CHAPITRE XI
Intervention du conseil des ponts et chaussées. — La dérivation de la Loire étudiée et écartée. — Acquisition des sources de la Dliuis et de la Vanne par la ville de Paris. — Délibération du conseil municipal. — Enquête de commodo et incommodo. — Rapport de la commission d’enquête du département de la Seine.
Voici 1 incident qui vint retarder l'exécution du projet de dérivation des sources champenoises. Au moment où le conseil des ponts et chaussées élu- ' Iy question qui lui avait été soumise par le ministre des travaux publics, de l’opportunité de 1 enquête de commodo et incommodo , un ingénieur, M. Grissot de Passy, adressa à l’empereur un mémoire dans lequel il présentait les bases d’un projet, déjà étudié sous Louis XIV, et tout récemment exposé de nouveau par un ingénieur civil, M. Ra-
diguel. Ce projet consistait à alimenter Paris au moyen d’une dérivation de la Loire. Celte idée n’était pas même discutable ; c’est ce que démontrèrent les ingénieurs du service municipal. Il . est reconnu aujourd'hui que les eaux de la Loire sont moins agréables à boire que celles de la Seine, et que leur filtration est hérissée de difficultés presque insurmontables. Dans le cas où l’on se déciderait à alimenter Paris avec de l’eau de rivière, il serait donc plus simple d’avoir recours à la Seine que de s’attaquer à une rivière distante de la capitale.
Ce n’est pourtant pas dans ce sens que se prononça le conseil des ponts et chaussées. Dans la séance du 9 mai 1859, ce conseil décida qu avant de mettre à l’enquête le projet de dérivation des sources de la Champagne, il convenait d étudier le projet de dérivation des eaux de la Loire, soulevé par M. Grissot de Passy, et en même temps, de dresser un projet de machines à vapeur pour 1 élévation cl la distribution des eaux de la Seine, afin que l’on pût établir la comparaison entre les trois svslèmes en question.
Cette délibération retardait de plus d’un an l’exécution du système adopté par l’administration, ce délai étant indispensable pour établir le tracé et le nivellement de l’aqueduc de la Loire, rédiger les devis et soumettre de nouveau la question au conseil municipal.
Les ingénieurs entreprirent courageusement le travail qu’on leur demandait. On fit le tracé complet de l’aqueduc de la Loire, et l’un de nos meilleurs constructeurs de machines à vapeur, M. Farcot, donna les renseignements nécessaires pour les devis des machines à vapeur qui seraient nécessaires pour élever les eaux de la Seine, à Port-à-l’Anglais, jusqu’à la hauteur moyenne de 64 mètres.
Pendant que les projets de l’édilité parisienne traversaient ces péripéties, un fait considérable s’accomplissait. Un décret impérial, en date du i 6 février 1859, réunissait à l’ancienne ville de Paris la partie des communes suburbaines comprise dans l’enceinte des fortifications. Cette immense extension du périmètre de la capitale forçait d’é-
tendre le projet primitif de distribution des eaux, tant en raison de l’accroissement de la population à desservir, que par suite de l’altitude des nouveaux quartiers, de Belleville, Batignolles, Passy, etc. Comme M. le préfet l’avait d’ailleurs prévu et indiqué dans son premier rapport, il fut dès lors décidé que les eaux de la Dhuis, dont l’altitude est de 80 mètres au-dessus de la Seine, desserviraient les quartiers hauts de Montmartre, Belleville, Passy et Montrouge, récemment annexés à l’ancienne ville, et qu’un aqueduc nouveau recevant les eaux de la Vanne, dont l’altitude est de 45 mètres au-dessus de la Seine, serait consacré au service des quartiers bas. L’aqueduc de la Dhuis était donc le premier ouvrage à exécuter, puisque l’eau dérivée atteindrait les points les plus élevés de la capitale, et que les 40,000 mètres cubes d’eau que cet aqueduc devait amener chaque 24 heures pouvaient suffire pendant quelques années à tous les besoins du service privé.
En même temps qu’on entreprenait le tracé de l’aqueduc des eaux de la Loire, on mit la main à