TROISIÈME PARTIE
les satisfaire, on a dérivé le lac Katrin, situé à plus de douze lieues de la ville.
On n’en viendra jamais là sans doute à Paris, car la nécessité de l’eau est moins vivement sentie en France qu’en Angleterre; mais nous citons ces faits pour montrer, par des exemples, à quels avantages imprévus, à quels emplois utiles pour l’hygiène privée peut conduire la possession d’un riche arsenal hydraulique.
Une considération d’un autre ordre mérite aussi d’être soumise aux réflexions de nos lecteurs. En adoptant le système de l’élévation d’eau de la Seine, en outre du coûteux établissement des machines à vapeur et des conduites de refoulement, il aurait fallu grever le budget de la ville, pour l’entretien de ces machines et leur travail permanent, d’une somme qui est évaluée environ à 1,300,000 francs par an. Or, avec le système de dérivation, tous les travaux, une fois exécutés et payés par annuités, ne laisseront au budget municipal qu’une dépense annuelle d’environ 100,000 francs pour les frais d’entretien et de surveillance des aqueducs. L’eau
coulera toujours, sans exiger autre chose, comme nous l’avons dit, que les frais d’entretien d’un monument de pierre et de fer. Dans son troisième Mémoire sur les eaux de Paris , présenté au conseil municipal, le 20 avril 1860,M. le préfet de la Seine a présenté cette idée en termes saisissants, et que l’on nous permettra de rapporter.
« Lorsque après quarante années révolues, dit M. le préfet de la Seine, c’est-à-dire une période bien courte, presque fugitive dans la vie des grandes cités et des États, la ville se sera libérée de tout engagement contracté pour le service des eaux nouvelles, si elle a préféré le système de machines élévatoires, elle devra porter éternellement au budget de ses dépenses une somme de près de l,oÛ0,000 francs, susceptible d’accroissement, selon le renchérissement du combustible, des engins et de la main-d'œuvre; si, au contraire, elle s’est arrêtée à l'un des projets de dérivation qui lui sont proposés, elle n’aura pas d’autre charge annuelle à supporter qu’une centaine de mille francs pour l’entretien du grand et magnifique ouvrage accompli par elle, et pourra inscrire à ses revenus, sans aucune autre dépense pour balance, le produit de la distribution des eaux municipales.
a Dans quelles mains aura passé l’administration de la ville, au bout de près d’un demi-siècle? Vous l'ignorez comme moi, messieurs, mais vous pensez aussi, comme moi, que les hommes chargés de la gestion des affaires d’une si grande cité ne doivent pas raisonner de môme que s’ils avaient en mains la disposition d’une fortune particulière. Ils doivent porter leurs regards dans l’avenir, plus loin même que les pères de famille, et ajouter à leurs