‹ Les eaux de ParisChapitre 138 sur 152 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

quel degré d’altération en est arrivée aujourd’hui l'eau de Seine, que des déjections incessantes de mille industries et d’une population énorme viennent souiller constamment, qui se corrompt dans les réservoirs, comme nous l’avons suffisamment établi, qui se corrompt même dans les conduites pendant les chaleurs de l’été, et qui n’est potable qu’à la condition d’être soumise à des procédés spéciaux d’épuration, à de bons filtres, à l’action antiseptique du charbon. Aussi, quand l’édilité parisienne nous fait espérer, dans un intervalle plus ou moins prochain, une riche distribution d’eaux de source d’une irréprochable pureté, que devons-nous faire, sinon la presser de remplir une si séduisante promesse. Est-on bien venu, en présence d’une telle perspective, de venir plaider la cause rétrograde des eaux de rivière contre les eaux de source?

Pour soutenir que l’eau de la Seine suffirait pour l’alimentation du service public et privé de la ville de Taris, il faudrait prouver que l’on peut, d’un coup de 'baguette, faire de celle eau immonde et cor-

rompue une boisson salubre, la réchauffer en hiver, la refroidir en été, l'élever aisément sans complications, sans trop de frais, sans aucune chance d’interruption pendant le service, à une hauteur suffisante pour pouvoir la conduire à tous les étages des maisons dans les plus hauts quartiers; il faudrait posséder les moyens pratiques de clarifier complètement et d’amener, en hiver comme en été, à une température de 10 à 12 degrés, le volume d’eau de 100,000 mètres cubes par jour, qui est nécessaire pour le service de la ville de Paris. Voilà toutes les conditions auxquelles il faut être certain de satisfaire quand on vient affirmer et répéter que 1 eau de la Seine peut suffire à 1 alimentation de la capitale. Nous avons prouvé qu’aucune de ces conditions n’est réalisable, ou du moins qu il faudrait, pour élever l’eau de la Seine, faire une dépense aussi forte que pour dériver la source de la Dhuis seule. Et après ce travail on n’aurait encore à sa disposition qu’une eau trouble, qu’il faudrait filtrer; froide ou chaude, qu’il faudrait réchauffer ou rafraîchir.

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