il n'y a pas eu de protévangile contenant toute la substance de Matthieu, de Marc et de Luc.
L'hypothèse de l'utilisation, quel que soit l’ordre qu'on assigne aux Évangiles, n’est pas plus satisfaisante que les précédentes, si l'on veut s'y tenir exclusivement. La composition de Marc ne s'explique point par sa dépendance à l'égard de Matthieu seul, ou de Matthieu et de Luc, ni celle de Luc par sa dépendance à l'égard de Matthieu seul, ou de Matthieu et de Marc, ni celle de Matthieu par sa dépendance à l'égard de Mare seul, ou de Marc et de Luc.
Il a existé des sources antérieures à nos évangiles canoniques, même à Marc. Ce sont ces sources qui procèdent de la tradition orale et qui tiennent à l'égard des Synoptiques la place que certains critiques assignaient au protévangile. Aucun évangile ne représente une seule source primitive, sans mélange d'éléments pris ailleurs. Marc est antérieur aux deux autres Synoptiques et leur a servi de source; mais il n'est pas lui-même un simple écho de la prédication de Pierre. Bien que l'hypothèse d’un proto-Marc, antérieur à Matthieu et à Luc, et d’un deutéro- Marc qui leur serait postérieur, ait encore de notables partisans, elle ne semble pas très probable. Les rédacteurs des deux autres Synoptiques ont dû connaître Marc dans sa forme actuelle. Mais l'hypothèse de sources que Matthieu et Luc auraient connues, comme ils ont connu Marc, semble recevable pour Marc lui-même.
Les discours qui sont communs à Matthieu et à Luc, et qui ne sont pas dans Marc, viennent très vraisemblablement d'une source spéciale ; mais il est probable que cette source existait en des recensions différentes, et que Matthieu et Luc n'ont pas exploité la même recension. Il n’est
A. Loïsx. — Les Évangiles synoptiques. 6
pas tout à fait certain que le document primitif ait été rédigé en araméen. La dépendance de Marc à l'égard de ce document paraît incontestable, bien qu'elle n'ait été admise jusqu'à présent que par un pelit nombre de eritiques. Il paraît douteux que cette source ait contenu d'abord une esquisse de la carrière de Jésus, et peut-être ne contenait-elle en fait de récitsque certaines notices réclamées pour l'introduction de telle ou telle sentence. Bien que beaucoup regardent comme primitifs les récits de Mare, de second Évangile semble présenter, comme les deux autres Synoptiques, des traces indisceutables de travail rédactionnel. L'évangéliste à dû con naître une sorte d'histoire abrégée du ministère du Christ, laquelle n'encadrait pas l’objet de la prédication évangélique, et peut être considérée comme primitivement distincte du recueil de discours.
Le second Évangile remonte probablement aux environs de l'an 70: le premier et le troisième ne peuvent pas être de beaucoup antérieurs à la fin du r° siècle, et encore est-il possible que des additions et des retouches y aient été pratiquées dans la première moitié du second siècle. Ces livres étaient la propriété des communaulés chrétiennes, non celles d'auteurs déterminés dont on se serait cru obligé de respecter le droit. Il est possible que la première rédaction des discours du Seigneur soit de Papôtre Matthieu ; que le récit qui est à la base du second Évangile soit d'un Marc disciple de Pierre ; que le troisième Évangile ait été attribué à Lue, parce que ce disciple de Paul était l'auteur du journal de voyage qui a été incorporé au livre des Actes.
Nonobstant la place assez large qu'il convient de faire au travail de la pensée traditionnelle et de la rédaction évangélique, les trois premiers évangiles représentent fidèlement la substance de l’enseignement donné par Jésus.
Plus délicate est l'appréciation des récits. La plupart des critiques admettent l'historicité des récits communs aux trois Synopliques, sauf à rationaliser plus ou moins certains miracles, par exemple la résurrection de la fille de Jaïr. Tout dépend ici du caractère et de la valeur qu'on doit reconnaitre aux données de Marc. Comme l'analyse critique du second évangile en est encore aux débuts, on ne peut s'arrêter avec certitude ni à l'opinion reçue, qui regarde comme historique l'ensemble des récits !, ni à des hypothèses comme celle de Wrede, qui leur enlève à peu près toute valeur traditionnelle. On peut croire que la critique s'arrêtera, pour finir, à quelque opinion moyenne, plus ou moins conforme à celle de J. Weiss, qui fera une assez grande part aux tendances doctrinales, aux
1. Cette opinion est encore défendue par F. C. Burkirr, The Gospel History and ils transmission (1906). Marc n'aurait eu de source écrite que pour le C. XIII.
préoccupations apologétiques de l'évangéhste, à son symbolisme plus ou moins conscient. tout en admettant derrière Mare une chaine de souvenirs proprement traditionnels. Mais il ne semble pas que tous les suppléments insérés dans ce cadre, et les modifications qu'on Jui a fait subir importent plus à l’histoire de Jésus que les additions narratives et les particularités d’arrangement qui se rencontrent dans Matthieu et dans Luc. |
La discussion des récits de la résurrection n'a pas produit de résultats nettement décisifs !. La finale deutéro canonique de Marc n'est certainement pas primitive. A-t-il existé une autre finale, qui aurait été supprimée ? La tradition hiérosolymitaine des apparitions, représentée par Luc et par Jean, est-elle parallèle à la tradition galiléenne, attestée plutôt que représentée par Marc et par Matthieu, ou bien n'en serait-elle qu'une transposition ? Si Marc s’est terminé d’abord à la découverte du tombeau vide. il n'en suppose pas moins une tradition, orale ou déjà écrite, sur les apparitions galiléennes, et cette tradition paraît antérieure à la tradition hiérosolymitaine, au moins dans la forme exclusive que celle-ci a prise chez Luc et chez Jean. Sur ce point, la critique ne peut qu'entrevoir un travail de la pensée et de l’apologétique chrétiennes, aussi considérable en lui-même et dans ses conséquences que difhcile à suivre et à reconstituer par l'analyse.
Quant aux récits de l'enfance, la plupart des critiques leur contestent toute valeur historique et y voient un produit de la tradition. Ceux de Matthieu ont pris leur forme actuelle sous la plume de l’évangéhiste. Ceux de Luc ont dû exister par écrit avant d'entrer dans le troisième Évangile. Les deux séries s’excluent mutuellement. Mais, si leur origine n'est pas à chercher dans les souvenirs de la génération apostolique, elle n'en soulève pas moins un assez grand nombre de problèmes dont la solution définitive n'est pas encore trouvée.
{. On lira cependant avec profit et intérêt A. Meyer, Die Auferstehung Christi (1905).