TROISIÈME PARTIE
« L’eau, écrit M. Bouchut, tient souvent en suspension une innombrable quantité d’êtres vivants qu’on prend àla cuillère , comme dans un potage. Il s’y développe quelquefois des poissons dont les germes ont dû traverser les corps de pompes de là machine de Chaillot, pour remonter dans les bassins. On g a trouvé un poisson qui pesait plus d'une demilivre, et qui a été remis à l'ingénieur. »
'A propos du réservoir Popincourt, M. Bouchut a observé ce qui suit:
« Dans le troisième réservoir, dont les eaux sont exposées à la lumière et à la chaleur, il y a de nombreuses moisissures et des masses incalculables de petits crustacés, qui sortent dès qu’on ouvre un robinet inférieur placé dans la cour de l’abattoir. Cela varie selon le temps. Parfois il en sort une telle quantité qu’on reçoit l’eau sur un linge propre en guise de tamis, pour leur barrer le passage et pouvoir employer cette eau dans le ménage pour savonner ou laver des légumes. Dans quelques cas, il n’y en a pas de petits, et, au contraire, il s’en échappe
de très- volumineux, cinq ou six dans un seau d’eau.
« Au microscope, les moisissures recueillies à la surface de l’eau renferment un grand nombre de navicules, de paramécées, de matières calcaires amorphes et d’innombrables détritus organiques de crustacés. »
Nous ne pousserons pas plus loin ces citations du travail de M. Bouchut; ce serait répéter les mêmes faits pour la plupart des réservoirs examinés. Nous ferons seulement remarquer que les réservoirs alimentés par de l’eau autre que celle de la Seine ou de l’Ourcq ne contiennent aucun de ces êtres vivants, de ces infusoires ou animalcules qui grouillent dans les réservoirs dont il a été question ci-dessus. Tel est le cas de l’eau de la source d’Arcueil. « Les réservoirs de l’Observatoire, dit M. Bouchut, alimentés par un aqueduc de quatre lieues, partant de Longy, sont remplis par une eau de source connue sous le nom d’Arcueil* Cette eau a la limpidité du cristal ; rien n’en trouble la pureté, et elle ne renferme jamais aucun infusoire végétal
ou animal. » On ne peut donc mettre en doute la cause de l’altération des eaux potables fournies par la Seine. Ce sont bien les déjections organiques déversées dans le fleuve, qui produisent ces organismes divers, faciles à observer et à recueillir dans les réservoirs, puisque -ces produits n’apparaissent pas dans le seul réservoir qui soit alimenté par une eau de source.
Les fâcheuses propriétés des eaux potables distribuées aux Parisiens, ont été établies par M. Coste en pleine Académie des sciences. Dans une note lue au mois de juin 1861 à cette Académie, M. Coste a signalé 1 altération que les eaux de la Seine subissent dans les réservoirs à ciel ouvert où on les conserve. Dans son laboratoire du Collège de France, dont les réservoirs sont alimentés par l’eau de la ville, M. Coste a pu constater l’influence désastreuse que ces eaux exercent, quand elles sont frappées par la lumière, sur la vitalité des poissons dont il surveille l’évolution et le développement.
Dans les réservoirs du laboratoire du Collège de f rance, qui sont traversés parles eaux de la ville, ces