PREMIÈRE PARTIE
Ce savant si distingué n’eut pas la satisfaction d’être témoin du triomphe de ses idées- Ce ne fut qu’après sa mort, arrivée le 2 septembre 4768, qu’un arrêt du conseil du 50 juillet 1769, adopta son projet de dérivation de l’Yvette, et chargea les ingénieurs de Chezy et Perronet de dresser le. projet de cette dérivation.
Un Mémoire, où ces ingénieurs exposaient le résultat de leur travail, fut lu, le 45 novembre 4 775, à l’Académie des sciences. Le développement du canal de dérivation était de 17,552 toises. L’aqueduc était à ciel ouvert; sa largeur de 4 pieds 1/2; sa profondeur de 5 pieds; sa pente, de 15 pouces par 1,000 toises; l’eau arrivait à 15 pieds audessus du réservoir d’Arcueil; la dépense devait s’élèvera 7,826,000 fr. ; le point de départ ôtait un vaste étang qui se trouve vers Chevreuse ; le débit de l’aqueduc était évalué à 1 ,500 pouces.
La seule condition de prendre dans un étang les eaux potables destinées à Paris ferait aujourd’hui repousser ce projet; mais elle ne fut point la consi-
déralion qui lit échouer une entreprise si longtemps étudiée et- discutée avec tant de passion. La ville ne put jamais réunir les fonds nécessaires à l’exécution des travaux. Ce qui contribua encore à faire échouer ce projet, ce fut l’incertitude où se trouvaient les esprits, ballottés, comme ils le sont encore aujourd’hui, entre les dérivations et l’élévation des eaux de la Seine par des machines.
La difficulté fut enfin levée par les frères Périer. Ces puissants manufacturiers, qui tenaient alors la première place dans l’industrie et l’art des constructions, offrirent de former une compagnie d’actionnaires, qui établirait, à ses frais, une ou plusieurs machines, à l’aide desquelles on élèverait 150 pouces d’eau de Seine par jour. Ils ne demandaient que le privilège exclusif de construire les machines pendant quinze ans, et de les employer comme ils le jugeraient convenable1.
Il y avait dans le projet des frères Périer une nouveauté séduisante, et qui contribua beaucoup à at-
1 Registres de la ville, vol. C, fol. 47.