TROISIÈME PARTIE
qui n est pas difficile, la cause des eaux de source contre les eaux de rivière.
Dans le résumé qu’il donnait, le 9 juillet 1861 , de ses nombreux articles, M. Delamarre disait :
« La répugnance des Parisiens pour l'usage des eaux de source, dont les effets leur sont inconnus, est notoire. » « Les habitants de Paris sont habitués à l’eau de Seine; ils la préfèrent à toutes les autres, quelque défectueuse et altérée que soit celle qu’on leur distribue .» Déjà, dans un article antérieur (Patrie du 29 juin), M. Delamarre avait dit : « J’écarte une fois pour toutes cette question des eaux de source, contre l’usage desquelles s’élèvent, les prescriptions de la médecine et d’une sage hygiène. »
Pour accepter la proposition si lestement posée par M. Delamarre, il faudrait jeter au feu tous les livres dans lesquels des hommes graves et instruits ont longuement agité, par le double secours de l’expérience et du raisonnement, la question des eaux de souice comparées aux eaux de rivière, et l’ont unanimement résolue en faveur des premières. Il faudrait taxer d’ignorance et d’erreur Al-
phonse Dupasquier, qui, dans son bel ouvrage publié il y a plus de vingt ans, Des eaux de source , des eaux de rivière comparées sous le rapport hygiénique et sous le point devue industriel \ n’a guère d’autre but que de constater par tous les moyens dont la science dispose, par l’analyse chimique, par l’examen physique et géologique, par l’étude médicale, la supériorité des eaux de source sur les eaux de rivière.
Il faudrait taxer d’incapacité tant d’ingénieurs illustres de notre pays, qui, ayant à choisir, pour la distribution des eaux publiques dans une grande ville, entre les eaux de source et celles d un fleuve ou d’une rivière, n’ont pas hésité à donner la préférence aux eaux de source, et ont alimenté de cette façon desvillës comme Dijon, Montpellier, Clermont, Vienne, Grenoble, Besançon, Carcassonne, Poitiers, Rouen, Perpignan, Vesoul, Nancy, Voiron, Castelnaudary, Metz, Strasbourg, Valenciennes, Dieppe, le Havre, Auxerre, Nevers, Lons-le-Saulnier, etc. Il faudrait condamner la pratique des Romains, ces
' Paris.. '1840, in-8°.
inimitables maîtres dans l’hydrologie qui, au milieu des villes traversées par de magnifiques rivières, allaient chercher au loin et dérivaient à grands frais des eaux de source pour les besoins de leurs cités.
Les exemples de Rome, de Carthage- et de Byzance, sont présents à toutes les mémoires. Le premier vestige qui apparaisse aux yeux de l’archéologue a la recherche des débris ensevelis des constructions romaines, c’est l’aqueduc. Pour les Romains, l’aqueduc d’eau de source était la première préoccupation du constructeur d’une cité, du fondateur d une colonie, tant les eaux pures étaient à leurs yeux la première de toutes les conditions pour la salubrité et l’agrément des citoyens. — Voilà un ensemble de témoignages qui peut sans doute contrebalancer l’opinion de l’hydraulicien de la Patrie .
Quand on est revenu de la première surprise qu’a fait éprouver l'assertion si extraordinaire de M. Bclamarre, on se demande curieusement quels sont les motifs qui peuvent lui faire décerner la palme
aux eaux de rivière dans la question qui intéresse Paris. 11 faut, pour trouver ces motifs, feuilleter la collection des articles de la Patrie. Dans le numéro du 25 mai, on trouve une lettre d’un ingénieur, M. Bresson, qui reproche aux eaux de source de n’étre « jamais bien aérées » ; l’auteur de la lettre ajoute avec satisfaction : « et l’on sera étonné alors qu’une eau réputée pure par les chimistes soit déclarée malsaine et dangereuse par les médecins. »
Nous répondrons à M. Bresson que les chimistes et les médecins qui, d’accord avec les populations qui en font usage, ont considéré les eaux de source comme parfaitement salubres, savent que si les eaux de source sont un peu moins aérées à leur point d’émergence que les eaux de rivière, elles ne tardent pas à se charger, pendant leur trajet au contact de l’air, d’une quantité d’air suffisante et presque toujours identique à celle des eaux de rivière. Tout le monde sait, en outre, que le gaz acide carbonique, le plus digestif de tous les gaz, se trouve en plus grande abondance dans les eaux de